Algérie – Union Européenne : L’accord d’association au milieu du gué

Ali Benyahia, El Watan, 09 septembre 2020

L’Algérie serait-elle en passe de demander le report de la mise en place de la zone de libre-échange avec l’Union européenne, initialement prévue par les engagements contractuels de l’accord d’association pour l’année 2017, avant de la différer de trois années ?

C’est ce que révèle en tout cas le porte-parole de la commission européenne, cité par l’AFP. «Nous avons été informés oralement de la demande algérienne du report de l’achèvement de la zone de libre-échange entre l’UE et l’Algérie», a affirmé le porte-parole de la commission européenne, qui précise que celle-ci «n’a pas encore reçu de demande formelle».

La mise en place de la ZLE était prévue en effet le 1er septembre 2020. Ainsi le calendrier diplomatique semble chamboulé une nouvelle fois. Côté Algérie, les raisons ne manquent pas, loin s’en faut. En effet, Alger n’a jamais fait mystère de son insatisfaction par rapport à la mise en œuvre de cet accord signé en 2002 et entré en vigueur trois années plus tard.

Les résultats enregistrés depuis semblent en deçà de l’effet escompté. Les promesses de voir arriver en masse des investissements directs étrangers n’ont jamais pu être concrétisées. Alors que la balance commerciale de l’Algérie avec son partenaire européen se voit incliner davantage au profit de la rive sud de la Méditerranée. En somme, très peu d’investissements et une détérioration de la balance commerciale, parfois au grand dam des activités entières devenues moins protégées à cause de la liberté des échanges.

Passées les premières années euphoriques de sa signature, Alger a en tout cas toujours montré grise mine à chaque fois qu’elle évoque le bilan de ce partenariat. Début août dernier, le président Tebboune a clairement demandé, lors de son Conseil des ministres, de procéder à une évaluation des accords commerciaux régionaux, dont le principal est l’accord d’association. En somme, il y a lieu aussi de balayer devant sa porte et voir quelles sont les anomalies à recenser céans afin de défendre au mieux les intérêts de l’Algérie, qui n’ont peut-être pas été pris en charge en 2002.
L’accord d’association entre Alger et Bruxelles, entré en vigueur au 1er septembre 2005, projetait d’ouvrir leurs marchés respectifs au sein d’une zone de libre-échange (ZLE).

Il prévoyait pour cela une période de transition de 12 ans, jusqu’en 2017, afin que l’Algérie élimine progressivement ses droits de douane sur des produits industriels et qu’elle applique une libéralisation sélective de ses produits agricoles. Cette période a par la suite été prolongée de trois ans, jusqu’au 1er septembre 2020, pour certains produits, comme l’acier, les textiles, les produits électroniques et l’automobile.

Selon l’AFP, le porte-parole de la commission fait remarquer que «les dernières données disponibles confirment que les autorités algériennes n’ont pas démantelé» les derniers droits de douane prévus, «ce qui aurait dû être fait avant le 1er septembre 2020».  Alger au banc des accusés ? «Si cela se confirmait, cela constituerait une violation de l’accord», a-t-il ajouté avant de souligner : «Toute révision de l’accord (…) devrait faire l’objet d’une décision mutuelle au sein du Conseil d’association UE-Algérie.»

Alger aura-t-elle l’avantage de l’initiative pour formuler une proposition sur la révision de cet accord qu’elle semble ne pas aimer à mesure qu’il se dévoile au fil des ans ? Ou va-t-elle se contenter de continuer à vouloir différer l’échéance de son application ? Il va sans dire que cet accord revêt une dimension autrement plus politique aujourd’hui, à l’heure où l’Algérie, en interne, fait face aux choix dilemmatique de camper sur sa position ou de se lancer de tout son poids dans le processus de démocratisation.