Affaire de l’autoroute Est-Ouest: Mohamed Bedjaoui officiellement inculpé

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 30 septembre 2020

L’ancien ministre des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui a été officiellement inculpé dans l’affaire de l’Algérienne des autoroutes (ADA), a-t-on appris de sources concordantes.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – C’est l’aboutissement d’une procédure déclenchée il y a plusieurs mois par les instances judiciaires qui ont entamé la réouverture de plusieurs dossiers, dont celui de l’autoroute Est-Ouest, mettant en cause plusieurs anciennes personnalités dont Mohamed Bedjaoui.
Un communiqué publié durant l’été dernier par le parquet d’Alger précisait que ce dernier était poursuivi en qualité d’ex-MAE. La liste parvenue à la Cour suprême comporte également deux autres noms d’ex-ministres poursuivis dans le même dossier, Mohamed Chakib Khelil, en sa qualité d’ancien ministre de l’Énergie et des Mines, et Amar Ghoul, en sa qualité d’ancien ministre des Travaux publics. Jusqu’à l’heure, seul Amar Ghoul a été auditionné par le magistrat instructeur de la sixième chambre. Des informations émanant de sources concordantes affirment que l’ancien ministre des Affaires étrangères, établi en France, a fait l’objet de deux convocations auxquelles il n’a pas répondu. Après étude du dossier, le juge a retenu les charges qui pesaient sur le mis en cause et procédé à son inculpation.
Le nom de Mohamed Bedjaoui (91 ans cette année) a circulé avec insistance dans l’affaire de l’autoroute Est-Ouest après que ce dernier eut reconnu, en avril 2016, avoir introduit le sulfureux homme d’affaires et marchand d’armes Pierre Falcone auprès des autorités algériennes pour appuyer un consortium répondant à l’appel d’offres pour la construction de l’autoroute Est-Ouest.
L’ex-ministre, qui occupait à cette époque le poste de président du Conseil constitutionnel, est soupçonné d’avoir aidé ce consortium à obtenir le marché en question en dépit de la réputation désastreuse dont jouissait Pierre Falcone.
Homme d’affaires français plusieurs fois condamné par la justice de son pays, il est surtout connu pour avoir trempé dans l’Angolate, une scabreuse affaire de vente d’armes soviétiques, d’un montant total de 790 millions de dollars, au gouvernement angolais.
Vers 2014, ce même Pierre Falcone jette son dévolu sur l’Algérie et se rapproche des plus hauts dirigeants auxquels il propose ses services en matière de défense et de sécurité.
Toutes ses propositions en la matière s’avèrent, cependant, rapidement inutiles, mais il ne se retire pas pour autant du champ Algérie puisqu’il s’emploie au même moment à soumissionner pour le marché de la construction de l’autoroute Est-Ouest.
Il est soupçonné d’avoir empoché des sommes faramineuses en échange de démarches douteuses visant à faire obtenir une partie de ce fabuleux marché au groupement chinois CITIC-CRCC. L’homme d’affaires n’a, cependant, jamais été entendu lors du procès de l’autoroute Est-Ouest qui s’est déroulé en 2016. Le sera-t-il lors du prochain procès qui se dessine ?
Mohamed Bedjaoui s’est, en revanche, exprimé, à cette époque, dans un entretien accordé au site en ligne TSA. Ce dernier déclarait alors que les autorités algériennes «se sont aperçues, au bout de quelques mois, de l’inefficacité de l’homme d’affaires franco-brésilien, et qu’il regrettait ‘’totalement’’ sa médiation».
L’ancien ministre a reconnu également avoir accordé son «appui initial» à Pierre Falcone lorsque celui-ci avait présenté, au nom de ce groupement chinois, une offre dans le cadre du marché de l’autoroute Est-Ouest : «mais j’ai cessé tout contact avec lui lorsque j’ai appris qu’il n’avait pas apporté le concours escompté à notre défense nationale. Il s’était parfaitement conformé néanmoins à toute notre législation des appels d’offres».
A. C.