Des peines allant de 12 à 20 ans de prison ferme et confiscation de tous leurs biens : Lourdes sentences contre les frères Kouninef

Salima Tlemcani, El Watan, 24 septembre 2020

Mise en délibéré depuis hier, l’affaire des frères Kouninef, propriétaires du groupe KouGC, poursuivis pour, entre autres, «trafic d’influence», «incitation d’agents publics pour l’obtention d’indus avantages», «blanchiment d’argent dans le cadre d’une organisation criminelle», «violation de la réglementation des marchés», «détournement de fonciers et de concessions», «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de marchés publics», a pris fin hier avec le prononcé d’un lourd verdict, par le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger.

Même si les sentences étaient prévisibles, beaucoup d’avocats espéraient obtenir des décisions «plus clémentes», notamment pour les hommes d’affaires et certains cadres du département de l’Industrie, poursuivis dans cette affaire. Pour beaucoup, c’était comme une douche froide.

Considérée en situation de fuite, Souad Kouninef est condamnée par défaut à la peine maximale de 20 ans de prison ferme, une amende de 8 millions de dinars et la confirmation du mandat d’arrêt international, alors que Réda, Noah-Tarek et Abdelkader-Karim écopent d’une peine ferme de 16, 15 et de 12 ans, assortie d’une amende de 8 millions de dinars, d’une détention de sûreté de 5 ans et de la confiscation de tous leurs biens acquis durant les faits reprochés aussi bien en Algérie qu’à l’étranger.

Le gérant du groupe KouGC, Kaddour Bentahar, membre de la famille des hommes d’affaires, est condamné à une peine de 8 ans de prison ferme assortie d’une amende de 8 millions de dinars, alors que chacune des 45 sociétés, qui lui sont affiliées, devront payer une amende de 32 millions de dinars.

Le tribunal a, par ailleurs, condamné Adel Mekahlia et Leila Benai, d’anciens ex-directeurs régionaux de l’Aniref (Agence nationale d’intermédiation et de régulation foncière), dépendant du ministère de l’Industrie, à 18 mois de prison, dont un an avec sursis, et infligé une peine de 3 ans de prison ferme et une amende de 500 000 DA à l’ex-directrice générale de l’Aniref, Hassiba Mekraoui, et l’actuel directeur de cette instance, Hassane Hammouche.

Pour sa part, l’ex-directeur général du port d’Alger, Abdelaziz Kerah, a écopé d’une peine de 3 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars.

Plusieurs relaxes ont été prononcées dans le cadre de ce procès, au profit de certains cadres de l’administration de l’industrie et de l’hydraulique. Le tribunal a, en outre, accepté la constitution en tant que parties civiles d’Algérie Télécom, contre Mobilink, la société de KouGC, ainsi que le port d’Alger, qui réclame la restitution des concessions octroyées à Sogral, appartenant à KouGC, dans le cadre de la privatisation de la société publique ex-Sogedia, de production d’huile de table, par Sogral.

Il est important de rappeler que le parquet avait requis des peines de 18 ans de prison ferme à l’encontre de Réda Kouninef, 15 ans contre Tarek-Noah et Abdelkader-Karim Kouninef, ainsi que 10 ans ferme à l’encontre du gérant du groupe KouGC, Kaddour Bentahar, et 20 ans de prison ferme contre Souad Kouninef, en fuite. De nombreuses autres peines allant de 2 ans à 5 ans de prison ont été réclamées contre le reste des prévenus, au nombre de 10.

Constitué partie civile, le Trésor public a, pour sa part, demandé la somme de 260 milliards de dinars algériens, dont 186 milliards dus «aux crédits injustifiés» octroyés au groupe par des banques publiques, et 75 milliards «aux indus privilèges» obtenus par KouGC et ses sociétés.

Les prévenus ont tous nié les faits et clamé leur innocence. A signaler par ailleurs, que la majorité des avocats des prévenus, notamment ceux des frères Kouninef, vont se pourvoir contre les décisions du tribunal d’Alger, en espérant que le procès en appel, devant la cour d’Alger, se tiendra dans de bonnes conditions, avec trois magistrats dont les décisions seront, selon eux, «certainement différentes».