Autorités algériennes et médias français : Que cachent ces polémiques répétitives ?

Madjid Makedhi, El Watan, 23 septembre 2020

C’est devenu un rituel depuis quelques années. Chaque travail fourni par des médias étrangers, notamment français, sur l’Algérie suscite une réaction immédiate des autorités. Et souvent, des polémiques naissent et durent quelque temps avant de s’estomper en attendant «une nouvelle tempête».

Ces scénarios reviennent de manière itérative. De puis le début de l’année en cours, l’opinion nationale a assisté déjà à trois polémiques. La dernière en date remonte à dimanche. Elle est provoquée, toujours, par la diffusion d’un documentaire sur le hirak et l’Algérie.

En effet, le reportage, intitulé L’Algérie, le pays de toutes les révoltes, diffusé dans le magazine «Enquête exclusive» de la chaîne française M6, n’a pas tardé à faire réagir le ministère de la communication. Dans un communiqué repris lundi soir par l’APS, le département de Ammar Belhimer accuse le média français et ses équipes «d’avoir travaillé avec une fausse autorisation» et de «porter un regard biaisé sur le hirak».

Tout en menaçant d’engager des poursuites contre l’équipe de la chaîne française pour «faux en écriture authentique ou publique», le ministère de la Communication prend une décision. «Ce précédent nous conduit à décider de ne plus autoriser M6 à opérer en Algérie, sous quelque forme que ce soit», indique le communiqué du ministère.

M6 réagit

Face à cette sentence, la chaîne française M6 se défend. Dans un communiqué rendu public hier, la direction de cette chaîne «demande aux autorités de renoncer à la décision de l’interdire d’opérer en Algérie». Elle assure que l’équipe qui a réalisé ledit reportage «a bien bénéficié d’une autorisation de tournage délivrée initialement en mai 2018 et prolongée plusieurs fois jusqu’en 2019». «L’équipe de tournage a d’ailleurs été contrôlée à plusieurs reprises par les autorités algériennes, qui l’ont laissée travailler au vu de cette autorisation», ajoute la même source. Selon le communiqué, «d’autres demandes d’autorisation présentées par ‘‘Enquête exclusive’’ en mars 2020, pour pouvoir filmer des séquences en plateaux depuis Oran, ont été, en revanche, refusées par les autorités algériennes et elles n’ont donné lieu à aucun tournage en Algérie».

Ce faisant, M6 affirme qu’elle «renouvelle sa confiance au producteur (du reportage) Patrick Spica ainsi qu’aux journalistes qui ont réalisé cette enquête dans le respect des principes déontologiques attachés à leur profession». Selon la chaîne, «les évolutions de la société algérienne constituent un sujet d’intérêt général qui mérite d’être traité dans le cadre du droit légitime à l’information du public».

Cette polémique rappelle celles qui se sont produites en mai dernier, suite à la diffusion par France 24 d’abord et puis par les deux autres chaînes publiques, France 5 et LCP, de reportages sur le hirak. Criant au «complot», les autorités algériennes ont même rappelé l’ambassadeur d’Algérie à Paris pour protester officiellement. «Le caractère récurrent de programmes diffusés par des chaînes de télévision publiques françaises, dont les derniers en date sur France 5 et La Chaîne parlementaire, le 26 mai 2020, en apparence spontanés et sous le prétexte de la liberté d’expression, sont en fait des attaques contre le peuple algérien et ses institutions, dont l’Armée nationale populaire (ANP)», avait indiqué à l’époque le ministère des Affaires étrangères.

Selon le communiqué, «cet activisme, où l’inimitié le dispute à la rancœur, dévoile les intentions malveillantes et durables de certains milieux, qui ne souhaitent pas l’avènement de relations apaisées entre l’Algérie et la France, après 58 ans d’indépendance (…)». En 2016, rappelons-le, les révélations de Panama Papers reprises par le journal Le Monde, avaient provoqué, à l’époque, la réaction du président déchu, Abdelaziz Bouteflika.

Ce dernier avait décidé de porter plainte contre le quotidien français. Que cachent ces polémiques à répétition ?