Près de 50 000 travailleurs ont perdu leur emploi

Parmi les conséquences désastreuses de la pandémie sur le marché du travail

Amel Blidi, El Watan, 16 août 2020

A peine 25% des travailleurs sont allés au travail pendant la période de confinement.

Environ 200 000 travailleurs algériens sans ressources, 50 000 autres ont perdu leur poste de travail et près de 180 000 salariés ont subi un retard dans le versement de leurs salaires.

C’est là quelques éléments d’une enquête réalisée par le ministère du Travail autour de l’impact de la crise sanitaire de Covid-19 sur le marché du travail.

Les chiffres viennent confirmer ce que les analystes subodoraient : un véritable coup dur pour l’économie algérienne. Et ce n’est là que la partie émergée de l’iceberg, car l’étude en question a été réalisée sur un échantillon de quelque 3600 entreprises seulement, employant 440 171 travailleurs.

Ces éléments d’enquête, dont une partie a été publiée par le quotidien Reporters, ont été révélés jeudi dernier par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, lors de son intervention au cours de la réunion gouvernement-walis. Il y est fait état d’un ralentissement de l’activité économique et d’une précarité dangereuse qui menace des centaines de milliers de travailleurs.

Près de 12% des travailleurs sont ainsi concernés, selon la même source, par une fermeture provisoire de leur entreprise et 1% par une fermeture définitive, soit près de 50 000 personnes, sans qu’aucun dispositif d’assurance-chômage ou d’aide aux chômeurs victimes de la pandémie soit mis en place.

Et pas moins de 200 000 travailleurs se sont retrouvés sans ressources pendant une partie ou la totalité de la période de confinement.

L’étude révèle ainsi que 72% des travailleurs ont bénéficié de congés payés, 75,6% ont vu une baisse de leur activité. En clair, à peine 25% des travailleurs sont allés au travail pendant la période de confinement.

Au chapitre des revenus, l’enquête souligne que 44% de ces travailleurs, soit environ 180 000 salariés, ont subi un retard dans le versement de leurs salaires, 1,6% se sont retrouvés en chômage technique.

Les résultats de cette étude font état également, selon la même source, de 0,8% de travailleurs en congé sans solde, 7,5% en régime de travail partiel.

Le fait est, selon le patronat algérien, que les entreprises algériennes subissaient déjà les contrecoups de la crise politique et économique.

«Le fait est, nous confiait il y a quelques semaines Sami Agli, président du FCE, que l’année 2019 a été extrêmement compliquée pour les entreprises, on peut même affirmer qu’elle a été ‘‘une année blanche’’, pour ne dire une ‘‘année noire’’ car nous tenons à rester positifs malgré tout.

Ce fut donc une année difficile dans la mesure où la crise sociale et politique a eu un impact direct sur le fonctionnement et l’activité économique des entreprises.

Avant cela, les entreprises subissaient de plein fouet la crise des ressources financières, qui a démarré en 2015 et qui a atteint son point culminant en 2018 et en 2019. Au moment où les choses commençaient à s’améliorer, la crise de la Covid-19 survient avec son lot de conséquences néfastes pour les entreprises.»

Pour autant, bon nombre d’experts préconisaient de prendre les mesures adéquates avant la catastrophe annoncée. C’est notamment le cas du syndicaliste Noureddine Bouderba, qui expliquait à El Watan : «Ces conséquences seront lourdes et durables si l’Etat ne prend pas le taureau par les cornes. La priorité des priorités est de préserver la vie et la santé des Algériens.

Ensuite, l’autre priorité est de préserver les emplois ainsi que le revenu des travailleurs, tous statuts confondus. L’Etat se doit de mobiliser toutes les ressources de la nation pour permettre au pays de dépasser cette crise sans précèdent.

L’Etat, qui a déjà pris des mesures en ce qui concerne les congés rémunérés pour cause d’épidémie, doit empêcher les solutions de facilité qui consistent à exploiter l’épidémie pour licencier les travailleurs, y compris les entreprises publiques, dont certaines ont profité de cette crise pour ne pas renouveler les contrats à durée déterminée, ce qui constitue un licenciement déguisé.

Dans le cadre de cette lutte, j’ai personnellement élaboré, dès le 21 mars 2020, une proposition de création d’un fonds de secours d’urgence pour faire face aux conséquences de l’épidémie, en précisant ses sources de financement qui sont les aides l’Etat, les gros épargnants, les sociétés, les mutuelles et les œuvres sociales.»

Et de poursuivre : «Il est clair que l’enjeu immédiat est de préserver l’emploi, les revenus des Algériens et l’outil économique. Il ne faut pas perdre de vue aussi que l’avenir de l’Algérie est tributaire d’une rapide solution politique, qui entraîne l’adhésion des Algériens.

Mais il ne faut pas oublier, cependant, que la crise économique, elle, était là bien avant la chute des prix du baril de pétrole. Elle est le fait de la politique néo-libérale et de privatisation, qui a détruit le tissu économique du pays en lui substituant les importations, et la valeur du travail en lui substituant la loi du plus fort et du plus riche.

L’enjeu, beaucoup plus que cet éternel ajustement par la compression des dépenses publiques, est de repenser toute la politique de développement économique et politique du pays.»