Nouveau rassemblement de soutien au journaliste à la Maison de la presse : «Que la loi soit appliquée et libère Khaled Drareni»

Mustapha Benfodil, El Watan, 8 septembre 2020

Pour le troisième lundi consécutif, un rassemblement de soutien à Khaled Drareni a été organisé hier, à la maison de la presse Tahar Djaout, à Alger, pour exiger la libération du directeur de Casbah Tribune et correspondant de TV5 Monde et de RSF.

Bel hasard de calendrier : ce rassemblement, initié par le «Comité pour la libération du journaliste Khaled Drareni», intervient la veille du procès en appel de notre confrère, qui comparaîtra aujourd’hui devant la cour d’Alger, en même temps que Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche.

Et tout le monde, hier, nourrissait follement l’espoir que la justice entende raison et nous rende notre cher Khaled, qui est en détention, rappelle-t-on, depuis le 27 mars 2020. Le brillant reporter a été condamné le 10 août dernier, en première instance, à trois ans de prison ferme et 50 000 DA d’amende.

Comme lors des éditions précédentes, le sit-in qui s’est tenu dans la cour de «Dar Essahafa» a drainé de nombreux journalistes, plusieurs activistes, avocats, artistes, étudiants ainsi que des citoyens de tout bord, unanimement attachés à la liberté de la presse, à la liberté tout court, et revendiquant avec ferveur le droit à la libre expression dans notre pays.

12h35. Un carré s’est formé derrière une large banderole à l’effigie de Khaled avec cette inscription : «Le journalisme n’est pas un crime. Liberté pour Khaled Drareni». Les manifestants brandissaient des pancartes avec le mot d’ordre : «Libérez Khaled Drareni», «Libérez la presse». On pouvait lire, en outre, dans la forêt de pancartes surplombant la foule, des mots de soutien à d’autres détenus : «Libérez Abdelkrim Zeghilèche», «Solidaire avec Saïd Boudour», «Liberté pour Mohamed Tadjadit», «Liberté pour Zahir Keddam»…

12h40. Les premiers cris fusent : «Khaled Drareni sahafi horr (Khaled Drareni est un journaliste libre)», «Libérez Drareni fawrane, fawrane ! (Libérez Khaled Drareni tout de suite, tout de suite !)», «Sahafa horra, adala moustakilla (Presse libre, justice indépendante)», «Libérez essahafa (Libérez la presse)», «Djazaïr horra dimocratia (Algérie libre et démocratique)»…

La foule scandait aussi ce slogan qui est martelé désormais avec insistance à chaque rassemblement : «Khaled sahafi, machi khabardji (Khaled est un journaliste, pas un espion).» Les manifestants entonnaient encore : «Atalgou el massadjine, ma baouche el cocaïne (Relâchez les détenus, ils n’ont pas vendu de la cocaïne)», «Winek winek ya adala, etilifoune dayer hala (Où es-tu justice, le téléphone fait des ravages).» A un moment, un groupe d’étudiants s’est mis à crier : «Entouma el massadjine, Khaled horr (C’est vous les prisonniers, Khaled est un homme libre).»

Présent à ce rassemblement, Me Mostefa Bouchachi, membre du collectif des avocats assurant la défense de Khaled Drareni, nous a déclaré : «Depuis le début de cette affaire jusqu’à ce jour, j’affirme que Khaled Drareni n’a commis aucun crime. Il a accompli son travail comme journaliste. Il couvrait fidèlement le hirak avec sincérité, objectivité et en toute indépendance. Son emprisonnement, de mon point de vue, est illégal et arbitraire. Et je souhaite que la cour d’appel le remette en liberté parce qu’il n’y a rien dans le dossier qui justifie sa condamnation et son maintien en détention.

Ceci d’un côté. D’un autre côté, ce genre de poursuites et la condamnation de Khaled Drareni alors qu’il n’a commis aucun crime portent atteinte à l’Algérie.» Me Bouchachi insiste pour dire que «l’Algérie n’a pas besoin de ces poursuites non fondées et ce traitement arbitraire infligé à un journaliste indépendant».

Et d’alerter : «Aujourd’hui, les organisations des droits de l’homme et les organisations de journalistes à travers le monde, ainsi que l’opinion publique nationale et internationale considèrent que la liberté de la presse recule dangereusement en Algérie. On souhaite que la loi soit appliquée et que Khaled soit libéré. Que les gens qui, peut-être, étaient derrière ces poursuites, saisissent que la réputation de l’Algérie exige l’application de la loi et la libération de Khaled Drareni». Me Bouchachi, qui a rendu visite à Khaled en prison récemment, témoigne de son état d’esprit impeccable. «Je l’ai vu il y a deux jours et il affichait un très bon moral», rassure l’avocat, avant d’ajouter : «Khaled tient à dire à l’opinion publique, aux journalistes, qu’il se porte bien, qu’il est optimiste et qu’il espère que la loi, cette fois, sera appliquée.»

Présent également à ce sit-in, l’écrivain et journaliste Salah Badis, un masque estampillé du symbole «sens interdit» lui barrant le visage, nous livre ses sentiments en nous disant : «Je voudrais souligner que le soutien est nécessaire et ne devrait pas se limiter à ce comité, qui a le mérite d’organiser ces actions, et on le salue pour sa belle mobilisation. Il faut que tout le monde s’engage. Il n’y a que la lutte qui paie, que ce soit pour Khaled ou pour les autres détenus. Il ne faut pas les abandonner à leur sort. Nous devons nous organiser, et si chacun d’entre nous consent un sacrifice minimum, nous pourrons arracher beaucoup de choses.»

A la question de savoir si cette mobilisation est de nature à raviver la flamme de la contestation, l’auteur du Spleen des paquebots rétorque : «A mon avis, la flamme est toujours là, quelque part. Elle était là avant le hirak et elle sera encore là après le hirak. Tant qu’il y a des gens engagés, la lutte ne va pas s’estomper.»