Les enfants de Gaïd Salah détenteurs de nombreux biens : Les détails d’une fortune à l’ombre du général

Saïd Medjas, El Watan, 31 août 2020

Les enquêtes déclenchées par les services de sécurité sur Adel et Boumediène, les deux enfants de feu le général de corps d’armée, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah, se penchent actuellement sur l’origine de leurs biens, un véritable conglomérat.

Selon des sources proches de ce dossier, brûlant à plus d’un titre, les deux mis en cause, placés sous ISTN depuis le 18 août par le parquet de Dar El Beïda (Alger), sont à la tête d’une fortune colossale, amassée majoritairement du temps de l’ex-wali de Annaba El Ghazi, actuellement en prison.

En effet, ce dernier, au même titre que plusieurs autres responsables, répondait favorablement à toutes leurs sollicitations. Ainsi, ils ont pu acquérir dans le cadre du dispositif Calpi, actuellement Calpiref, plusieurs entreprises au dinar symbolique. «Il en est ainsi de la Sarl AGB Aïn Yagout, le nom éponyme du village natal de leur défunt père à Batna, spécialisée dans la transformation du blé dur et tendre. Acquise en 2013, Boumediène recevait, dès le premier jour de l’achat, son quota de blé de l’OAIC, même si l’entreprise n’existait qu’administrativement.

Les installations de sa minoterie n’ont commencé à tourner qu’en 2016. Où sont passés les milliers de tonnes de blé subventionné, entre 2013 et 2016, sachant qu’une simple vérification de la consommation électrique durant cette période creuse fera jaillir la vérité ?» s’interrogent des professionnels qui, tous, ont fait l’objet dernièrement d’une enquête nationale. Cette dernière a donné lieu à plusieurs incarcérations de directeurs de wilaya.

Parallèlement, une autre entreprise avait vu le jour dans le même dispositif. Son nom est Sarl Righia, implantée dans une commune de Annaba. Elle est spécialisée dans l’embouteillement de l’eau de source. Au début, cette société a été construite sur trois hectares, pour passer à la faveur d’une récente extension à dix hectares. «Il faut citer aussi les dizaines de projets acquis dans le même cadre mais vendus à des tiers. Obtenus en tant que Sarl, ils les concèdent par la suite en modifiant simplement le statut de la société chez un notaire, où ils se retirent en laissant la place à de nouveaux acquéreurs», révèlent d’anciens cadres de la wilaya de Annaba, installés en majorité à Alger.

Les mêmes pratiques sont appliquées aussi, selon toujours les mêmes sources, dans d’autres wilayas où les chefs de l’exécutif en leur temps ne lésinaient sur aucun moyen – légal ou non – pour les satisfaire à l’effet d’éviter une disgrâce certaine. «Outre les entreprises, ils disposent aussi de nombreux terrains à forte valeur foncière dans plusieurs wilayas du pays. S’ils ne sont pas revendus, ils sont construits en building.

Celui du boulevard de l’ALN, à quelques pas du Cours de la Révolution, appartient à Adel qui, en plus d’avoir un port sec et un journal régional, dispose aussi de plusieurs villas, achetées dans le cadre des ventes aux enchères. En l’absence de sérieux participants, il aura toujours le dernier mot : ‘‘Adjugé’’», révèlent des cadres de la direction nationale des domaines. Et lorsque les bonnes affaires affluent, ils trouvent toujours un prête-nom qui accepte d’endosser le titre de faux propriétaire ou gérant.

Mais comment ont-ils pu amasser ces fortunes si ce n’est à l’ombre du pouvoir incontesté de leur défunt père, sachant que dans un passé récent toute la famille vivait des ressources d’une boulangerie, conventionnée avec les casernes de l’ANP ? C’est l’abus de pouvoir et d’autorité, répondent à l’unanimité les victimes de cette période, tous statuts confondus. «Ils nomment et dégomment des cadres à souhait, même au sein des institutions sécuritaires.

L’ex-chef de sûreté de la wilaya de Annaba, qui occupait le même poste à El Tarf, aurait été nommé après leur intervention. Sa mise en disgrâce serait aussi liée à ses liens avec eux. Les multiples interventions de la famille du défunt Ahmed Gaïd Salah pour le maintenir n’ont pas eu raison de la décision tranchée par sa hiérarchie», avoue un haut cadre à la direction de la Sûreté nationale d’Alger. Mais ce chef de sûreté de wilaya n’est pas le seul à avoir profité de sa longue proximité avec la progéniture de l’ex-général de corps d’armée. Selon toujours nos sources, leur beau-frère, actuellement en poste à l’ambassade d’Algérie en France, chargé du social, a lui aussi profité de l’aubaine.

Cet ancien médecin militaire au bureau de recrutement de Annaba a pu décrocher un projet dans le cadre du Calpi du temps de l’ancien wali El Ghazi. Initialement attribué pour la réalisation d’une clinique médicale, la Sarl El Bahdja, dont il est le gérant, a été transformée, comme par enchantement, en promotion immobilière. Sur le même terrain – qui appartiendrait aux domaines – sont érigées actuellement sept villas, à vendre.

Comment un médecin s’est transformé en promoteur alors qu’il occupe toujours son poste à l’ambassade d’Algérie à Paris, s’étonnent les observateurs. Ainsi, les citoyens algériens sont impatients de connaître les conclusions des enquêtes en cours engagées sous l’égide de la justice qui, elle seule, statuera sur la légalité ou non de ces biens… acquis auprès du domaine public.