L’Algérie ne devrait pas trop compter sur les IDE

Les flux mondiaux ont reculé de 49% au premier semestre 2020

Liberté, 28 octobre 2020

L’Algérie ne devrait pas trop compter sur les investissements directs étrangers pour relancer son économie. Et pour cause, les flux mondiaux d’investissements directs étrangers (IDE) ont chuté de 49% au premier semestre 2020 par rapport à 2019, en raison de la crise du coronavirus, révèle le dernier “Global Investment Trends Monitor” de la Cnuced publié hier.

“La baisse des IDE est plus drastique que prévu, en particulier dans les économies développées. Les économies en développement ont relativement mieux résisté à la tempête pendant le premier semestre de l’année”, a déclaré James Zhan, directeur des investissements et des entreprises de la Cnuced.

Selon le rapport, au cours du premier semestre, les IDE ont chuté de 75% dans les pays développés, à 98 milliards de dollars. Cette tendance a été exacerbée par des entrées fortement négatives dans les économies européennes. Les flux d’IDE vers l’Amérique du Nord ont diminué de 56% pour s’établir à 68 milliards de dollars.

Dans le même temps, la baisse de 16% des flux d’IDE vers les économies en développement a été moins importante que prévu, principalement en raison de la résilience des investissements en Chine. Les flux ont diminué de seulement 12% en Asie, mais ils étaient 28% inférieurs à ceux de 2019 en Afrique et 25% inférieurs en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Les flux vers les économies en transition ont régressé de 81% en raison d’une forte baisse en Fédération de Russie. Les entrées totales d’IDE en Afrique du Nord ont reculé de 44% à 3,8 milliards de dollars au premier semestre. Les flux d’IDE vers l’Égypte ont décliné de 57%. À contre-courant, les entrées d’IDE vers le Maroc ont augmenté de 6% pour atteindre 0,8 milliard de dollars, en raison d’un profil d’investissement relativement diversifié.

Le moniteur des tendances de l’investissement mondial de la Cnuced ne donne pas de chiffre concernant l’Algérie. Mais dans son rapport publié en juin dernier, la Cnuced évoquait une légère baisse des flux des investissements directs étrangers (IDE) à destination de l’Algérie en 2019, pour s’établir à 1,382 milliard de dollars, contre 1,466 milliard de dollars en 2018.

Le gouvernement algérien a introduit des changements notables concernant le régime de l’investissement étranger, surtout avec la levée de l’obligation de l’actionnariat national majoritaire pour tout investissement étranger sur le territoire national. La règle, qui limitait la participation de l’investisseur étranger à 49% du capital social, n’est désormais applicable qu’aux sociétés exerçant les activités d’achat et de revente de produits et les activités de production de biens et de services revêtant un caractère stratégique pour l’économie nationale. La liste des secteurs concernés par cette restriction en matière d’actionnariat minoritaire imposée aux porteurs de projets étrangers est relativement restreinte.

Pour l’ensemble des autres secteurs d’activité, les investisseurs étrangers sont libres de structurer leur projet comme ils l’entendent. Mais pour certains économistes, cette question de l’actionnariat majoritaire, qui a longtemps cristallisé le débat autour des IDE en Algérie, n’est qu’un aspect parmi de nombreux autres de l’environnement économique à mettre en place pour faire de l’économie algérienne une destination attractive pour les capitaux étrangers.

Lors d’une conférence organisée par la Confédération algérienne du patronat citoyen, Lachemi Siagh, expert en finances, avait estimé qu’il est difficile, à court terme, dans la situation de crise actuelle, de penser à des partenariats avec les entreprises étrangères, européennes ou autres.

Meziane Rabhi