La région souffre d’un manque drastique en eau potable: Bouzeguène se révolte et se met en grève

Liberté, 22 septembre 2020

L’appel à la grève lancé par la Coordination des comités de villages a été largement suivi par la population qui ne peut plus face à l’interminable crise de l’eau qui dure depuis des années.

La Coordination des comités de villages de Bouzeguène a organisé, hier, un imposant rassemblement au chef-lieu de daïra pour protester, encore une fois, contre les drastiques pénuries d’eau potable auxquelles est confrontée la population locale depuis le début de la saison estivale et dénoncer le laxisme des autorités devant le ralentissement, voire l’arrêt des deux projets de renforcement en eau potable de la région, à savoir celui du transfert des eaux du barrage Tichy Haf et le blocage du raccordement de la nouvelle conduite d’Aderdar.

Le rassemblement a eu lieu sur fond d’une grève générale qui a totalement paralysé l’activité commerciale et le fonctionnement des institutions locales, à l’exception des services de santé publique, les pharmacies et les cabinets médicaux privés.

L’appel de la coordination a obtenu un large écho puisque la plupart des habitants des 24 villages de la commune ont adhéré à cette journée qui se voulait, selon les comités de villages, un avertissement ultime adressé à tous les services relevant du ministère des Ressources en eau qui, aux yeux des villageois, ont largement failli à leurs engagements, notamment celui d’achever les projets dans les délais et d’étancher définitivement la soif des villageois.

Sur une immense banderole accrochée au portail d’entrée de l’APC, on pouvait lire : “Bouzeguène a soif, l’eau c’est la dignité.” “Nous avons longtemps pris notre mal en patience”, nous déclare, tout de go, un des membres de la coordination rencontré sur place.

Le projet de Tichy Haf a été arraché, a-t-il expliqué, par les villageois après un long bras de fer entamé depuis le mois d’août 2017, après un été douloureux qui a mis les villageois, quasiment sous perfusion, mais, a-t-il ajouté, voilà que trois longues années plus tard, les villageois doivent attendre un mois pour pouvoir, avec un coup de chance, voir l’eau couler dans les robinets, à 3h du matin.

Alors que les villageois réclamaient un raccordement au barrage de Taksebt, les services des ressources en eau du ministère, accompagnés de l’ancien wali de Tizi Ouzou, s’étaient présentés au centre culturel colonel Mohand-Oulhadj où, devant les délégués des villages, ils avaient présenté un nouveau projet, celui du renforcement en eau potable de la commune de Bouzeguène à partir de Tichy Haf, situé dans la wilaya de Béjaïa.

Mieux que ça, le représentant du ministère des Ressources en eau avait garanti la concrétisation du projet durant le premier semestre de l’année 2018 et avait, à l’occasion, rassuré les villageois qu’ils ne revivraient plus les pénuries de 2017.

Les oppositions, un problème récurrent

Le projet fut, en effet, lancé en avril 2018, au lieudit Chréa, limite frontalière avec la wilaya de Béjaïa, mais voilà que les délais de réalisation ont été décalés au mois de décembre.

Les travaux attribués à cinq entreprises, dont trois du domaine privé, ont accusé un long retard occasionné surtout par la non-prise en charge des oppositions apparues sur le territoire de Béjaïa, et par le non-paiement des entreprises, notamment celles relevant du privé qui n’arrivaient pas à payer les ouvriers.

Si avec le temps, certaines oppositions ont pu être levées, d’autres continuent encore de bloquer le projet. En parallèle, les délégués de la coordination réclamaient également la réhabilitation du projet de la chaîne d’Aderdar qui alimentait Bouzeguène depuis 1976.

Cette chaîne n’était, certes, pas de nature à satisfaire, à elle seule, l’alimentation des villages de Bouzeguène, mais la coordination tenait à sa réhabilitation pour servir d’appoint une fois le transfert Tichy Haf réalisé et aussi pour la qualité de son eau vu qu’elle alimente la région à partir d’une source de montagne.

Les services des eaux ont alors dégagé une subvention de 20 milliards de centimes pour effectuer des travaux de déviation de cette conduite à Aït Zikki où de nombreux piquages illicites ont été effectués, mais le projet ne cesse de traîner. Une fois réalisée, cette déviation permettrait de récupérer plus de 300 mètres cubes par jour. Une quantité qui pouvait soulager sensiblement la souffrance des habitants de Bouzeguène.

Malheureusement, des habitants ont bloqué ce projet à Aït Zikki. Les délégués des villages de la commune de Bouzeguène, lésés par l’arrêt de ces deux projets, sont montés au créneau. Outre la grève générale et le rassemblement à Bouzeguène, des actions radicales sont en passe d’être mises à exécution dès les prochains jours.

KAMEL NATH OUKACi