Mouvement des universitaires pour le changement : Les événements d’Octobre 1988 revisités

Hafid Azzouzi, El Watan, 07 octobre 2020

Des enseignants chercheurs ont revisité, lundi, les énervements du 5 Octobre 1988, lors d’une rencontre virtuelle organisée dans le cadre d’une série de téléconférences initiée par la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement (CNUAC).

Ainsi, Mustapha Ghobrini de l’université de Mostaganem a souligné, au cours de son intervention, qu’il y a des liens entre ce qui s’est déroulé en octobre 1988 et ce qui se passe depuis le 19 février 2019 car, selon lui, les deux dates symbolisent l’éveil populaire pour exiger le changement. «Les événements de 1988 étaient un éclairage pour la société, et ce, après le Printemps berbère, les événements d’Oran, de Saïda, Constantine et Sétif», a-t-il expliqué. Salahdinne Messali, un autre enseignant-chercheur, a expliqué aussi qu’il y avait des indicateurs qui ont procédé 1988 comme, a-t-il dit, la crise de 1963, 1965 et 1980. «Le pouvoir n’a pas pris en considération les leçons du passé.

D’ailleurs, s’il l’a fait, 31 ans après, on aurait gagné beaucoup de temps pour aller de l’avant dans un véritable projet de société de notre pays. Il fallait passer de la légitimité historique à la légitimité démocratique surtout avec l’ouverture politique.

En 2019, le pouvoir a raté aussi une occasion inouïe pour aller vers une transition démocratie authentique», a-t-il ajouté pour essayer de mettre en relief certains éléments concordants entre les deux événements, à savoir ceux d’octobre 1988 et «la Révolution du sourire» enclenchée depuis le 22 février 2009 pour exiger le départ du système.

Dans le même sillage, Nacer Djebar de l’université de Constantine, a estimé que la légitimé d’un régime doit être l’émanation du peuple. «Elle ne doit aucunement être mis sous l’emprise des lobbies qui ont dérobé les richesses du pays et encourager aussi la corruption qui a gangrené tous les niveaux des institutions de l’Etat. Aujourd’hui, on n’arrive même pas à gérer une commune.

Mais, avec la nouvelle génération de jeunes instruits et éveillés, le pouvoir a été ébranlé par l’extraordinaire mobilisation populaire qui ne cesse de se manifester à travers les quatre coins du pays pour maintenir la dynamique citoyenne du hirak», a-t-il précisé, tout en dénonçant l’arrestation dont il a fait objet, lundi, lors d’une marche à Constantine.

«La jeunesse n’attend pas un policier ou un militaire pour décider de son destin. Elle est sortie dans la rue pour justement réclamer, haut et fort, une République sociale», a ajouté le même universitaire avant que Fatah Bouhmina de l’université de Béjaïa n’aborde le thème de la conférence sous un autre angle.

Il a, en outre, soutenu que «les Algériens n’ont jamais accepté le régime et le 5 octobre s’inscrivait dans un processus de combat permanent. Cette date consistait en un catalyseur qui a mis le feu aux poudres surtout avec la crise économique qui a accentué même celle de la légitimité du système. Ce dernier avait fermé le pays sur le plan économique et sur le plan de démocratie. Il contrôle toujours la société à travers la rente des hydrocarbures», a-t-il martelé.

Les autres intervenants ont mis l’accent aussi sur l’action pacifique du hirak qui, ont-ils expliqué, continue de donner une véritable image de civisme dans le sens où, ont-ils fait remarquer, les grandioses marches du mouvement populaire se sont déroulées dans un climat de sérénité à travers toutes les wilayas du pays contrairement aux événements d’octobre 1988 qui ont été marqués par, ont-ils rappelé, une répression sanglante.

Ainsi, M. Zaâf de l’université de Annaba, est revenu également sur les vingt ans de règne de l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui a, selon lui, utilisé la rente pour juste acheter la paix sociale et se maintenir au pouvoir contre la volonté populaire. «Aujourd’hui, nous avons dépensé 1000 milliards dollars sans pour autant engager de vrais projets de développement. La rente est utilisée pour acheter la paix sociale et créer de nouveaux riches et un système basé sur le populisme.

Le peuple est conscient aujourd’hui, et sait que seul l’action pacifique peut ébranler le régime contrairement à 1988.» Par ailleurs, notons que la CNUAC continue toujours à se projeter dans «les luttes pour la revendication d’une transition démocratique, pouvant assurer un état de droit, une vie économique et sociale digne pour tous les Algériens, et une université démocratique et libre».

Elle a exhorté déjà la communauté universitaire à la relance des marches et des rassemblements dans une organisation permettant le respect des mesures sanitaires. «La rentrée sociale doit être une rentrée des luttes, une rentrée du hirak solidaire et unie», plaide également la CNUAC qui estime que «si nous voulons le changement, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer le combat pacifique pour faire naître la nouvelle République, porteuse de nos espérances tant de fois avortées».