Le président de la République prône un plan de relance libéral de l’économie nationale Les défis de Tebboune

Nabila Amir, El Watan, 19 août 2020

Le président de la République estime que l’Algérie doit rapidement compter sur d’autres ressources que le pétrole et voit en l’agriculture un secteur qui tire déjà l’économie nationale vers le haut. Tablant sur les exportations allant jusqu’à 5 milliards de dollars hors hydrocarbures l’année prochaine, le Président exhorte les investisseurs privés à redoubler d’initiatives.

Tebboune a révélé, hier, sa feuille de route basée sur une nouvelle politique économique qui vise, promet-il, à en finir avec le système ruineux fondé sur la rente pétrolière.

Des avertissements, des orientations et des assurances ont été livrés hier, par le président Abdelmadjid Tebboune, à l’ouverture des travaux de la Conférence nationale sur le plan de relance pour une nouvelle économie. D’emblée, Abdelmadjid Tebboune a rejeté en bloc les scénarios prédisant la faillite économique prochaine du pays.

L’Algérie vit, certes, dit-il, une situation financière difficile, engendrée par la chute du prix du pétrole et la crise sanitaire, mais elle n’est pas mortelle.

«Le pays n’est pas à genoux, on n’étouffe pas, d’où mon refus catégorique de recourir à l’endettement extérieur quelle qu’en soit la forme, c’est-à-dire ni auprès du FMI ni de la Banque mondiale et même auprès de pays amis et frères, et ce, pour préserver notre souveraineté entière», a-t-il tranché, précisant qu’actuellement «les réserves de change s’élèvent à 57 milliards de dollars» et pas moins de 1900 milliards de dinars de disponibilités bancaires ont été réservés aux investisseurs au titre de l’année en cours, a-t-il argué.

Outre ces disponibilités bancaires, le président de la République a évoqué la possible affectation, durant l’année en cours, de 10 à 12 milliards de dollars de réserves de change à des financements d’investissement.

«Nous tablons sur des revenus pétroliers d’environ 24 milliards de dollars à la fin de l’année 2020, c’est une mauvaise année pétrolière, mais avec un pétrole qui se situe aux environs de 40 dollars, on va s’en sortir», rassure le président Tebboune, qui rappelle toutefois que notre budget de 2020 avait été établi sur la base d’un prix référentiel de 30 dollars le baril, alors que le prix moyen est de 44 dollars, en plus des 27 milliards de dollars de l’agriculture, «ces données nous offre une aisance dans le financement budgétaire et donc le pari est jouable», croit savoir le chef de l’Etat.

L’avenir, ce sont les PME/PMI, start-up et la micro-entreprise

Le chef de l’Etat a révélé, hier, sa feuille de route basée sur une nouvelle politique économique qui vise, promet-il, à en finir avec le système ruineux fondé sur la rente pétrolière. Abdelmadjid Tebboune donne de l’importance et table sur les PME/PMI, la micro-entreprise et les start-up.

En premier lieu, le chef de l’Etat veut booster l’exportation du produit national à l’étranger et dynamiser les exportations algériennes hors hydrocarbures.

Il a avancé que le pays visait à atteindre au moins 5 milliards de dollars d’exportation hors hydrocarbures dès l’année prochaine, grâce aux mesures incitatives en faveur des exportateurs, un objectif «très faisable» d’autant, a-t-il ajouté, que «la volonté politique est forte et la vision est claire».

Pour y arriver, Tebboune cite une batterie de mesures allant de la promotion et l’encouragement de la diplomatie économique à la création de banques à l’étranger, notamment en Afrique, en passant par l’ouverture des transports aérien et maritime.

La création également de couloirs verts dédiés à certains produits, la cession d’une bonne partie des recettes en devises au profit des exportateurs, l’amélioration de la relation avec le ministère des Finances et l’administration fiscale, en plus du renforcement du rôle de la diplomatie algérienne dans la promotion des produits algériens à l’étranger.

«Est-ce que vous trouvez normal que l’Algérie n’a pas de banques au niveau des pays africains que nous devons convoiter.

Malheureusement, nous n’avons pas de banques, mais plutôt des guichets publics, d’où l’urgence de revoir le système bancaire», tonne le chef de l’Etat, qui dit n’avoir «aucune objection» à la création de banques privées et de compagnies privées de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs. En colère, M. Tebboune ne comprend pas comment l’Algérie importe tout et rien.

Incapable de fabriquer un réfrigérateur !

«Dans l’Algérie de 2020, nous sommes dans l’incapacité de fabriquer un compresseur qui est la pièce maîtresse d’un réfrigérateur, ni un produit électroménager. C’est une honte. On n’importe tout. Pourtant, nous avons des universitaires et des compétences. Il est temps d’y remédier. Finie cette anarchie, il faut impliquer l’université dans l’économie», s’offusque le chef de l’Etat.

Il qualifie de grave le fait d’importer des agrumes pour fabriquer des jus alors que nous sommes un pays producteur de fruits, ou importer du ketchup alors que Annaba est un producteur de tomate qui n’a pas trouvé preneur, ou bien importer des chips alors que nous avons un surplus de pomme de terre.

«Nous devons bannir ces pratiques, notamment le gaspillage organisé et surtout le gain facile au détriment de la construction d’une économie basée sur la production nationale», souligne le chef de l’Etat, qui s’engage à encourager les investisseurs créateurs d’emploi et de richesse.

D’ailleurs, le président Tebboune a tenu à saluer les opérateurs économiques qui exportent des produits à haute valeur ajoutée, à l’image des pneus exportés vers les Etats-Unis et les produits cosmétiques vers les marchés africains.

Il a tiré boulets rouges sur «les pseudos exportateurs automobile qui ne font, en réalité, que dans le gonflage pneumatique» et a qualifié ce qui s’est passé, ces dernières années, dans le secteur automobile de «manipulation» de l’économie nationale qui «a failli faire basculer le pays dans le précipice».

Il a insisté sur la détermination de l’Etat à encourager les exportateurs producteurs de valeur ajoutée. «Les exportateurs ont besoin d’être encouragés et non combattus», a-t-il soutenu en allusion aux entraves auxquelles étaient confrontés, dans le passé, des exportateurs «L’Etat s’engage à exonérer d’impôt chaque entreprise qui offre un emploi permanent à des jeunes.

Mais il faut savoir que l’impôt n’est pas un moyen de sanction, mais d’incitation et d’orientation», rassure le chef de l’Etat, qui a annoncé par la même la dépénalisation de l’acte de gestion pour permettre aux opérateurs de réaliser sereinement leurs projets.

Afin de bien réussir le défi du développement, le président de la République a enfin insisté sur l’accélération du processus de numérisation des secteurs économiques et financiers pour mettre fin à «l’opacité» créée «volontairement» au sein de ces secteurs.

Le chef de l’Etat a également fait part de sa volonté de gratifier les exportateurs fructifères en s’engageant à leur permettre de disposer d’une partie de leurs gains en devises. Par ailleurs, M. Tebboune invite le privé à participer à l’exploitation des mines de Ghar Djbilet.

Les lettres de dénonciation anonymes sont à bannir

Le président de la République décide de bannir les lettres anonymes.

Il a adressé une directive à la justice pour ne plus tenir compte des lettres de dénonciation anonymes, appelant les personnes détenant des informations sur des infractions à la loi à avoir le «courage» de les dénoncer publiquement.

«La seule destination de ces lettres anonymes sera le broyeur», a-t-il tranché. Il a ajouté que les personnes détenant des informations sur des infractions économiques peuvent s’adresser à la presse, relevant qu’il existe 180 quotidiens nationaux, tout en soulignant que la justice a les moyens d’enquêter sur ces infractions. N. A.