Présidentielle américaine : une réélection de Trump représenterait une « victoire pour les autocrates arabes »

Sonia Lyes, TSA, 03 novembre 2020

Des dizaines de millions d’Américains sont attendus ce mardi 3 novembre dans les bureaux de vote afin de participer à l’élection du prochain président des États-Unis, dans laquelle s’opposent le président sortant Donald Trump et l’ex-vice-président Joe Biden.

Il est attendu que le taux de participation à cette élection soit le plus élevé depuis plus d’un siècle. Plus de 85 millions d’Américains ont d’ailleurs d’ores et déjà effectué leur choix grâce au vote par correspondance.

Quatre ans après la victoire surprise du président Trump face à Hillary Clinton ayant bouleversé l’Amérique et le monde, de nombreux acteurs politiques américains considèrent l’élection présidentielle de 2020 comme étant « la plus importante de l’histoire ».

Donald Trump brigue ainsi un deuxième mandat lui permettant de maintenir son poste à la présidence des États-Unis. La campagne de réélection du président américain s’est déroulée dans un contexte particulièrement unique, avec une pandémie du coronavirus sans précédent ayant touché l’ensemble de la planète. Les États-Unis ne sont pas en reste. Alors que le pays ne représente que 5 % de la population mondiale, plus de 20 % des cas de contamination à la Covid-19 dans le monde ont été enregistrés aux États-Unis.

À la traîne dans les sondages derrière Joe Biden, Donald Trump pourrait toutefois être réélu à la faveur du système d’élection à scrutin indirect en vigueur aux États-Unis depuis sa création, le vainqueur étant élu par le biais du collège électoral plutôt que par le vote populaire direct.

Dans le cas où le président Trump venait à finir vainqueur de l’élection présidentielle, sa réélection aurait des répercussions non seulement dans la vie politique américaine mais également à travers le monde, notamment dans le monde arabe où la stratégie politique du président Trump s’est quelque peu démarquée de ses prédécesseurs.

En effet, de l’Égypte à l’Arabie saoudite, les dirigeants arabes ont obtenu un soutien américain particulièrement renforcé depuis l’arrivée de Donald Trump à la tête des États-Unis, au point où les experts considèrent qu’un autre mandat pour le président Trump signifierait « une nouvelle victoire pour les dirigeants autocratiques », rapporte la Deutsche Welle.

« Les dirigeants arabes comme El-Sissi sont incroyablement heureux lorsqu’ils voient une puissance mondiale comme les États-Unis dirigée par un président qui attaque ouvertement la presse, ignore les droits de l’homme et gouverne selon un programme populiste », explique Amr Magdi de l’ONG Human Rights Watch, cité par la même source.

« Il n’est pas surprenant que de nombreux gouvernements arabes aient soutenu Trump en 2016, et qu’ils le soutiennent maintenant », souligne-t-il. Le dirigeant arabe ayant le plus bénéficié du soutien et de la marge de manœuvre laissée par le président Trump est sans aucun doute Mohamed Ben Salmane (MBS, prince héritier de l’Arabie saoudite et de facto leader de ce pays).

Trump, l’ami des monarchies du Golfe

Enhardi par sa proximité avec le cercle proche du président américain ainsi que par les attaques régulières de ce dernier contre la presse, MBS et l’Arabie saoudite se sont retrouvés empêtrés dans le scandale planétaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, tué puis démembré à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul (Turquie).

Alors que des agences de renseignements américains à l’image de la CIA avaient conclu à la responsabilité de MBS dans l’assassinat de Khashoggi, le soutien du président américain au prince héritier n’a pas flanché jusqu’à ce jour.

Le soutien apporté par la présidence américaine aux pays du Golfe n’aura cependant pas été gratuit. En échange, les États-Unis ont obtenu de l’Arabie saoudite l’entérinement de contrats avec des montants avoisinant les 400 milliards de dollars, dont 110 milliards de dollars rien qu’en armement.

Surtout, le président Trump a obtenu le précieux soutien de l’Arabie saoudite dans l’entérinement du processus de normalisation des relations diplomatiques entre plusieurs pays arabes et l’Israël, dont les États-Unis demeurent le fidèle allié. Ainsi, plusieurs accords de normalisation des relations ont été signés sous l’égide des États-Unis entre l’Israël et les Émirats arabes unis ainsi que Bahreïn et, plus récemment, le Soudan.

Une normalisation qui aurait été impossible sans l’accord tacite ou actif de l’Arabie saoudite, leader de la région, et qui permet d’entrevoir un début de normalisation des relations diplomatiques entre Ryad et Tel Aviv. Le président Trump n’a d’ailleurs pas manqué de se féliciter d’avoir obtenu cet accord, promettant que « d’autres suivront ». Après son éventuelle réélection ?

Trump a ignoré l’Afrique

Si Trump a porté un intérêt particulier aux pays du Golfe durant son mandat, il a quasiment ignoré l’Afrique où il ne s’est jamais rendu. Pire, en janvier 2018, il avait traité les États africains de « pays de merde » lors d’une réunion sur l’immigration à la Maison-Blanche.

Les États-Unis ont cependant accentué leur présence militaire en Afrique notamment au Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, et intensifié leur rôle en Libye, tout en multipliant les avertissements sur l’influence de la Chine et de la Russie sur le continent africain.

Pour Trump, l’Afrique est vue comme un terrain d’affrontement avec ces deux grandes puissances et sous sa présidence, les États-Unis n’ont pas permis au processus de décolonisation du Sahara occidental d’avancer.

« Je pense que si Trump est réélu, il continuera dans la même politique qui est assez favorable au Maroc. D’abord, en ce qui concerne la question du Sahara, il a toujours soutenu sa marocanité. Ensuite, au niveau de l’aide publique des États-Unis au Maroc, ont été inclues les provinces sahariennes sous l’ère Trump. C’est une avancée importante pour le Maroc », développait il y a quelques jours Jawad El Kardoudi, politologue marocain dans un entretien à la presse marocaine.

Preuve de l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la question sahraouie, l’incapacité de l’ONU à trouver un remplaçant à Horst Köhler qui avait démissionné de son poste d’envoyé personnel du SG de l’Organisation onusienne au Sahara occidental en mai 2019.