Deux importants procès s’ouvrent aujourd’hui au tribunal de Sidi M’hamed à Alger 

Les frères Kouninef, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat devant le juge

Salima Tlemcani, El Watan, 19 août 2020

Alors que de nombreux magistrats sont en congé, le tribunal de Sidi M’hamed, près la cour d’Alger, devra juger aujourd’hui deux importantes affaires.

La première concerne l’ex-secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbès, en tant qu’ancien ministre de la Solidarité, et son successeur à ce poste, Saïd Barkat, son secrétaire général, en détention depuis juillet 2019, et plus d’une vingtaine d’autres inculpés, placés sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une enquête sur le détournement du fonds de solidarité au profit d’associations fictives.

La deuxième affaire est l’une des plus importantes en montant des marchés, du nombre de ces derniers, des crédits alloués par les banques publiques, mais aussi du fait du nombre de hauts fonctionnaires cités dans le dossier.

Il s’agit de l’affaire des frères Kouninef (Noah-Tarek, Abdelkader-Karim et Réda), pour laquelle sont poursuivies 16 personnes – les trois frères Kouninef en détention, deux autres en fuite, le gérant de leur groupe KouGc et 11 cadres des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, du FNI (Fonds national d’investissement), de l’Hydraulique – qui comparaîtront en liberté.

Les enquêtes préliminaire et judiciaire ont mis en cause les deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que les ex-ministres de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb (en fuite), des Travaux publics, Amar Tou, des Télécommunications, Houda Imene Feraoun, des Ressources en eau, Hocine Necib, des Finances, Mohamed Loukal (en tant que PDG de la BNA) et de deux autres ministres en fonction, Mohamed Arkab (ministre de l’Energie), en tant que responsable de la Compagnie de l’engineering de l’électricité et du gaz et de Sonelgaz, et Arezki Berraki (des Ressources en eau) en tant que directeur général des barrages et des transferts, ainsi que trois anciens walis d’Alger, Abdelkader Zoukh, Bachir Far et Ali Bedrissi, tous bénéficiant de la procédure de privilège de juridiction, qui sont pour l’instant concernés en tant que témoins, étant donné que depuis la transmission du dossier à la Cour suprême, par le parquet d’Alger, en juillet 2019, les auditions n’ont pas été engagées.

Il est donc peu probable que ces hauts fonctionnaires de l’Etat soient présents au procès d’aujourd’hui, surtout que le parquet d’Alger a décidé de transférer tous les ministres et les deux ex-Premiers ministres, en détention provisoire à El Harrach, vers la prison de Koléa, dotée de cellules individuelles, en raison du risque de contamination par la Covid-19, qui a déjà emporté deux prévenus en détention provisoire, l’ancien ministre des Télécommunications Moussa Benhammadi, et Ali Lakhdari, médecin et trésorier de l’association Paix et solidarité, que présidait l’ex-ministre de la Solidarité Djamel Ould Abbès, impliqué dans les présumés transferts des fonds de solidarité.

Il est important de rappeler, par ailleurs, que les frères Kouninef et leurs coprévenus sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation, parmi lesquels, «blanchiment d’argent», «transfert illicite de devises à l’étranger», «obtention de marchés publics et de crédits bancaires en violation avec la réglementation», «financement occulte de la campagne électorale du Président déchu pour un 5e mandat», avorté par la contestation populaire en 2019, «trafic d’influence», «incitation d’agents publics pour bénéficier d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «passation de marchés en violation du code des marchés publics», «abus de fonction»… A la tête du groupe KouGc, que leur a légué leur père, très proche du Président déchu, les frères Kouninef sont en détention depuis le mois d’avril 2019.

L’enquête judiciaire porte sur l’ensemble des marchés que la fratrie a obtenus durant les 20 dernières années, en profitant de sa proximité avec le cercle présidentiel et des centres de décision à la tête de l’Etat, dans différents domaines ; génie civil, forage pétrolier, agroalimentaire, téléphonie mobile, fibre optique, immobilier et engineering, le transport ainsi que les terrains et les avantages obtenus auprès de l’Aniref (Autorité d’intermédiation et de régulation foncière) et des walis.

Mais, c’est le secteur de l’hydraulique, avec 11 marchés en 20 ans, notamment les barrages, ainsi que les unités de production d’huile et la téléphonie et les montants colossaux de crédits bancaires accordés par la BNA au groupe KouGc qui ont le plus retenu l’attention des enquêteurs.

De nombreux avocats s’attendent à un renvoi de l’affaire et, pour la première fois, la non-jonction entre les deux dossiers, de Sidi M’hamed et de la Cour suprême, surtout que ce dernier, n’est pas encore ouvert.