Les ruptures de médicaments pourraient s’aggraver dans les prochains mois

Nouvelle mesure exigée pour l’importation

Djamila Kourta, El Watan, 04 octobre 2020

Un levier pour réduire la facture des médicaments, mais il favorisera les ruptures dont la liste des produits en rupture de stock s’allonge de jour en jour. Un gain pour l’économie au détriment de la santé des Algériens dont des enfants qui se battent contre la mort. La PCH et les producteurs frappés de plein fouet.

Dans l’objectif de réduire la facture à l’importation comme annoncé par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed dès sa nomination, l’importation des médicaments finis et des intrants indispensables à la fabrication locale est soumise à une nouvelle procédure qui entre en vigueur à partir d’aujourd’hui.

Une attestation de régulation délivrée par le ministère de l’Industrie pharmaceutique est exigée dans le dossier de domiciliation bancaire pour toutes les opérations d’importation des produits pharmaceutiques et des équipements médicaux. Une attestation qui nécessiste au préalable une multitude de documents portant sur les anciennes opérations d’importation offrant une traçabilité de ces opérations.

Un frein supplémentaire pour réduire ainsi la facture d’importation dont les prévisions étaient de 400 millions de dollars, selon M. Benbahmed d’ici une année au détriment des malades. La décision concerne les opérateurs privés producteurs nationaux, importateurs et publics dont l’Institut Pasteur d’Algérie et la PCH qui compte à elle seule 1600 programmes d’approvisionnement par an.

Ce qui représente 60% des importations et les 40% par le secteur privé. «Une lourdeur bureaucratique de plus qui va perturber le processus de l’approvisionnement et causera des retards considérables à travers l’étude des dossiers», sont unanimes à déclarer les différents acteurs.

Un levier certes pour réduire la facture d’importation, mais qui augmentera les ruptures de médicaments dont la liste ne cesse de s’allonger et des patients se battent contre la mort, dont des innocents enfants.

Le patient sera ainsi le premier impacté notamment au niveau des hopitaux et les cris d’alarme des médecins affluent tous les jours. Comme c’est le cas actuellement au niveau des structure anticancer, où des enfants décèdent par manque de médicaments engendré par les nombreux dysfonctionnements depuis plusieurs années au ministère de la Santé qui pourrait également se reproduire et aggraver la situation avec la décision du ministère de l’Industrie pharmaceutique.

Dans une note datant du 30 septembre adressée aux opérateurs, le ministère de l’Industrie pharmaceutique signale que «dans le cadre d’une régulation optimale des importations pour le dernier semestre de l’année en cours, il est demandé aux opérateurs pharmaceutiques une attestation de régulation à remettre aux établissements bancaires avant toute domiciliation d’une opération d’importation. (…).

Les dossiers des demandes d’attestation de régulation peuvent être déposés à partir du 4 octobre au niveau du ministère de l’Industrie pharmaceutique», précise la note avec toutes les pièces à joindre au dossier, entre autres les états des stocks au jour de la demande, la copie de la facture proforma de l’opération à domicilier, les documents douaniers D10 des importations antérieures, les factures domiciliées et des certificats de libération des lots et les bons de commande hospitaliers, notamment pour les médicaux et équipements.

Une nouvelle mesure qui a surpris les opérateurs pharmaceutiques qui appréhendent d’ores et déjà de graves ruptures de médicaments essentiels, qu’il soient importés ou fabriqués localement.

«Une lourdeur bureaucratique de plus puisque le dossier pour se faire délivrer cette attestation doit compter plusieurs documents exigés par le ministère de l’Industrie pharmaceutique alors que le ministre lui-même, M. Benbahmed, a plusieurs fois dénoncé les blocages alors qu’il avait promis la transparence et la fluidité dans le étapes pour le développement de l’industrie pharmaceutique dans le pays», signale-t-on et de préciser qu’en plus du fait que cette période de transition entre le passage du ministère de la Santé au ministère de l’Industrie pharmaceutique se prolonge, cette nouvelle procédure exigeant une multitude de documents pour importer des intrants des produits va probablement alourdir le travail du pharmacien directeur technique des entreprises et entraver le bon déroulement de nos programmes de production.

«Ce nouveau ministère qui vient de naître avec des ressources humaines encore insuffisantes et une charge de travail dans les prochains mois très importante n’avait pas besoin de s’encombrer avec un nouveau verrou bureaucratique qu’il aura du mal à gérer», note un pharmacien directeur technique d’une entreprise de fabrication.

La Pharmacie centrale des hopitaux (PCH) qui se bat actuellement contre une importante rupture de médicaments hospitaliers essentiels, notamment les produits anticancer sera confrontée à une nouvelle bataille avec cette nouvelle réglementation. «Cette mesure aura un effet boule de neige sur toute la procédure d’approvisionnement au niveau de la PCH et de l’IPA.

Il y aura certainement des retards pour pouvoir passer à la domiciliation bancaire. Un retard qui s’accumulera sur de nombreux produits, lesquels pourraient poser problème au niveau des fournisseurs. Comme cela pourrait poser le problème du tiers de vie des médicaments, cela nécessitera également des dérogations. Lesquels seront soumis également à cette nouvelle mesure.

Il faudra travailler jour et nuit pour pouvoir répondre à tout le monde dans les délais. Est-ce que le ministère de l’Industrie pharmaceutique a les moyens matériels et humains pour répondre à la demande ?» s’interroge un opérateur pharmaceutique qui regrette que la mesure soit prise sans une concertation au préalable avec les concernés et son application dans la précipitation.

A noter que le ministère des Finances a adressé le 27 septembre dernier une instruction à l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) dans laquelle il est exigé des opérateurs économiques du secteur de la pharmacie et des établissements pharmaceutiques de fournir une attestation de régulation délivrée par le ministère de l’Industrie pharmaceutique dans le dossier de domiciliation bancaire de leur opération d’importation des produits pharmaceutiques et des équipements médicaux.

Le ministère des Finances signale que «l’intérêt de cette procédure est de permettre, notamment, le contrôle a priori de la réalisation des programmes prévisionnels d’importation, d’éviter l’importation de produits fabriqués en Algérie, le surstockage, le contrôle des délais de péremption et maîtriser les dépenses liées aux importations».

Un défi que le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, compte relever avec une réduction de 400 millions de dollars de la facture d’importation d’ici l’année prochaine, dont la moitié pourrait intervenir dans le prochain trimestre si cette mesure venait à être appliquée.