Procès en appel de Ali Haddad: La défense arrache difficilement un second renvoi

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 21 septembre 2020

Le procès en appel de Ali Haddad a été de nouveau reporté, à la demande de la défense qui s’est dite «humiliée» par les conditions dans lesquelles le tribunal s’apprêtait à juger son client.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – La bataille était rude, mais les avocats ont fini par obtenir gain de cause. Le procès a été reporté au 27 septembre prochain et ces derniers ont une nouvelle semaine devant eux, pour étudier tous les dossiers, dont une partie n’a pu être obtenue que difficilement, affirment-ils. Certains membre du collectif de défense de Haddad n’hésitent pas à énumérer la longue liste des documents en question : environ 200, ils comportent 48 expertises, une ordonnance de renvoi de 800 pages, le dossier du juge d’instruction qui fait 1 200 pages, et le dernier en date, celui de la Cour suprême qui contient, lui, 1995 pages…
Les avocats affirment ne pas avoir pris connaissance des 48 expertises et ne pas avoir eu accès aux documents en provenance de la Cour suprême. «Je suis basé à Tizi-Ouzou, j’ai effectué plusieurs déplacements à Alger pour tenter d’obtenir le dossier, mais en vain. Il y avait toujours quelqu’un d’absent.» Le juge explique qu’il se trouvait en vacances mais qu’il avait pris soin de laisser le dossier à la secrétaire et qu’il avait joint la mention «à la disposition de la défense», s’écrie Me Rahmouni. L’un de ses collègues déclare, à son tour, qu’il s’est, lui aussi, déplacé jeudi passé mais qu’il n’a pu l’obtenir. «Ce jugement, dit-il, a été programmé 48 heures après l’arrivée de l’ordonnance de renvoi de la Cour suprême. Le prévenu a été condamné à dix-huit ans de prison, tous ses biens ont été confisqués, tenir un procès dans de telles conditions est une atteinte aux droits de la défense, c’est une humiliation.»
L’atmosphère est très tendue. Les avocats insistent, le juge persiste et déclare : «Nous avons reporté tous les autres procès et préparé la salle pour le jugement de Ali Haddad.» La cour d’Alger a, en effet, mis en place un système permettant d’interroger l’ex-patron de l’ETRHB et Ahmed Ouyahia par visioconférence. Ils sont filmés à partir des prisons où ils ont été récemment transférés, Tazoult pour Haddad, Abadla pour Ouyahia.
Cette situation donne lieu à une nouvelle bataille entre la défense et la cour. «Haddad doit être présent à l’audience, à qui peut-il répondre de cette façon, le juge, les soixante accusés ou la centaine de témoins ? Il faut qu’il soit présent.» La réponse du juge ne se fait pas attendre : «Ce n’est pas de mon ressort, cette situation n’entre pas dans mes prérogatives.»
La défense déplore également le fait d’être condamnée à devoir se déplacer jusqu’à Tazoult, ex-Lambèse, pour voir son client. Le bâtonnier du barreau d’Alger, Me Sellini, intervient à son tour et s’adresse au juge en disant que «les conditions d’un jugement équitable ne sont pas réunies dans cet espace, nous devons préserver la justice de notre pays. Qu’est-ce qui empêche un nouveau report d’une semaine ?»
La bataille engagée dans la matinée s’achève en début d’après-midi. Le juge accepte finalement de reporter le procès au 27 septembre prochain. Haddad et Ouyahia disparaissent des écrans. Abdelmalek Sellal, Amara Benyounès, l’ancien wali Abdelkader Kadi, Rabouh Haddad retournent en prison.
En juillet dernier, le tribunal de Sidi-M’hamed avait condamné, en première instance, Ali Haddad à dix-huit ans de prison assortis d’une amende de 8 millions DA. Les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ont été, eux, condamnés à une peine de 12 ans de prison ferme et une amende d’un million DA. Ils sont poursuivis pour obtention de privilèges, d’indus avantages et de marchés publics en violation de la législation, dilapidation de deniers publics, abus de fonction, conflit d’intérêts et corruption dans la conclusion de marchés publics.
A. C.