Ils encourent de lourdes peines : Les frères Kouninef crient leur innocence

Salima Tlemcani, El Watan, 15 septembre 2020

Après plus de cinq jours, le procès des propriétaires du groupe KouGC a pris fin en début d’après-midi, au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, avec la prise de parole de chacun des prévenus. Les trois frères Kouninef, Réda, Karim et Tarek, d’un ton émouvant, les larmes aux yeux, dans un silence de cathédrale, ont tous clamé leur innocence et lancé des messages touchants à la présidente du tribunal.

D’abord Réda Kouninef : «Je demande la relaxe et rejette tous les griefs. Les marchés ont été obtenus de manière légale. Nous avons subi une guerre médiatique affreuse, que nous ont livrée nos concurrents.» Puis c’est au tour de Tarek Kouninef : «Nous avons passé 18 mois en prison, où nous avons été insultés et traités de juifs. Les simples citoyens ne nous connaissaient pas. Lorsqu’ils ont su qui nous étions, ils nous ont salis et donné de nous l’image de corrompus.

Nous sommes innocents. Nous voulons la relaxe», avant que Karim ne déclare : «J’ai donné toute ma jeunesse et mon énergie à l’Algérie. J’ai confiance en la justice. Je suis innocent. Je réclame la relaxe.» L’ambiance est très pesante dans la salle. L’ensemble des autres prévenus passent à la barre et clament eux aussi leur innocence, avant de demander la relaxe.

La juge renvoie le délibéré au 23 septembre. Dans la matinée, la défense d’El Hadj Belkateb, secrétaire général du ministère des Ressources en eau, a exprimé son «regret» de voir que son mandant, après 30 ans «d’abnégation» dans son travail, se retrouve poursuivi dans une affaire de corruption pour «abus de fonction», «octroi d’indus avantages» et «trafic d’influence». «Il a été interrogé sur les marchés et il a donné toutes les explications et tous les documents y afférents, mais il a été déféré devant ce tribunal pour être jugé, sans l’ouverture d’une information judiciaire.

Le prévenu n’a été entendu que sur le contrat d’approvisionnement de la ville de Béchar en eau potable, daté de 2012. Malgré toutes les explications qu’il a données, il est considéré comme ayant participé à faire bénéficier KouGC du marché, juste parce qu’il y a eu un appel entre les deux. Est-ce suffisant pour le poursuivre ?» demande la défense.

Pour leur part, les avocats de Abdeslam Bouab, directeur général du port de Djendjen, à Jijel, expliquent que «la concession portuaire a été signée en 2015 et l’avenant pour l’extension de la superficie a été paraphé en 2017, soit une année avant la désignation du prévenu à la tête du port, puis en tant que PDG, en 2019. Ce n’est pas lui qui a signé l’avenant.

Il n’a donc aucune lien avec ce document, pour lequel il est poursuivi». Selon eux, la société Nutris, de KouGC, avait introduit deux demandes d’extension, la première à l’intérieur du port et la seconde à l’extérieur, concernant l’élargissement de la bande de transport à quai, d’une superficie de 85 mètres. «Après étude des dossiers, il s’est avéré qu’une telle extension gênait les travaux de manutention de la marchandise, ce qui a justifié le rejet de la demande.

Ce qui prouve son innocence.» La veille, les avocats de Kadour Bentahar, gérant du groupe KouGC et mari de la tante paternelle des Kouninef, ont rejeté les griefs, estimant que le prévenu avait une relation professionnelle avec le défunt père, Ahmed Kouninef, avec lequel il travaillait depuis 2001, et a continué à exercer avec ses enfants, bien après son décès.

La défense a précisé que Kadour Bentahar, poursuivi avec le groupe KouGC, en tant que personne morale pour les mêmes faits, «travaillait avec un groupe de directeurs et de responsables, dans un cadre bien défini», puis s’interroge sur «les demandes d’Algérie Télécom, en tant que partie civile, relatives au contrat avec Mobilink, alors que la justice a déjà tranché en faveur de cette société appartenant au groupe KouGC».

A propos des «indus avantages» et des «crédits sans garanties», la défense souligne que la société Nustris «a présenté toutes les garanties nécessaires» en se demandant «où se trouve la banque qui a accordé ces prêts sans respect de la loi.

Le projet de Nutris était très important pour l’emploi dans la région. Malheureusement, il a été arrêté alors qu’il était à 70% de réalisation». Les avocats se sont étonnés de l’inculpation d’«incitation d’agent public pour l’octroi d’indus avantage», alors qu’il ne connaît aucun nom de fonctionnaire et n’a cité aucun d’entre eux dans le dossier.

Les débats se terminent mais le procès ne connaîtra son épilogue que le 23 septembre, lorsque le tribunal tranchera sur le sort de chacun des 14 prévenus, dont quatre en détention, les trois frères Kouninef et le gérant de KouGC, Kadour Bentahar, et dix autres en liberté.

La quinzième prévenue, Souad Kouninef, la sœur des frères Kouninef, se trouvant à l’étranger, est poursuivie par défaut.