Ils sont plus de 2000 à avoir quitté illégalement le pays depuis février dernier : Les jeunes risquent encore leur vie

Chahreddine Berriah, El Watan, 17 septembre 2020

Les Algériens représentent «la première nationalité des arrivées illégales en Espagne…», selon le quotidien El País, citant les données de la Direction générale de la police.

En effet, plus de 2000 haraga ont réussi à atteindre les côtes ibériques, depuis le début de l’année, selon le ministère Intérieur espagnol, comme rapporté par le quotidien El Diario de Sevilla. Un phénomène qui a suscité l’interrogation et surtout l’inquiétude des autorités espagnoles.

Les jeunes, bravant la Covid-19 et violant le confinement, ont repris leur bâton de pèlerin, après une accalmie pendant les débuts du mouvement contestataire du 22 Février. Le spécialiste des migrations, Ali Zoubeidi, joint par InfoMigrants, pense comprendre la situation : «Les Algériens sont de moins en moins nombreux à espérer un changement démocratique, alors ils quittent à nouveau leur pays, comme avant la révolution».

Un communiqué du ministère de la Défense nationale révèle que «le phénomène de la harga a pris une ampleur grandissante ces derniers temps, plus particulièrement en Oranie, notamment à Mostaganem». L’ouest du pays a le vent en poupe pour les départs vers l’Europe, puisque des Marocains et des Subsahariens choisissent ses plages pour «embarquer».

Et pour cause, «tout le monde entend parler de ces bateaux rapides, à raison de 700 000 DA, qui vous font accoster sur les côtes espagnoles en moins de cinq heures». Des témoignages de harraga, filmant leur «croisière» diffusés sur la Toile, attestent de cette réalité. Pourtant, ces dernières semaines, l’étau semble se resserrer sur les passeurs, grâce à la vigilance et à la mobilisation des gardes-côtes algériens. Des départs ont été avortés de nuit à Oran ; deux passeurs ont été arrêtés par la Gendarmerie nationale, après leur dénonciation par 23 candidats à l’émigration arrêtés, eux aussi, une semaine auparavant à Mostaganem.

Deux autres passeurs ont été appréhendés le 10 septembre après investigations à Ghazaouet. De son côté, la Garde civile espagnole a annoncé avoir arrêté onze personnes, accusées de faire partie d’un groupe criminel qui avait pour objectif de faciliter l’entrée en Espagne d’étrangers de manière irrégulière.

Pour lutter contre l’émigration irrégulière, Youcef Benkaâba, avocat de profession, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, chargé de la question migratoire, bureau de Tlemcen, estime que «la responsabilité première incombe d’abord aux Etats qui devraient donner de l’espoir et de l’optimisme à leurs jeunes, en pensant à installer une stratégie économique à long terme pour créer des postes d’emploi durables et non publier des chiffres qui n’ont aucun rapport avec la réalité où le chômage est criant». «Les pays européens, particulièrement l’Espagne, l’Italie et la France ont aussi leur responsabilité et devraient ouvrir un débat sérieux avec les pays du Sud pour trouver une solution concrète à la question migratoire», poursuit-il.

Mais, toutes les solutions et les propositions des Etats peuvent-elles venir à bout du désir et du rêve d’un jeune dont la religion est Partir ?