A l’origine des pénuries: Les lobbies du médicament pointés du doigt

A l’origine des pénuries: Les lobbies du médicament pointés du doigt

par Salim L., Le Quotidien d’Oran, 28 septembre 2011

«Il est inacceptable que des lobbies exercent un diktat sur le marché du médicament», a déploré, hier, Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (SNAPO).

Ce responsable syndical, qui s’exprimait sur la radio chaîne 3, a affirmé que «150 médicaments essentiels ne sont pas disponibles». «On ne peut pas continuer comme cela. Nous ne pouvons pas accepter que la loi financière s’empare du marché. Il y a la notion de santé publique », met-il en garde.

M. Belambri évalue le marché algérien du médicament à 1,6 milliard d’euros. L’Algérie importe 70% de ses médicaments. «Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on va ôter une telle manne à ceux qui ont l’habitude de se l’accaparer. Le président du SNAPO avance plusieurs raisons à cette pénurie de médicaments. «Outre des perturbations affectant le circuit de distribution, certaines sociétés d’importation ne tiennent pas leurs engagements contenus dans le cahier des charges et leurs programmes. Aussi, certains producteurs ne respectent pas leurs promesses de production des médicaments de substitution aux produits importés», explique-t-il. M. Belambri relate que «certains importateurs exercent une position dominante et de monopole préjudiciable aux officines ». Il dénonce certaines pratiques telles «les ventes concomitantes et la discrimination entre officines». «Certains distributeurs exercent un monopole et une exclusivité sur des produits dont ils ne peuvent pas paradoxalement satisfaire le marché national», dit-il. Des laboratoires étrangers ont accordé l’exclusivité à une ou deux sociétés d’importation algériennes pour des médicaments indispensables qui sont importés en petite quantité et qui se retrouvent retenus ou distribués avec discrimination entre les officines», déplore-t-il.

Le président du SNAPO regrette ce qu’il considère être comme «un pas en arrière» du ministère de la Santé qui, après avoir autorisé les producteurs à assurer directement la livraison des médicaments aux pharmacies, a fait volte-face. «Cette situation a davantage conforté le pouvoir de certains lobbies de l’importation qui font main basse sur le marché des médicaments. Ces lobbies ont exercé une grande pression pour arracher le retrait de l’instruction du ministère de la Santé. Leurs intérêts étaient menacés. Nous avons déjà mis en garde contre ces pratiques», affirme-t-il. «Il faut assurer un accès au médicament dans toutes les régions du pays. Les grands distributeurs doivent adopter une attitude déontologique. Ceux qui ont les plus grands moyens financiers détiennent toute la gamme des médicaments. Ils ne sont pas intéressés par le travail avec les petites pharmacies qui représentent entre 80 à 90% des officines existantes», dit-il.

M. Belambri réclame une réforme du système d’importation et de distribution et plaide aussi en faveur de «l’activation de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques». Il défend aussi l’idée de la création de groupements de pharmacies pour permettre un écoulement plus fluide de la production nationale et assurer un système de régularisation et de suivi efficace du circuit de distribution.

Pour lui, le nombre des pharmacies d’officine a explosé ces dernières années. «Nous sommes passés de 5.000 à près de 9.000 officines en trois années. Ceci a induit une dilution des stocks qui a généré des insuffisances de couverture et de réponses aux besoins», souligne-t-il. Le président du SNAPO réclame des mesures concrètes pour venir à bout des récurrentes pénuries. «Il faut mettre en place un comité ad hoc et associer tous les acteurs du médicament pour aboutir à des solutions», préconise-t-il. Et d’estimer que «la production nationale est une alternative à la détresse des malades ».

Ces dernières années, le ministère de la Santé a lancé un plan de développement de la production locale du médicament. Le département de Ould Abbès a interdit d’importation plusieurs centaines de médicaments. Il compte interdire à l’importation 800 médicaments en 2012 contre 300 actuellement. Il y a un mois, le ministère a rajouté 251 médicaments à cette liste restrictive. Mais pour les importateurs, la production locale est encore loin de satisfaire cette baisse des importations. Résultat des courses : le marché du médicament est fortement perturbé.