Alors que la saisie de tous les biens de la fratrie a été réclamée : Les frères Kouninef encourent de lourdes peines de prison

Salima Tlemcani, El Watan, 13 septembre 2020

Le procès des frères Kouninef a repris hier avec l’audition des représentants des 45 sociétés appartenant au groupe KouGC dont ils sont propriétaires et qui sont poursuivies en tant que personnes morales.

Sur l’ensemble de ces entités, seulement cinq sont directement liées aux marchés concernés par les faits reprochés aux mis en cause. Il s’agit de Nutris, Cogral et Cogro (appartenant à l’ex-Sogedia avant sa privatisation), Mobilink et de KouGC. La majorité des représentants des sociétés déclarent n’avoir pas été mis au courant de leur statut de représentants, étant donné que l’administrateur les a convoqués il y a à peine un mois pour leur notifier la décision.

Plusieurs confirment que certaines sociétés de services, comme Mobilink, n’avaient ni personnel ni activités commerciales, et d’autres précisent que les entités avaient des plans de charges mais qu’elles se sont effondrées après l’affaire. La juge tente de connaître les montants des crédits alloués à ces sociétés, comme par exemple les sommes de 3,30 milliards de dinars accordée par la BADR à Mobilink et 1,30 milliard de dinars à KouGC, pour ne citer que ceux-là et le procureur s’intéresse aux garanties qui sont généralement des terrains, dont certains, a précisé le magistrat, appartiennent à Cogral ou Cogro, qui venaient d’être privatisées.

La juge appelle Mohamed Chikhaoui, le seul témoin à la barre, un cadre de la direction générale d’engineering, filiale de Sonelgaz. D’emblée, il affirme que le groupe KouGC a eu «plusieurs contrats, certains de gré à gré, d’autres par consultation, certains réalisés et beaucoup d’autres non achevés ou non réalisés».

Il évoque la réalisation de la ligne électrique Bouira-Ksar El Boukhari, qui a connu beaucoup de retard. «Le montant du contrat était de 135 millions dinars. J’ai remarqué qu’il y avait une augmentation de 14 millions de dinars, mais la direction générale de l’entreprise n’a rien fait. Ni mise en demeure ni des pénalités de retard. Malgré toutes les réserves, le DG (Mohamed Arkab, actuel ministre des Mines, ndlr) a ordonné le paiement des montants.

Après son départ en 2017, je l’ai remplacé. J’ai décidé de refaire la composante de la commission des marchés qui a réétudié le dossier et émis de nombreuses réserves, notamment sur les montants présentés par la société Secur qui étaient pratiquement sans attachements. La commission a rejeté. En 2919, il a été mis fin à mes fonctions, mes successeurs ont ordonné les payements des montants. Ils ont agi au détriment des intérêts de l’entreprise», révèle-t-il.

Selon lui, le projet de la ligne Bouira-Derguina a été réalisé à près de 96% pour un montant de 1,12 milliard de dinars. «Mais la société a demandé une avance 800 millions de dinars sous prétexte qu’elle n’avait plus d’argent pour achever le projet», note le témoin. Il affirme en outre que la ligne Tizi Ouzou-Ksar El Boukhari n’a pas été réalisée et «le contentieux a été réglé à l’amiable au lieu de faire jouer les pénalités et la caution».

Le témoin sera par la suite accablé par les questions des frères Kouninef qui tentaient de remettre en cause son témoignage, suscitant, à chaque fois, l’intervention de la présidente. Représentant du Trésor public, Me Zakaria Dahlouk n’y va pas avec le dos de la cuillère. Pour lui, l’Etat a subi des préjudices du fait de cette affaire. Il réclame un premier montant de 75,632 milliards de dinars représentant la valeur des indus avantages accordés, un autre de 186 milliards de dinars qui concerne les dommages occasionnés par l’ensemble des crédits accordés par les banques publiques et ainsi que la somme de 30 millions de dollars, soit l’équivalent de 16,57 milliards de dinars transférés à l’étranger.

Puis, c’est au tour du représentant d’Algérie Télécom, constituée en tant que partie civile qui passe à la barre pour demander la somme de 5 milliards de dinars en affirmant que le contrat avec Mobilink signé en 2004 n’a jamais été réalisé et est parti en fumée. Il précise que la société contractante a reçu 3 milliards de dinars par la force d’une décision de justice. Pour sa part, le port d’Alger s’est constitué lui aussi comme partie civile et demande la récupération de la concession portuaire de 7000 m2 affectée à KouGC ainsi que la préservation de ses droits.

Durant presqu’une heure, le procureur revient sur tous les contrats objets de la poursuite en scindant les prévenus en trois groupes, les frères Kouninef, les fonctionnaires qui volontairement ou involontairement ont agi au profit des sociétés du groupe KouGC et les sociétés de ces derniers. Il évoque l’affaire de privatisation de l’ex-Sogedia en disant : «Comment peuvent-ils dire que c’était une affaire qui leur a fait perdre de l’argent ? Ils ont mis 420 millions de dinars pour entrer dans le capital de la société, puis quelques années après, ils ont revendu leurs actions à 1,27 milliard de dinars.

De quelle perte parlent-ils ?» Le procureur s’attarde sur chacun des prévenus puis demande au tribunal une peine de 18 ans de prison ferme, avec une période maximale de détention de sûreté, assortie d’une amende de 8 millions de dinars avec confiscation de tous les biens immobiliers et fonciers en Algérie et à l’étranger contre Réda Kouninef. Contre Kouninef Noah Tarek et Abdelkader Karim, il réclame une peine de 15 ans de prison ferme, avec une période maximale de sûreté et la confiscation de tous leurs biens immobiliers et financiers en Algérie et à l’étranger et une amende de 8 millions de dinars.

Le procureur a requis contre Souad Kouninef une peine maximale de 20 ans de prison ferme, avec 8 millions de dinars d’amende, la confiscation de tous ses biens et un mandat d’arrêt international. Une autre peine de 10 ans de prison ferme avec une amende de 8 millions de dinars et la confiscation des biens a été requise contre Tahar Kadour, gérant du groupe KouGC.

Le représentant du ministère public a aussi réclamé deux peines de 6 ans de prison ferme assortie d’une amende de 1 million de dinars contre Hassan Hamouche, ex-DG de l’Aniref, Makraoui, ex-directrice de l’industrie, 5 autres de 5 ans de prison ferme et un million de dinars d’amende contre Leila Benai, Malik Yekhkef, actuel DG de l’Aniref, Hakim Belaili et Mustapha Ait Kaci, ainsi que trois autres de 3 ans de prison ferme et un million de dinars d’amende contre Belhadj Belkateb, ex-SG du ministère de l’Hydraulique, Abdeskab Biyab, Abdelaziz Kerrah, ainsi qu’une peine maximale contre les sociétés poursuivies comme personnes morales. Tard dans l’après-midi, les plaidoiries des avocats se poursuivaient toujours.