Campagne électorale pour la révision constitutionnelle: Les soutiens de l’ancien régime tentent de redorer leur blason

Madjid Makedhi, El Watan, 26 octobre 2020

Autorisés à être au front de cette campagne, les secrétaires généraux du FLN et du RND se sont plutôt livrés à un exercice tendant à faire croire que leurs formations respectives «n’avaient rien à voir» avec ce qui est appelé «les anciennes pratiques».

Hués et malmenés des mois durant par le mouvement populaire du 22 Février, les soutiens de l’ancien pouvoir reviennent sur le devant de la scène par la fenêtre de la campagne électorale pour la révision constitutionnelle. Ayant fait le dos rond pendant la tempête du hirak, le personnel politique, connu pour son soutien acharné à «la continuité du président déchu, Abdelaziz Bouteflika», s’est mis, durant cette campagne référendaire, en valeur.

Bombant le torse, les responsables des partis et organisations qui gravitent autour du pouvoir mettent, en effet, à profit cette conjoncture politique pour tenter de redorer leur blason. Sillonnant le pays, les chefs du FLN, du RND et de leurs organisations satellites essaient de se démarquer du pouvoir déchu et de s’accrocher à la «nouvelle Algérie», dans l’espoir de continuer à tirer profit des largesses du système.

Pour ce faire, ces derniers n’ont fait preuve d’aucune humilité. Autorisés à être au front de cette campagne, les secrétaires généraux du FLN et du RND se sont plutôt livrés à un exercice tendant à faire croire que leurs formations respectives «n’avaient rien à voir» avec ce qui est appelé «les anciennes pratiques». Pis, les Tayeb Zitouni, patron du RND, et Abou El Fadhl Baadji, chef de file de l’ex-parti unique, se revendiquent même du hirak qui, pourtant, leur demandait de «dégager».

«Nos militants étaient parmi les premiers rangs du hirak», avait lancé, lors d’un meeting, Tayeb Zitouni. Mais il ne précise pas où et comment. Car ceux qui ont pris part aux marches du hirak avaient sans doute entendu des milliers de personnes scander à tue-tête : «FLN et RND dégagez !»

La constitution : un prétexte

Défendant son parti, dont il a pris les commandes après une réunion carnavalesque du Comité central (CC), Abou El Fadhl Baadji a même défié les auteurs de ces slogans. «Le FLN est plus grand pour être mis au musée», lance-t-il, en menaçant de brandir «l’épée d’El Hadjadj» pour faire taire ceux qu’il qualifie d’«ennemis du FLN».

Ainsi, ces deux responsables des formations qui ont siégé dans tous les gouvernements de Abdelaziz Bouteflika ont utilisé cette campagne comme un prétexte seulement pour défendre leurs positions et leurs privilèges. La vulgarisation du projet de révision constitutionnelle et la sensibilisation des électeurs sont reléguées au second plan. Ils ne sont pas les seuls à adopter cette posture.

A deux jours de la fin de cette campagne, prévue pour mardi prochain, on a assisté, de l’avis de nombreux observateurs, à une course au positionnement en prévision des prochaines échéances électorales. C’est le cas du petit parti islamiste El Bina, qui se prend, on ne sait par quel miracle, pour «un ogre de la politique nationale».

Cette formation présidée par Abdelkader Bengrina, candidat malheureux à la présidentielle du 12 décembre dernier, tente aussi de se placer en vue d’améliorer ses scores électoraux à l’occasion des législatives et des locales à venir. Toujours dans le cadre de ces calculs, des responsables de certains partis et organisations, inconnus au bataillon, se sont aussi affichés et bénéficient de passage au niveau des médias audiovisuels publics.

Morosité et polémique

Cette campagne électorale a aussi été marquée par une morosité sans précédent. Il n’y a point d’animation et les meetings organisés jusque-là ressemblent plutôt à des obsèques. Au lieu de l’engouement populaire, on a assisté à des polémiques suscitées par des responsables novices en politique.

Que des gaffes. C’est le cas du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid Ali Khaldi. Jeudi dernier, ce ministre a provoqué une méga-polémique après avoir invité «ceux qui ne sont pas contents à quitter le pays».

«Nous allons construire un Etat conforme à la Déclaration du 1er Novembre, un Etat démocratique et social dans le cadre des principes de l’islam. Pour la première fois depuis l’indépendance, nous avons constitutionnalisé la Déclaration du 1er Novembre et le hirak populaire.

Et celui qui n’est pas content n’a qu’à changer de pays», a-t-il déclare, insistant même sur l’invitation à «changer de pays» en la répétant à deux reprises. Ayant pris conscience de son dérapage, Sid Ali Khaldi a tenté de se rattraper, vendredi, en demandant des excuses dans une vidéo.

Mais sans convaincre. Son collègue des Affaires religieuses, Mohamed Belmahdi, a également suscité une autre polémique en affirmant «qu’il faut prendre l’exemple sur le Prophète en matière d’amour de la patrie et aller voter massivement pour le projet de la révision constitutionnelle mardi prochain». Quid des deux derniers jours de cette campagne.