Maladie du président, terrorisme aux frontières et crise sanitaire : L’armée devant d’importants défis…

Salima Tlemcani, El Watan, 01 novembre 2020

Encore une fois, l’armée algérienne se retrouve devant des défis majeurs. En plus des enjeux géostratégiques imposés par le cercle de feu qui entoure ses frontières, depuis quelques jours, l’état d’alerte est au maximum.

D’abord en raison de la libération de quelque 300 terroristes au nord du Mali, et le versement à leurs chefs de plus de 30 millions d’euros, mais aussi du fait de la situation interne du pays, marquée par le transfert du Président pour des soins en Allemagne, la crise sanitaire, le scrutin référendaire…

La libération de près de 300 terroristes au nord du Mali et le versement de plus de 30 millions d’euros à leurs chefs met l’armée algérienne devant un défi supplémentaire, alors que le pays se trouve dans une conjoncture extrêmement sensible, marquée par l’évacuation précipitée du Président vers un hôpital allemand pour des raisons de santé.

Un défi bien souligné par le chef de l’état-major de l’Anp, le général de corps d’armée Saïd Chengriha, lors de sa dernière sortie, au siège du commandement des forces aériennes du territoire, que dirige le général-major Amar Amrani, dans son allocution devant les cadres et personnels. «Nous avons de tout temps veillé à ce que notre stratégie soit cohérente (…), adaptée avec une extrême harmonie aux évolutions géopolitiques qui nous entourent.

Ainsi, nous avons œuvré et nous continuons d’œuvrer à l’effet que notre disponibilité à faire face aux défis sécuritaires existants et potentiels ne se limite pas seulement à mettre à disposition les ressources humaines et les moyens matériels nécessaires, mais nous tendons à ce que la conscience de nos personnels militaires de l’importance de ces défis soit hautement élevée.

En effet, avoir conscience de la sensibilité de nos missions constitue la pierre angulaire de chaque pas que nous franchissons sur la voie de la sauvegarde de la sécurité de l’Algérie et de la consolidation des assises de sa stabilité.» A peine codé, le message du chef d’état-major laisse transparaître une inquiétude face à ce qui se passe à nos frontières, au moment où l’ANP a entrepris sa mue depuis quelques mois.

Quelques heures plus tard, devant les officiers du commandement des forces navales, que dirige le général-major, Mohamed Larbi Haouli, le général de corps d’armée Chengriha insiste sur «les programmes de préparation au combat pour consolider les fondements de puissance de nos forces navales, en particulier, et du corps de bataille de l’Armée nationale populaire, en général, pour lui permettre ainsi d’accomplir son devoir de contrer efficacement toute menace éventuelle, quelle que soit son origine».

Il est clair que la situation à nos frontières sud du pays, notamment depuis le virement (par les autorités françaises, italiennes et du Vatican) de plus de 30 millions d’euros à deux organisations terroristes, Daesh et le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) que dirige Iyad Ag Ghali, et le lâcher (par Bamako et Paris) de près de 300 terroristes dans la nature, en contrepartie de la libération de quatre otages, (une Française, deux Italiens, dont un prêtre, et un Malien) augmentent au maximum le niveau d’alerte des unités de l’Anp, mobilisées au niveau de la frontalière sud, surtout que parmi les terroristes élargis, au moins une cinquantaine sont des Algériens aguerris dans l’art du maniement des armes, des explosifs, de la guérilla mais aussi des narcotrafiquants.

L’attaque du complexe gazier de Tiguentourine, à In Salah (sud-est) en 2013 est toujours dans les esprits, surtout qu’aujourd’hui les groupes terroristes sont devenus beaucoup plus puissants, financièrement et matériellement.

En plus des enjeux géostratégiques imposés par ce cercle de feu attisé par de nombreux pays, la France, la Turquie, les Emirats, le Qatar, Israël, la Russie, etc, présents en Libye où ils se livrent des batailles par procuration en recourant à des mercenaires étrangers, l’armée algérienne se retrouve encore une fois au-devant de la scène sécuritaire, et probablement politique (en raison de l’état de santé du Président, transféré en urgence, mercredi dernier, pour des soins en Allemagne).

A ce jour, aucun détail sur une l’évolution de l’état de santé du Président, ni sur la date éventuelle de son retour au pays, alors que de fortes rumeurs sur une éventuelle dégradation de sa santé circulent sur les réseaux sociaux.

Dans un pareil contexte, marqué – en plus – par une pandémie non encore maîtrisée et l’inquiétude autour d’éventuels attentats, l’armée est tenue aujourd’hui d’assurer les meilleurs conditions de sécurité, pour la tenue du scrutin référendaire.

La question qui reste posée est de savoir ce que fera le chef de l’état-major de l’Anp, après ce rendez-vous, dans le cas où la convalescence du Président durera dans le temps.