La France veut expulser des ressortissants algériens fichés “S”

Le ministre français de l’Intérieur dimanche prochain à Alger

Liberté, 21 octobre 2020

C’est dans un contexte de tension que le ministre français de l’Intérieur, Gérard Darmanin, arrive, à Alger, dimanche prochain, pour “une visite de deux jours”. Prévue de longue date, cette visite revêt un cachet particulier. La venue de Darmanin, qui effectue sa deuxième visite au pays d’origine de sa mère, est marquée par un événement tragique qu’a vécu la France, récemment.

Un attentat terroriste, qui a coûté la vie à un enseignant français vendredi dernier, a remis au goût du jour la lancinante question de l’expulsion de ressortissants étrangers accusés de radicalisation. Et pour cause, le meurtrier n’est autre qu’un ressortissant tchétchène, exilé dans l’Hexagone.

Dans la foulée de l’émotion suscitée par l’assassinat de l’enseignant d’histoire-géographie d’un collège français, accusé d’avoir exhibé en classe des caricatures du prophète Mohammed, le ministre français de l’Intérieur a annoncé qu’il a ordonné l’expulsion de 231 personnes “fichées S pour radicalisation”, une caractéristique de personnes qui constituent une menace sérieuse sur la sécurité de l’État.

Sur cette liste, “180 personnes se trouvent actuellement en prison. Les 51 autres, encore en liberté, vont être arrêtées”, précise un syndicat de police cité par l’agence Reuters.Parmi ces personnes candidates à l’expulsion se trouvent des Algériens dont le nombre n’est pas précisé.

Comme il l’a fait la semaine dernière lors d’une visite au Maroc, Gérard Darmanin va donc demander aux autorités algériennes de récupérer les ressortissants algériens qui se trouvent en situation irrégulière, et plus particulièrement ceux qui sont soupçonnés de flirter avec les milieux islamistes radicaux. Mais la mission du ministre français ne s’annonce pas de tout repos.

Malgré une volonté de répondre favorablement à une partie de l’opinion publique, le gouvernement français se heurte souvent à des obstacles opérationnels, parfois techniques. “(…) Lorsque les personnes à renvoyer ne disposent pas d’un titre d’identité, l’État doit obtenir l’accord du pays d’origine, à travers l’émission d’un laissez-passer consulaire.

Or, l’obtention de ce document, de surcroît dans des délais suffisants — c’est-à-dire avant la fin de la durée de rétention —, n’est pas toujours évidente.

D’autant plus que ces pays n’ont pas nécessairement intérêt à coopérer”, indique ainsi un expert français cité par les médias. C’est ainsi que beaucoup de pays refusent de donner des laissez-passer pour différentes raisons. Cela d’autant plus que beaucoup de ces personnes détruisent leurs documents d’identité une fois arrivés sur le sol français.

Plus généralement, des pays refusent d’accueillir des ressortissants soupçonnés de terrorisme ou de délinquance. Outre ces questions migratoires et sécuritaires, le ministre français de l’Intérieur va certainement aborder avec les autorités algériennes d’autres sujets plus anciens.

C’est le cas de la circulation des personnes et surtout de la révision des accords de 1968 qui accordent aux émigrés algériens des avantages dont ne disposent pas d’autres émigrés issus d’autres nationalités. Les Français veulent mettre les Algériens sur un pied d’égalité avec d’autres résidents étrangers en France. Jusque-là, les autorités algériennes avaient refusé de revoir ces accords.

Ali BOUKHLEF