Détenu à la prison d’Oran, son état est jugé critique : «Sauvez Abdellah Benaoum !»

Mustapha Benfodil, El Watan, 04 octobre 2020

L’état de santé du détenu d’opinion Abdellah Benaoum, qui se trouve en détention provisoire à la prison d’Oran, est jugé fortement préoccupant, selon ses avocats et son entourage. Souffrant de problèmes cardiaques, il a besoin d’une intervention chirurgicale d’urgence.

Sur Facebook et Twitter, les appels se multiplient en faveur de l’activiste de Relizane : «Sauvez Abdellah Benaoum !», «Libérez Abdellah Benaoum !», «La vie de Benaoum est en danger», «Qu’est-ce qui arrive à Abdellah Benaoum ?»… peut-on lire sur les réseaux sociaux.

Le militant politique et défenseur des droits humains a été arrêté à Relizane le 9 décembre 2019, soit trois jours avant l’élection présidentielle qui a porté M. Tebboune au pouvoir. Abdellah était au début placé en détention préventive à la prison de Relizane avant d’être transféré à la prison d’Oran. D’après ses avocats, ce qui lui est reproché, ce sont essentiellement ses écrits sur Facebook.

Parmi les griefs retenus contre lui : «Atteinte au moral de l’armée», «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à un attroupement non armé». Son procès a été programmé en juillet dernier avant d’être reporté à septembre. Il a été de nouveau renvoyé. D’après le quotidien Liberté, l’audience est fixée pour le 18 novembre prochain au tribunal criminel de Relizane.

Ce jeudi 1er octobre, son avocat, Me Mohamed Kerma, a fait savoir via les réseaux sociaux : «J’ai essayé de voir Abdellah Benaoum cet après-midi (jeudi, ndlr) à la prison d’Oran. Après une heure et demie d’attente, le gardien est revenu pour m’informer qu’il refusait de se présenter en raison de son état de santé.» Selon d’autres témoignages, la mère du détenu a subi le même sort.
Advertisements

Joint par téléphone, Me Abdelghani Badi, membre du collectif de défense de Abdellah Benaoum, et qui a plusieurs fois alerté, lui aussi, sur la dégradation inquiétante de l’état de santé du militant, déclare : «Avant son entrée en prison, Abdellah Benaoum avait subi une opération chirurgicale au niveau du cœur. Et il doit subir une autre intervention. En prison, ils ne disposent pas de moyens suffisants pour s’occuper de lui.

Il a donc besoin d’une assistance médicale en dehors du milieu carcéral. Il faut au moins qu’il soit hospitalisé, et après les examens nécessaires, les médecins décideront du type de soins qui doivent lui être prodigués.» Me Badi poursuit : «Cela fait plus de six mois que nous répétons qu’il a besoin d’une prise en charge médicale. Et eux, ils le trimballent entre Relizane et Oran.

Ils l’ont maintenu en détention sans lui assurer les soins nécessaires. Et ils ne l’ont pas fait admettre dans un hôpital. Donc, ni ils l’ont soigné ni ils l’ont remis en liberté afin qu’il puisse se soigner. C’est ça le problème.» «Ce que nous demandons, insiste Me Abdelghani Badi, c’est de le prendre médicalement en charge ou bien de le remettre en liberté et lui permettre de se soigner.

Après tout, il est poursuivi simplement pour des propos sur Facebook. Ce n’est pas un baron de la drogue ou bien un individu coupable de corruption. S’il ne s’est pas présenté pour voir sa mère et son avocat, c’est peut-être qu’il est physiquement affaibli, peut-être qu’il est malade…»

Pour rappel, Abdellah Benaoum avait déjà été emprisonné avant cette affaire pour ses écrits et ses activités militantes. En avril 2018, il a été condamné à deux ans de prison ferme pour «outrage au président de la République». C’était donc à l’époque où Abdelaziz Bouteflika était encore au pouvoir.

Benaoum sera remis en liberté le 3 juin 2019. Il venait de subir 14 mois de prison et une longue et éprouvante grève de la faim qui a failli lui être fatale.