Référendum sur la révision de la Constitution : L’échec des partis du système

Salima Tlemcani, El Watan, 03 novembre 2020

Avec un taux de participation de 23,72%, le projet de révision constitutionnelle est déjà «mort-né». Résultat prévisible, lorsque les deux Chambres parlementaires qui l’ont validé sont dominées par des partis discrédités, dont les chefs sont en prison pour corruption. Est-ce un choix réfléchi, pour un Président qui veut incarner l’Algérie nouvelle ?

C’est une véritable douche froide pour les défenseurs du projet de révision constitutionnelle, présenté par le président de la République, au suffrage référendaire, ce 1er novembre. Pour la première fois dans l’histoire du pays, les autorités annoncent un taux de participation très bas d’à peine 23,72 %.

A vraie dire, tous les indicateurs auguraient une abstention massive dès lors que ce projet de loi a été validé par les deux Chambres parlementaires, constituées majoritairement par des partis politiques (FLN, RND, TAJ, MPA…) inféodés au système et dont les responsables sont en prison pour des affaires de corruption, et d’autres formations, (MSP, El Islah, ANR, El Bina, etc.) se présentant comme «opposition», mais qui en réalité surfent entre l’allégeance et le clientélisme.

Pour une grande partie des Algériens qui ont manifesté à travers le territoire national et à l’étranger, durant toute une année pour une Algérie nouvelle, ces partis et leurs députés incarnent tous les maux qui rongent le pays.

La fermeture avec des cadenas et des chaînes du siège de l’Assemblée, en 2018, pour interdire l’accès au président de l’Assemblée, les révélations sur le marchandage des sièges de députés, par les enfants de l’ex-secrétaire général du FLN, l’entrée massive à l’hémicycle d’hommes d’affaire rompus aux trafics et à la corruption ont enlevé toute crédibilité aux parlementaires.

Leur confier la validation du projet de Constitution au moment où ils sont le plus décriés, c’est prendre le risque de perdre la confiance des électeurs, déjà atterrés par le retour de certaines pratiques qu’ils croyaient révolues avec la nouvelle Algérie.

Les mêmes partis sont chargés de faire la campagne pour le «oui», au scrutin référendaire, ce sont le secrétaire général du FLN, Abou Al Fadhel Baadji, qui promet de «nettoyer le FLN des corrompus», le SG du RND, Tayeb Zitouni, qui rappelle aux Algériens que ses militants étaient aux premiers rangs du hirak, et le responsable du parti El Bina, Abdelkader Bengrina, qui s’attaque (comme tous les autres partis islamistes) à l’article 4 de la nouvelle Constitution qui consacre tamazight en tant que langue nationale et officielle, mais promet une participation de 12 millions d’électeurs au scrutin.

Subitement les portraits (ou cadres avec photo) du Président reviennent dans les salles et les espaces publics, où les meetings sont organisés sans le moindre respect des mesures sanitaires au moment même où les partisans du boycott et du non au projet de la Constitution sont interdits de tribunes d’expression, tantôt sans aucune raison, tantôt pour non-respect des procédures sanitaires.

Ces partis, qui constituaient la matrice de l’alliance présidentielle sous Bouteflika, sont revenus avec force, occupant les plateaux des chaînes de télévision privées et publiques, pour «vendre» la nouvelle Constitution, en oubliant qu’il y a quelques années, ils ont vendu aux Algériens celle de Bouteflika qu’ils remettent en cause.

Les promoteurs de cet amendement constitutionnel se comptaient aussi parmi les ministres de la République qui, malheureusement, en multipliant les bourdes, ont focalisé autour d’eux les critiques les plus acerbes des citoyens, notamment sur les réseaux sociaux.

Les propos du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid Ali Khaldi, appelant les Algériens mécontents de la nouvelle Constitution à s’exiler, sont, à ce titre, révélateurs d’un flagrant manque de responsabilité et de maturité politiques.

La colère des Algériens s’est vite exprimée sur la Toile, poussant le ministre à faire son mea culpa quelques jours après. Son collègue du département des Affaires religieuses et des Wakf, Youcef Belmahdi, va jusqu’à dire aux Algériens que «voter pour la nouvelle Constitution, c’est aller sur le chemin du Prophète».

Une déclaration qui a fait polémique sur la Toile bleue, où l’auteur a été vilipendé pour avoir utilisé la religion à des fins politiques. Autant de dérives qui ont accentué la suspicion et élargi le rejet du projet du chef de l’Etat. Le score de 23,72 % de votants n’est en réalité que le résultat des mauvais choix. On ne construit pas une «nouvelle Algérie» avec les hommes et les pratiques de l’ancien système.