Règlement de la crise libyenne : Un cessez-le-feu définitif signé à Genève

Mourad Sellami, El Watan, 24 octobre 2020

Les deux principaux belligérants libyens, le gouvernement Al Sarraj et l’armée de Haftar, ainsi que le Parlement d’Aguila ont signé, hier à Genève, un accord de cessez-le-feu définitif dans toute la Libye, en présence de Stephanie Williams, la représentante spéciale par intérim du secrétaire général des Nations unies pour la Libye.

L’accord entre en application dès sa signature, confirmant ainsi la percée dans les négociations à la veille de la conférence politique de Tunis, annoncée pour novembre.

Mhimed Amami, le président de la délégation de l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar, a annoncé l’«engagement de l’ANL» à respecter les termes de cet accord. Pour sa part, Ali Abou Chahma, son vis-à-vis pour la délégation du gouvernement de Tripoli, a appelé à faire le nécessaire pour restructurer l’armée libyenne et combattre ceux qui prônent la déstabilisation de la Libye. Cet accord est un bon point après une série de négociations entre les militaires des deux camps, qui ont commencé en 2017, pour la restructuration de l’armée libyenne.

La conférence de Berlin a constitué un tremplin pour que les belligérants reprennent leurs tractations. Des rencontres entre militaires des deux camps ont eu lieu, ces derniers mois, au Caire, Ghardaka et Genève, et ont abouti à cet accord de cessez-le-feu, tremplin idéal pour la conférence politique de Tunis de novembre.

L’accord de cessez-le-feu vient après l’annonce d’un accord de six points, signé mercredi et stipulant l’ouverture des grandes routes, notamment la côtière Misrata, Syrte vers Ajdabia ; tout comme la médiane de Abou Grine (près de Syrte) à Sebha, ainsi que celle du Sud, de Chouiref à Sebha et Merzek. L’autre point important concerne la reprise des liaisons aériennes, entre Benghazi et Tripoli, ainsi que les liaisons vers l’aéroport de Sebha. Un premier vol d’essai a été opéré mercredi dernier, entre Tripoli et Benghazi, pour ramener le personnel, alors que le premier vol commercial a été opéré hier.

Des vols réguliers sont prévus deux fois par semaine, mardi et vendredi, par Ifriqya, pour commencer. Les autres points concernent l’arrêt du discours de la haine entre les deux parties, le renforcement de l’accalmie, l’échange des prisonniers et la restructuration des unités de la Garde des gisements et des ports pétroliers. Il avait fallu consulter Tripoli et Benghazi avant de signer l’accord de cessez-le-feu définitif.

Perspectives

Stephanie Williams est contente de parvenir à cet accord de cessez-le-feu avant la conférence de Tunis, ce qui constitue un bon tremplin pour l’accord politique interlibyen, attendu de la réunion de Tunis, en présence de plusieurs acteurs de la communauté internationale. Williams s’est dite consciente de l’importance de débarrasser la Libye des groupes armés étrangers. Concernant la restructuration des gardes des institutions pétrolières, elle pense que «cela se passerait de manière imminente».

Pour sa part, le président du conseil présidentiel, Fayez Al Sarraj, a salué, l’accord de cessez-le-feu, considérant que «c’est un pas important vers la solution des différends politiques et économiques». Al Sarraj est à Rome pour des discussions avec l’Italie, à la veille de son éventuel départ du pouvoir. L’accord libyen de cessez-le-feu a suscité d’autres réactions.

Ainsi, selon un communiqué de presse repris par l’agence turque TRT, le président Erdogan s’est interrogé à propos de l’impact de cet accord sur la présence des mercenaires, en se limitant à nommer les groupes Wagner. Il a considéré que l’accord a été signé par des deuxièmes couteaux, pas comme les précédents.

Néanmoins, M. Erdogan a omis de parler de la présence militaire turque à la base militaire de Outya, ainsi que celle des groupes armés syriens à l’Ouest libyen, qui posent les mêmes problèmes que ceux des groupes Wagner ou des Janjawid, du côté des troupes de Haftar. Les Wagner sont présents à Jofra et près des champs et des ports pétroliers. La présence des groupes armés étrangers constitue l’un des principaux problèmes pour la stabilité de la Libye. Stephanie Williams est consciente de ce problème et espère pouvoir le résoudre dans les trois prochains mois.

 

La conférence de Tunis sur la Libye fixée au 9 Novembre

La Tunisie a annoncé, avant-hier, qu’elle abritera, le 9 novembre, le prochain round du dialogue interlibyen. L’annonce a été faite lors de la 16e réunion via visioconférence des ministres des Affaires étrangères des pays de la Méditerranée occidentale, membres du dialogue 5+5, qui ont salué la tenue de cette conférence. En rapport avec cette conférence, le président tunisien, Kaïs Saïed, a insisté, en accueillant jeudi le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur l’impératif de «laisser les Libyens agir indépendamment des contraintes étrangères, pour pouvoir régler leur crise». Pour sa part, Le Drian a souligné que «les pays voisins ont un véritable intérêt dans la solution de la crise libyenne, vu l’impact sur leur stabilité». Il a dit que «la France partage la position tunisienne assurant l’impossibilité d’une solution militaire et insistant sur un compromis interlibyen».

Tunis
De notre correspondant Mourad Sellami