Abdelmalek Sellal au juge à propos du montage automobile: “Je ne suis responsable de rien !”

Liberté, 5 novembre 2020

Pour se défendre des accusations pour le moins graves qui pèsent sur lui, l’ancien Premier ministre a choisi une vieille recette : la main de l’étranger.

Lors de son audition par le juge de la Cour d’appel d’Alger dans le cadre de l’affaire Mahieddine Tahkout, l’ancien Premier ministre tente de se défendre en évoquant de prétendues pressions étrangères visant à casser l’activité de montage automobile en Algérie. Sans les citer, Abdelmalek Sellal a ajouté des précisions qui ne laissent aucun doute. “Un pays voisin qui s’est lancé dans le montage automobile et un autre qui était notre premier fournisseur en voitures n’ont pas aimé que l’Algérie se lance dans cette activité”, a-t-il dit.

Pour Sellal, “c’est un marché de 7 milliards de dollars qu’ils ont perdu”, ajoutant que “la campagne de dénigrement qui me visait sur les réseaux sociaux, notamment YouTube, avec les montages vidéo contre moi, a été l’œuvre de la 5e colonne qui est montée au front pour saborder nos efforts”. “Ils nous ont créé des problèmes politiques internes, des soucis à nos frontières…”, a poursuivi l’ancien Premier ministre. Il a ajouté que “le choix porté sur les marques à produire a opéré une rupture avec nos fournisseurs traditionnels”. “Une campagne a été menée sur les réseaux sociaux pour présenter l’activité comme une simple opération de gonflage de pneus”, a-t-il rappelé, précisant qu’à partir de ces informations “j’ai chargé une commission pour vérifier tout ce qui se faisait dans les différentes usines, avec un pouvoir de décision à cette même commission”.

Il a souligné que cette commission, dans ses rapports finals, a indiqué que “les propriétaires d’usines respectaient leurs engagements et répondaient aux exigences du cahier des charges”. Interrogé sur le cahier des charges qu’il a qualifié “de feuille blanche imposée par Bouchouareb”, Abdelmalek Sellal a estimé qu’il n’a jamais entendu parler de ce cahier des charges avant 2016. Concernant toujours ces faits révélés, Sellal a salué la décision du gouvernement de maintenir l’activité de montage automobile. “C’était le cahier des charges de Bouchouareb”, mais notre référence est “le décret signé par Benbitour en 2000 portant sur l’activité de montage”. Sellal a insisté sur le fait que ce même décret de Benbitour “concerne plusieurs activités, comme l’électroménager et non pas seulement celle du montage automobile”.

Concernant les exonérations douanières et fiscales accordées aux concessionnaires, Sellal, et Ouyahia ont précisé qu’elles n’ont pas été “décidées par le CNI”, mais par “un article contenu dans la loi de finances”. “Le CNI et le gouvernement sont des organes souverains”, a dit Sellal, mettant l’accent sur le fait que lors d’une réunion du CNI durant laquelle le dossier de Tahkout a été validé “celui de Sovac a été également traité lors de la même réunion”, mais, s’est-il interrogé “comment se fait-il que je ne suis pas cité dans l’affaire Sovac ?” Avant Sellal, c’est Ouyahia qui a été auditionné depuis la prison d’Abadla à Béchar. D’emblée, l’ancien Premier ministre a souligné qu’il est “à 1 000 km d’Alger”, suppliant le juge de lui accorder “une minute de parole pour chaque 100 km”. “Je ne suis responsable de rien”, a-t-il dit, estimant qu’il ne pouvait “être du côté de Tahkout puisque ce dernier a déposé plainte contre moi”. Concernant le blanchiment d’argent, il a souligné que s’il voulait le faire, il aurait pu puisqu’il “voyageait dans un avion spécial et tout était facile s’il était porté sur ce genre de manœuvres”. À noter que les frères Tahkout, Hamid et Nacer ainsi que son fils Bilal ont été auditionnés dans la matinée.

Mohamed Mouloudj