Le procès de «Mme Maya» renvoyé au 30 septembre prochain

Alors que la défense exige la présence de Mohamed Rougab, secrétaire particulier de Bouteflika

Salima Tlemcani, El Watan, 27 août 2020

Le procès de la mystérieuse «Mme Maya» ou «lemaalma» (la cheffe), présentée comme étant la fille cachée du Président déchu, n’a finalement pas eu lieu hier au tribunal de Chéraga.

Dès 9h30, la salle était déjà pleine à craquer, alors que l’exigu box des prévenus était encore vide. La question du report est déjà sur les lèvres de nombreux avocats, avant même que l’audience ne commence. Il est déjà 10h, Mme Maya, de son vrai nom Zoulikha-Chafika Nachinach, fait son apparition encadrée par deux agents (des femmes) de l’administration pénitentiaire et des policiers, qui lui enlèvent les menottes avant de l’installer au deuxième rang.

Un léger voile blanc, en dentelle, sur la tête, laissant apparaître quelques mèches cendrées sur le front, une taille moyenne et un visage très serein et plein d’assurance, Mme Maya fait le tour de la salle à la recherche de ses deux filles, Imène et Farah, poursuivies, elles aussi, dans le cadre de cette affaire, mais laissées en liberté. Celles-ci s’avancent et la saluent avec les mains, avant que les policiers ne leur font signe de s’éloigner du box.

D’autres prévenus en détention, Abdelghani Zaalane, ex-ministre des Travaux publics et ancien wali d’Oran, Mohamed Ghazi, ex-ministre du Travail et ancien wali de Chlef, son fils Chafik et son ancien chef du protocole, Mustapha Boutaleb, Abdelghani Hamel, ex-patron de la police, Miloud Benaiche, Belkacem Bensmina, Karim Goujil et Mohamed Cherif, dit Siousiou, en situation de fuite, doivent répondre avec Mme Maya de nombreux chefs d’inculpation, liés au «trafic d’influence», «abus de fonction», «blanchiment d’argent», «incitation d’agents publics pour l’obtention ou l’octroi d’indus avantages»…

La juge fait l’appel des mis en cause et d’une vingtaine de témoins, dont plusieurs sont absents. Elle commence par renvoyer au 30 septembre prochain le deuxième dossier instruit par le tribunal de Chéraga, qui concerne l’ensemble des prévenus, à l’exception des deux anciens ministres, cités comme témoins. Elle passe à l’affaire des deux ex-ministres poursuivis au titre d’anciens walis de Chlef, pour Mohamed Ghazi, et d’Oran, pour Abdelghani Zaalane.

Me Hadjouti s’offusque du fait que l’expertise médicale demandée par le magistrat conseiller près la Cour suprême ne soit pas dans le dossier. «Nous ne comprenons pas pourquoi cette expertise est introuvable. Le prévenu est très malade. Il souffre de plusieurs pathologies. Même s’il a été gardé tout le temps à l’infirmerie, son état n’a cessé de se détériorer et nous ne savons même pas s’il va tenir jusqu’au 30 septembre», lance l’avocat.

Il réclame avec insistance la présence de l’ancien secrétaire particulier du Président déchu, Mohamed Rougab, en disant : «Lors de la dernière audience, nous avions insisté pour que ce témoin soit ramené à l’audience et le tribunal s’est engagé à le faire. Aujourd’hui encore, il n’est pas là. C’est un témoin important et son témoignage est capital pour nous. Nous exigeons qu’il soit présent.» La magistrate prend note puis se tourne vers le procureur, qui semblait un peu perdu. «Nous avons envoyé les convocations», répond-il. La juge décide de renvoyer le procès au 30 septembre 2020.

Il s’agit, faut-il le rappeler, d’une affaire des plus étonnantes, d’une femme qui a réussi à ériger un empire financier juste en se faisant passer pour la fille cachée du Président déchu.

En quelques années, elle a réussi à pénétrer les cercles les plus fermés des centres de décision, et en a profité pour monnayer l’obtention de terrains, de concessions, le déblocage de projets industriels au profit d’hommes d’affaires, nommer des ministres, obtenir la promotion de walis, de chefs de daïra, de cadres de l’Etat, etc.

Des services qui ont permis à Mme Maya de s’offrir de nombreux biens immobiliers aussi bien en Algérie qu’en Espagne, des voitures de luxe et des comptes en dinars et en devises bien alimentés. Tant attendu, son procès sera certainement riche en révélations.