Au lendemain du référendum sur la révision de la Constitution : Quelle marge de manœuvre pour le pouvoir ?

Abdelghani Aichoun, El Watan, 04 novembre 2020

Pensée comme le fondement principal du changement promis par le président Tebboune, la nouvelle Constitution n’a finalement pas recueilli l’adhésion populaire escomptée. Bien plus, les trop maigres scores réalisés par la mouture lors du référendum du 1er novembre en font un élément embarrassant, qui réduit la marge de manœuvre politique au sommet.

Il est clair aujourd’hui qu’avec un tel taux de participation, aborder les prochaines échéances avec la même logique et le même état d’esprit conduirait au même résultat.

La nouvelle Constitution, votée dimanche avec un taux de participation de 23,7%, va être «encombrante» à plus d’un titre pour la suite des événements. Même si la présidence de la République a exprimé, lundi, sa satisfaction en affirmant que «les résultats du référendum ont démontré que la transparence et la probité de ce scrutin ont été totales», et qu’ils «sont l’expression réelle et intégrale de ce que le peuple a voulu», il n’en demeure pas moins que le faible taux de participation (moins du quart des électeurs) représente un handicap dans la mesure où la Loi fondamentale du pays, censée être consensuelle, n’a pas bénéficié d’un soutien franc de la part des Algériens, bien au contraire.

Quelle sera donc la marge de manœuvre pour le pouvoir en place pour les échéances futures ? En indiquant dans le même communiqué que «dorénavant, et dans la continuité de l’élection du 12 décembre 2019, toutes les élections seront l’expression des aspirations de ce que souhaite le peuple algérien pour son avenir», la Présidence semble vouloir dire que sa feuille de route, dont la première étape est le référendum constitutionnel, et qui se complétera par la promulgation d’une nouvelle loi électorale avant l’organisation, à brève échéance, d’élections, locales et législatives anticipées, sera respectée.

Or, il est clair aujourd’hui, qu’avec un tel taux de participation, aborder les prochaines échéances avec la même logique et le même état d’esprit conduirait au même résultat.

A cet effet, il n’est pas à écarter, du moins c’est ce qu’exige le contexte, que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, prenne des mesures pour tenter d’assurer un environnement adéquat pour ces futurs rendez-vous, même si, jusque-là, et alors que certains s’attendaient à une politique d’apaisement envers le hirak, notamment après l’annonce de sa volonté d’aller vers une nouvelle Constitution, c’est tout le contraire qui a prévalu.

Une crise de confiance profonde

S’il y a une chose que ce dernier référendum a démontré, c’est que la crise de confiance est profonde. Et il faudrait des gestes forts pour la rétablir. Or, aller vers des législatives, par exemple, avec le risque de voir l’élection boycottée massivement, c’est se retrouver par la suite avec la même configuration politique, c’est-à-dire une majorité représentant ces mêmes formations politiques, décriées par la population et qui ne sont pas arrivées à mobiliser grand monde durant ce référendum sur la Constitution.

Il est sans rappeler, bien évidemment, qu’en plus du FLN, RND et quelques autres partis qui leur sont proches, ayant soutenu le texte, il y avait aussi les formations islamistes, MSP et FJD principalement, qui ont pris part au rendez-vous, en appelant leurs militants à voter contre la Constitution. Une même configuration au Parlement ne ferait probablement qu’accentuer la crise.

C’est dans ce sens que les résultats du référendum du 1er novembre, sur lequel a certainement parié le chef de l’Etat pour s’offrir un plébiscite, compliquent davantage la situation.

La Constitution, qui, faut-il le préciser, ne sera promulguée qu’après le retour du chef de l’Etat au pays, est d’ailleurs problématique, même pour un éventuel futur locataire du palais d’El Mouradia, si jamais la vacance du poste est déclarée, quoi qu’on en n’est pas là, la Présidence ayant indiqué, hier, dans un communiqué que l’état de santé de M. Tebboune s’améliore.

Dans tous les cas de figure, il est clair qu’il n’est dans l’intérêt de personne que les choses restent en l’état. Jamais l’Algérie n’a enregistré un aussi faible taux de participation à une élection.

Beaucoup d’enseignements doivent être tirés. Sinon, la crise politique qui secoue le pays depuis février 2019 se poursuivra. L’ayant envisagé comme un moyen de s’offrir une légitimité populaire après une élection présidentielle qui a connu un faible taux de participation, le référendum sur la nouvelle Constitution a finalement débouché sur une situation plus complexe encore…