Louisa Driss-Aït Hamadouche. Politologue, à propos des résultats du référendum : «Ce désaveu devrait servir à tirer la sonnette d’alarme»

Madjid Makedhi, El Watan, 04 novembre 2020

Enseignante à la faculté des sciences politiques d’Alger, Louisa Driss-Aït Hamadouche analyse ici les résultats du référendum sur le projet de révision constitutionnelle. Selon elle, ce scrutin référendaire «est moins porteur d’enseignements que d’interrogations». Le fort taux d’abstention, ajoute-t-elle, est une sanction pour «tous les participationnistes, qu’ils aient appelé à voter ‘‘oui’’ ou à voter ‘‘non’’».

– Les résultats du référendum sur la révision constitutionnelle sont connus. Les Algériens ont finalement boudé massivement les urnes et le projet n’a été adopté que par une minorité d’électeurs. Quels sont, selon vous, les enseignements à tirer de ces résultats ?

Ce scrutin est moins porteur d’enseignements que d’interrogations. En effet, nul ne peut se dire surpris que les électeurs aient boudé les urnes quand on sait dans quel contexte ce référendum a été organisé.

Ce scrutin a non seulement eu lieu en pleine pandémie, mais les conditions politiques, médiatiques et sécuritaires n’étaient pas du tout encourageantes : arrestations et emprisonnements pour délits d’opinion, médias unicordes, absence totale de débats contradictoires…

A ces éléments contextuels, s’ajoute la procédure qui a vivement été remise en cause, car répondant à une instruction verticale, descendante et exclusive du pouvoir politique. De ce point de vue, les résultats du référendum n’ont fait que conforter des pronostics logiques.

En revanche, les questionnements concernent les raisons de cette surprenante transparence quant à la faible participation. Est-ce une soudaine volonté de gérer les élections dans la transparence ? S’agit-il d’une décision politique visant à priver le chef de l’Etat d’une légitimité déficiente, ce qui suggérerait que nous sommes face à une énième crispation interne débouchant sur des décisions contradictoires ?

– D’aucuns pensent que le pouvoir est sanctionné. Est-ce le cas ?

L’abstention est par définition un acte de défiance, de protestation et de rejet de l’offre politique. Sachant que la révision constitutionnelle a été défendue par les tenants du pouvoir officiel ainsi que leurs alliés de la classe politique, son approbation par une très faible minorité d’Algériens est une lourde défaite. En effet, ce scrutin devait servir à amorcer le renouvellement de la base sociale du régime Tebboune.

Or, les résultats sanctionnent tous les participationnistes, qu’ils aient appelé à voter «oui» ou à voter «non». Cela montre les difficultés qu’éprouve le système algérien à se régénérer et à mobiliser de nouvelles ressources humaines et politiques.

– Politiquement, le projet de l’amendement constitutionnel est discrédité. Quelle devrait être, à votre avis, la réaction du pouvoir et du président Tebboune face à ce désaveu ?

Depuis le début du hirak, les gouvernants ont choisi de gérer la crise au lieu de la résoudre. Ils ont amplifié les demi-solutions qui ont finalement multiplié par deux la gravité de la situation. Quand le soulèvement populaire réclame un changement de système de gouvernance, le pouvoir politique impose une présidentielle contestée.

Quand les Algériens réclament un parocessus constituant, il impose une Constitution hyper-présidentialiste en excluant le peuple. Résultat : l’Algérie se retrouve en novembre 2020 avec un chef de l’Etat absent, une Constitution rejetée, une crise de confiance consommée et des défis majeurs à gérer sans aucune visibilité. La solution a été maintes fois proposée. Une crise politique a besoin d’une solution politique.

Un système politique finissant a besoin d’une transition démocratique pacifique et ordonnée. Ce désaveu devrait servir à tirer la sonnette d’alarme. Chaque occasion manquée aggrave la crise et complique la solution. Il n’y a pas d’autre solution qu’une transition démocratique pacifique et ordonnée.