Procès en appel de Khaled Drareni : Quatre ans de prison requis contre le journaliste

Iddir Nadir, El Watan, 09 septembre 2020

Le procès en appel du journaliste Khaled Drareni et des militants Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche s’est ouvert hier à la cour d’Alger (Ruisseau).

Présent à l’audience alors qu’il a comparu auparavant en visioconférence depuis la prison de Koléa (Tipasa), Drareni, très amaigri, a rejeté les accusations portées contre lui et a affirmé n’avoir fait que son métier de journaliste, «conformément aux règles de déontologie». «Je n’ai fait que mon métier de journaliste. Je suis là parce que j’ai couvert le hirak en toute indépendance», soutient le journaliste, précisant avoir couvert également des actions hostiles au mouvement populaire. Le journaliste s’est «étonné» d’ailleurs que le président de la République parle du «hirak béni», alors qu’un journaliste est maintenu en prison pour avoir couvert les manifestations du hirak populaire.

Placé en détention provisoire depuis fin mars dernier, Drareni signale avoir été «poursuivi pour avoir collaboré avec la chaîne TV5 Monde sans accréditation», alors qu’il ne l’avait pas (l’acréditation) quand il travaillait pour Echorouk TV. Arrêté le samedi 7 mars à Alger-Centre alors qu’il couvrait une marche du mouvement populaire, le directeur du site en ligne Casbah Tribune et collaborateur de la chaîne TV5 Monde est placé d’abord sous contrôle judiciaire après sa garde à vue au commissariat de Cavaignac avec ses deux autres co-accusés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, incarcérés à la prison d’El Harrach.

Drareni sera présenté le 29 mars devant le tribunal de Sidi M’hamed afin d’exécuter la décision de la chambre d’accusation près la cour d’Alger, qui a annulé le contrôle judiciaire. Il sera finalement condamné, le 10 août, à 3 ans de prison ferme et ses co-accusés ont écopé chacun de 2 ans d’emprisonnement, dont 4 mois ferme pour «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à un rassemblement non armé».

Hier, le parquet général près la cour d’Alger a décidé de maintenir le même réquisitoire contre les prévenus : 4 ans de prison ferme à l’encontre du journaliste et de ses deux co-accusés. Une trentaine d’avocats du collectif de défense des détenus d’opinion, affiliés à plusieurs barreaux du pays, ont plaidé en faveur de la libération du Drareni.

Les plaidoiries se poursuivaient au moment où nous mettions sous presse. Un rassemblement de soutien au journaliste, auquel ont pris part plusieurs détenus d’opinion, à l’instar du commandant Lakhdar Bouregaâ et Karim Tabbou, ainsi que des militants politiques et des acteurs de la société civile, a été organisé dans la matinée d’hier devant la cour d’Alger. «Khaled Drareni, journaliste libre !» lançaient-ils en chœur. Des journalistes, précisons-le, ont dénoncé une «instruction» qui les a empêchés d’accéder à la salle d’audience. Prétexte : mesure de prévention contre le coronavirus. Nous y reviendrons.