«Le groupe KouGC n’est pas venu dans les valises de Bouteflika»

Les avocats des frères Kouninef réclament la relaxe et dénoncent

Salima Tlemcani, El Watan, 14 septembre 2020

Les avocats des frères Kouninef ont plaidé, hier, la relaxe en dénonçant la campagne médiatique menée contre leurs mandants, victimes, selon eux, de leurs concurrents. Pour le collectif de la défense, «le groupe KouGC n’est pas venu dans les valises de Bouteflika. Il a fait ses preuves durant les années 1970 à Hassi Messaoud». Il rejette tous les griefs retenus contre les Kouninef, clame leur innocence et demande leur mise en liberté. Les avocats des autres prévenus ont fait de même.

Le procès s’est poursuivi tard dans la soirée de samedi pour reprendre hier au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, avec les plaidoiries de la défense des frères Kouninef et leurs sociétés. Les premiers avocats à intervenir sont ceux de Réda Kouninef.

Ils commencent par remettre en cause le contenu de l’ordonnance de renvoi qui, selon eux, comporte «de lourdes confusions et des anomalies. Tantôt on parle des frères Kouninef, tantôt de la famille Kouninef et tantôt des sociétés des Kouninef. Où est le respect de la loi qui stipule que l’action pénale est personnelle ?».

Dans le dossier, ont-ils ajouté, il y a «des informations erronées, d’autres manipulées et certaines dissipées et le rapport de l’enquête préliminaire commence par les conclusions. Parce qu’ils n’ont rien trouvé lors des perquisitions effectuées chez eux, ils ont présenté cela comme une preuve de dissipation de documents».

La défense a, par ailleurs, abordé le dossier de privatisation de l’usine de production d’huile de table appartenant à l’ex-Sogedia en disant : «Il y a eu une grave confusion délibérée entre cette procédure et l’effacement des dettes entre 2004 et 2010. Durant cette période, il y a eu deux procédures à l’amiable et les engagements y afférents ont été respectés puisque Cogral et Cogro ont versé 1,3 milliard de dinars pour augmenter le capital et préservé les emplois et les salaires des travailleurs. Mais la société de la SGP, qui a gardé 20% du capital, a retiré ses fonds et ses équipements. Lorsque KouGC a commencé les projets, il a trouvé les équipements endommagés et les terrains censés lui appartenir inscrits au nom d’une société française, qui a quitté le pays en 1962.

De quels avantages parle-t-on donc ? Non seulement il a passé presque dix ans pour faire respecter les engagements mais a aussi été obligé de passer par la justice pour obtenir ses droits sur la base d’une expertise. Les ports d’Alger et d’Oran ont interdit l’accès à la société, ce qui a aggravé la situation, alors qu’elle a dépensé 6 milliards de dinars. L’expertise a évalué le préjudice à 2,8 milliards de dinars.

L’enquête à montré que KouGC a subi des dommages et, sur cette base, le Conseil de participation à travers la résolution 14 a décidé de l’effacement des dettes de ces entités détenues par l’Etat, par leur paiement avec un crédit de 1,20 milliard de dinars. Pourquoi le port d’Alger se constitue-t-il partie civile alors qu’il a été indemnisé ? Nous sommes poursuivis par une armada d’inculpations basées sur des situations irréelles.

La présence des Kouninef dans le box est en partie à cause de leur nom. L’enquête préliminaire les présente comme étant d’influentes personnalités, mais en réalité, de 2001 à 2019, ils n’ont pris part qu’à 262 avis d’appels d’offres nationaux et internationaux. Ils ont gagné 30 contrats, dont 7 ont été annulés.

Ce qui donne une moyenne de 12%. Celui qui a de l’influence peut-il avoir si peu de contrats ? On a voulu lier à tout prix leurs noms au frère conseiller de l’ex-Président ou au Président, mais la vérité est toute autre. Ils n’ont jamais profité de cette proximité.» La défense a rejeté les accusations selon lesquelles, Réda Kouninef a bénéficié de crédits sans garanties. «Le juge d’instruction a délivré une commission rogatoire aux commissaires aux comptes des banques, et tous ont affirmé que les crédits obtenus étaient légaux, couverts par des garanties et remboursés en grande partie», affirment les avocats.

Pour eux, le dossier Mobilink avec Algérie Télécom «n’est qu’une affaire commerciale qui, en raison de la bureaucratie, a engendré un lourd préjudice poussant Réda Kouninef à saisir le tribunal, qui lui a donné raison. Si les frères Kouninef étaient influents, ils n’auraient pas attendu 9 ans pour que la justice statue en leur faveur».

La défense a rejeté les faits de blanchiment d’argent qui, selon elle, ne sont pas prouvés. «Qui sont les membres de l’association de criminels ? Est-ce les fonctionnaires ? Ce qui est sûr, c’est que cette association n’est pas là. Comment accepter le représentant du Trésor, qui était incapable d’évaluer le préjudice ni de présenter une expertise ? Où est le parti politique que Réda a financé ? Bouteflika était un candidat libre. Le versement de la somme a été fait par chèque au nom de la direction de campagne du candidat Bouteflika pour l’élection du 17 avril 2014. La loi de 2016 ne s’applique pas sur lui.»

L’ensemble des avocats ont axé leurs plaidoiries sur la «stigmatisation» des frères Kouninef qui, selon eux, «ont été jugés et condamnés avant même qu’ils n’arrivent au tribunal. Le groupe KouGC n’est pas venu dans les valises du président Bouteflika. Il a fait fortune avant son arrivée. KouGC a fait ses preuves durant les années 1970 à Hassi Messaoud.

Son fondateur, le père Ahmed Kouninef, a beaucoup travaillé pour arriver. Il doit se retourner dans sa tombe en voyant ses enfants ici au box, lui qui a tant donné à la révolution. On ne peut pas venir aujourd’hui les poursuivre en groupe, sans aucune preuve, juste parce qu’ils portent le nom de Kouninef».

Sur le contenu de la commission rogatoire concernant Karim Kouninef, les avocats rappellent que ce dernier a «été le premier à parler au juge des deux studios qu’il possède à l’étranger. Il n’a jamais caché ses biens. Venir lui reprocher les dépenses, à travers une Mastercard algérienne, de 76 000 euros en une année est une hérésie. Un homme d’affaires quand il se déplace, il ne loge pas dans un hôtel bas de gamme. Il a un standing à respecter».

Les avocats de Makraoui, directrice de la promotion de l’industrie et ancienne directrice générale de l’Aniref, ont rappelé que l’affaire des parcs industriels obéit au code des marchés publics et n’a pas le caractère pénal, avant de présenter au tribunal un dossier comportant des preuves sur l’existence d’études préalables.

Ils ont aussi insisté sur le fait que ces parcs faisaient partie du programme du gouvernement et que le ministre de l’Industrie avait personnellement annoncé les avis d’appel d’offres nationaux et internationaux.

La défense des autres cadres de l’Aniref a insisté sur «la légalité» de la procédure de ces parcs et sur la «probité» et la «compétence» des fonctionnaires mis en cause. Jusqu’en fin de journée, les plaidoiries étaient toujours en cours…