Malgré un contexte de grave crise financière: L’état accroît son train de vie

Liberté, 20 octobre 2020

Le rehaussement du train de vie de l’État et du budget  global destiné au fonctionnement  est  d’autant  plus  contraire  à  toute  orthodoxie budgétaire  que  les  recettes  publiques  s’inscrivent  en  nette contraction.

La détérioration  continue  de  la  situation  financière  du pays ne semble pas inciter  le  gouvernement  à  donner  l’exemple  en  matière  de  rationalisation des dépenses,  en  prévoyant,  au  moins,  des  réductions  sur  le  train  de vie  de  l’État.  Bien  au  contraire, le  niveau  de  celui-ci devrait  augmenter  sensiblement en 2021, si l’on se réfère aux budgets prévus à travers le projet de loi de finances (PLF), approuvé récemment en Conseil des ministres.

Rien que pour les services de  la  présidence de  la  République, les dépenses courantes proposées pour 2021 passent à plus de 9 milliards de dinars, contre un total de crédits votés  pour  l’année  en  cours  de  quelque  8,2 milliards de dinars au titre de la loi de finances 2020.

Entre  traitements  salariaux,  prestations  sociales,  mobilier,  fournitures, habillement, parc automobile, travaux d’entretien et autres dépenses de fonctionnement, le train de vie de la présidence de la République devrait connaître ainsi, selon le PLF 2021, une variation haussière significative de près de 11%, comparativement à l’exercice en cours.

Poste  prépondérant  dans  le  budget  de  fonctionnement  global  de  la Présidence, les dépenses de personnel qui englobent les traitements et salaires, indemnités, pensions de services  et  charges  sociales devront s’accroître de 8,84% durant l’exercice à venir.

Variant  dans  des proportions moindres, le budget prévu pour le secrétariat général du gouvernement devrait quand même augmenter, lui aussi, en 2021, de 0,66%.

Le nouveau  service  du  médiateur de  la  République, créé  en avril dernier auprès de la Présidence, se voit, pour sa part, proposer un budget total de près de 529 millions de dinars au titre du prochain exercice, dont plus de 473 millions de dinars pour les dépenses de personnel et quelque 43 millions de dinars pour les achats de matériel, mobilier, habillement, parc automobile et diverses autres dépenses courantes.

Dans l’ensemble, la plupart des départements voient leurs budgets respectifs prévus pour l’année prochaine augmenter dans des proportions plus au moins significatives ; celui des services du Premier ministre s’inscrivant à la hausse de près de 4%, tandis que le niveau des dépenses proposées pour le ministère de la Solidarité nationale devrait connaître un bond de plus de 61%, contre des hausses globales de 28,6% pour le ministère de l’Intérieur et de 6,26% pour le département de la Justice.

Prenant experts et observateurs complètement à contre-pied, au moment où l’économie et les finances du pays sont au plus mal, le projet de loi de finances prévoyant le budget de l’État pour 2021 autorise ainsi un fort accroissement des dépenses de fonctionnement, en les portant à plus de 5 314 milliards de dinars, contre 4 893,4 milliards de dinars cette année, soit une hausse nette de pas moins de 421 milliards de dinars.

Le rehaussement  du  train  de  vie  de  l’État et  du  budget  global  destiné au fonctionnement de ses différents démembrements est, au demeurant, d’autant plus contraire  à  toute  orthodoxie  budgétaire  que  les  recettes  publiques attendues en  contrepartie  pour  le  prochain  exercice  s’inscrivent  en  nette contraction.

En effet, les recettes  définitives  appliquées  au budget  de l’État à travers le PLF 2021 sont arrêtées  au total à quelque 5 328 milliards de dinars, soit un niveau déjà en-deçà  des 5 395,5 milliards  de  dinars  prévus dans la loi de finances complémentaire (PLFC 2020) et nettement moindre par rapport aux 6 289,7  milliards  de  dinars  fixés  à  travers  la  loi  de  finances  initiale  pour l’exercice en cours. Les déficits budgétaires et du Trésor public devraient sans doute continuer à enregistrer des niveaux records.
 

Akli REZOUALI