Procès des militants et détenus du hirak : Des condamnations et des reports

Hocine Lamriben, El Watan, 29 octobre 2020

Condamnations, relaxes au compte-gouttes, reports des procès à la pelle : la justice continue de maintenir la pression sur les militants et les détenus du hirak. Plusieurs manifestants et militants du hirak ont été condamnés, hier, tandis que de nombreux procès ont été ajournés, a annoncé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

A Biskra, le tribunal local a condamné en appel à 6 mois de prison ferme et 50 000 DA d’amende deux détenus alors que 12 autres manifestants ont été condamnés à une amende de 50 000 DA.

Le parquet avait requis la confirmation du verdict prononcé en première instance, à l’encontre de tous les prévenus, lors du procès en appel des 14 manifestants, arrêtés en août dernier, a rappelé le CNLD.

A Mascara, Nasreddine Chergui a été condamné à 100 000 DA d’amende. Le parquet a confirmé la même peine à son encontre. Il est accusé  d’«atteinte à la personne du président de République».

A El Bayadh, quatre militants du hirak (Ahmed Hicham Ghandi, Abdellah Guermit, Abidine Moulahoum et Djamel Bouras) ont été relaxés. Le parquet avait requis 500 000 DA d’amende. Ils étaient accusés d’«outrage à corps constitué».  Avant-hier, le parquet de Béjaïa a requis 3 ans de prison ferme à l’encontre du détenu Yanis Adjlia.

Ce dernier est accusé d’«atteinte à la personne du président de la République», «attroupement non armé», «incitation à attroupement non armé» et «exposition au danger de la vie et l’intégrité physique d’autrui», d’après le CNLD.

Par ailleurs, de nombreux procès ont été reportés ces derniers jours. A Jijel, le procès de l’activiste Mourad Bensouilah a été renvoyé à l’audience du 5 novembre. Placé sous mandat de dépôt, il est accusé, selon le CNLD, d’«atteinte à la personne du président de la République» et «publication de fausses informations pouvant porter atteinte à l’intérêt national».

Le procès en appel de Samir Tebani a été également renvoyé au 30 décembre prochain alors qu’il était initialement programmé pour le 28 octobre 2020 à la cour de Sétif.

Il est poursuivi pour des «publications Facebook appelant à la haine et au racisme» et «atteinte à la personne du président de la République». A Khenchela, le procès en appel du militant Yacine Mebarki, condamné à 10 ans de prison ferme pour divers motifs, dont «offense à l’islam» début octobre, est reporté au 11 novembre.

Le procès des deux détenus Abdellah Benaoum et Yacine Khadi, qui devait se tenir avant-hier, au tribunal criminel de Relizane, a été aussi renvoyé à l’audience du 19 novembre prochain sur la demande de la défense.

Malgré le mauvais état de santé de Benaoum, le juge chargé de son dossier avait refusé de le remettre en liberté, invoquant la gravité des chefs d’inculpation, selon Human Rights Watch. Abdellah Benaoum est poursuivi pour «atteinte au moral de l’armée», «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à un attroupement non armé».

Le tribunal de Koléa (Tipasa) a décidé, lundi dernier, de renvoyer au 16 novembre prochain le procès du militant politique Karim Tabbou, et de débouter la défense de sa demande de levée du dispositif de contrôle judiciaire.

La présidente de l’audience a annoncé la décision du renvoi, pour la sixième fois, du procès de Karim Tabbou poursuivi, depuis septembre 2019, pour «atteinte au moral de l’armée» et du refus de la demande portant levée du dispositif de contrôle judiciaire, selon l’APS.

Le CLND a annoncé que le dossier du détenu politique Rachid Nekkaz sera étudié le 11 novembre prochain devant la chambre d’accusation (cour de Ruisseau), après avoir déposé une demande de liberté provisoire le 19 octobre 2020.

Réagissant à la gestion de la justice, le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, a dénoncé le «harcèlement judiciaire» à l’encontre des militants du hirak. «Report des procès, maintien en liberté provisoire, attente de procès, multiplication des poursuites… sont toutes des pratiques qui visent à maintenir la pression sur les activistes, des pratiques qui n’ont qu’un mot : le harcèlement judiciaire», a-t-il fustigé sur Facebook.

Depuis plusieurs mois, le régime a durci la répression contre les partisans du hirak alors que les manifestations ont été suspendues pour cause de crise sanitaire. Quelque 70 militants sont actuellement incarcérés, la plupart pour des publications sur Facebook.