Accord entre les mouvements Fatah et Hamas : Des élections dans 6 mois dans les Territoires palestiniens

Ce seront les premières élections législatives depuis celles de 2006 et la présidentielle de 2005

Farès Chahine, El Watan, 26 septembre 2020

Réunis à Istanbul en Turquie depuis quelques jours, des représentants des mouvements palestiniens Fatah et Hamas se sont mis d’accord sur l’organisation des élections en Palestine occupée, dans un délai de 6 mois.

Ce seront les premières élections législatives depuis celles de 2006 et la présidentielle de 2005.
Elles auront pour but de mettre fin à la division palestinienne qui persiste depuis l’été 2007, lorsque le mouvement Hamas a pris le contrôle de la bande de Ghaza suite à un putsch armé. «Nous nous sommes mis d’accord pour la tenue en premier lieu des élections législatives, puis de l’élection du président de l’Autorité palestinienne et enfin du conseil central de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) au cours des six prochains mois», a déclaré, jeudi, Djibril Rajoub, membre du comité central du Fatah.

«Nous sommes parvenus cette fois à un vrai consensus, les divisions ont causé du tort à notre cause nationale et nous travaillons à y mettre fin», a dit de son côté Saleh Al Arouri, numero 2 du mouvement Hamas.

Cet accord est le fruit d’un rapprochement qui s’est fait loin des médias, entre les deux principales forces palestiniennes.

Les deux mouvements ont commencé à dialoguer depuis plus de trois mois. Le rapprochement a été renforcé par une réunion des chefs des factions palestiniennes au début de ce mois de septembre. Tous les Palestiniens semblent cette fois décidés à réunifier leurs rangs, non pas parce qu’ils ont réussi à résoudre tous leurs différends concernant la gouvernance et le programme de la résistance, mais pour tenter de faire face aux dangers réels qui menacent la cause palestinienne, en l’occurrence le soi-disant plan de paix américain baptisé «la transaction du siècle», qui ignore les droits fondamentaux du peuple palestinien, appuie les projets israéliens d’annexion de plus de territoires palestiniens et le processus de normalisation de certains pays arabes, comme les Emirats arabes unis et le royaume du Bahreïn avec l’entité sioniste. D’ailleurs, d’autres pays arabes, comme le Soudan et le sultanat d’Oman vont se joindre à ce processus au cours de cette semaine, selon des médias israéliens.

Considérés par les Palestiniens comme une trahison de leur cause et de leur peuple, ces accords de normalisation avec l’occupation israélienne ôte de leurs mains ce qui leur restait comme soutien dans la région et les isole comme jamais auparavant dans leur difficile lutte pour l’indépendance.

Ces accords de normalisation confortent la vision israélo-américaine de la paix selon laquelle les Palestiniens peuvent bâtir leur «Etat» sur des morceaux de terres de la Cisjordanie, sans aucune continuité territoriale, sans frontière avec la Jordanie voisine, et sans la ville sainte d’Al Qods, en plus de la bande de Ghaza, dont Israël veut à tout prix s’en débarrasser, à cause de sa petite superficie (360 km2) et sa grande densité de population (2 millions d’habitants). En résumé, ceux qui signent des accords de normalisation avec l’Etat hébreu acceptent que les Palestiniens demeurent sous la tutelle éternelle de l’occupation.

La rue palestinienne légèrement optimiste

Que ce soit en Cisjordanie occupée où le contact est plus direct avec les forces de l’occupation israélienne ou dans la bande de Ghaza, la population palestinienne a reçu l’annonce de l’accord entre les mouvements Fatah et Hamas avec un sentiment ambigu. D’un côté, il y a cette joie de voir enfin le terme de la division dont elle est la première victime, d’un autre il y a cette crainte d’un nouvel échec pour une raison où une autre comme cela s’est passé après les multiples accords de réconciliation de Doha au Qatar, du Caire en Egypte et autres, annoncés en grande pompe mais qui n’ont jamais été appliqués sur le terrain.

C’est vrai que le danger n’a jamais été aussi grand et aussi proche, mais est-ce suffisant pour que tout le monde agisse dans l’intérêt national et non pas celui de son parti ou même de sa personne. D’ailleurs, selon une déclaration faite par Azzam Al Ahmad, membre du comité central du Fatah, dans la soirée de jeudi, il est fait état que si les élections seraient annulées au cas où elles ne peuvent avoir lieu dans la ville d’Al Qods, cela renforcera la crainte d’un retour à la case de départ.

Sachant qu’Israël ne permettra pas l’organisation des élections dans ce qu’il considère sa capitale unifiée, il incombe à la Direction palestinienne de trouver une solution et ne pas se suffire d’annuler les élections et perpétuer la division.

La population d’Al Qods peut entre autres voter par le biais de l’internet ou par une autre façon qui doit être définie. Israël, qui a tant œuvré à diviser le peuple palestinien pour mieux le dominer, attend un nouvel échec plus que personne d’autre, pour pouvoir achever ses plans diaboliques visant à faire de lui un ensemble de personnes soumises au service de leurs maîtres.

Ghaza
De notre correspondant Farès Chahine