Sous le fort effet de la pandémie: L’Algérie a perdu 40% de ses recettes pétrolières

A. Maktour, Le Soir d’Algérie, 16 août 2020

La pandémie de coronavirus n’en finit pas d’impacter directement le marché mondial du pétrole, sur la demande en tout premier lieu. L’Algérie en sait quelque chose, comme l’illustrent les toutes dernières déclarations du ministre de l’Énergie, Abdelmadjid Attar, qui situe les pertes de recettes accusées lors du premier semestre 2020 à 40%.
Une baisse des recettes des hydrocarbures de 40% sur les six premiers mois de l’année en cours, comparées aux recettes engrangées durant la même période de l’année d’avant, déjà pas extraordinaires. Ce sont 125 milliards de dinars que les compagnies intervenant dans le secteur de l’Énergie ont perdus, a précisé le ministre au même moment pratiquement où les perspectives immédiates du marché du pétrole dressées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) étaient rendues publiques à travers son rapport mensuel.
L’AlE a ainsi revu à la baisse ses prévisions de la demande mondiale de pétrole pour la suite de 2020 et 2021 en raison de la faiblesse de l’activité du secteur des transports, notamment aérien, à travers le monde à cause de la persistance de la pandémie de Covid-19. La demande de brut devrait s’abaisser à un total de 91,9 millions de barils par jour (mb/j) cette année, soit
140 000 barils par jour de moins que prévu auparavant. La demande rebondira l’année prochaine pour atteindre 97,1 mb/j, mais un rebondissement dans des proportions moins que prévues puisque
240 000 mbj feront défaut par rapport aux perspectives précédentes établies par l’AIE. Les corrections sur les prédictions sont dues, donc, au fait que le transport aérien est parti pour un bout de temps encore avant de se remettre, comme prévu.
Les chiffres annoncés par l’Agence sont édifiants sur le degré de ralentissement de l’activité du secteur du transport aérien. En juillet, le trafic aérien mondial était en baisse de 2/3 par rapport à ce qu’il enregistrait habituellement.
En parallèle à cette baisse d’activité, donc le rétrécissement de la demande de pétrole, la production est repartie à la hausse en juillet, comme le confirmait d’ailleurs l’Opep. En tous les cas, tel que le souligne l’AIE, les incertitudes quant à la demande en raison de la persistance de la pandémie et la hausse de production constituent des facteurs qui ne travaillent pas pour le rééquilibre du marché. Une situation qui a impacté tous les pays producteurs, en premier lieu ceux dont l’économie dépend des hydrocarbures. En dehors de l’Algérie qui a donc perdu 40% de ses recettes, comparé à la même période en 2019, l’Arabie Saoudite et sa compagnie nationale ont accusé le coup avec une chute des bénéfices de 50% sur le premier semestre. Ceci, sans parler des nombreuses compagnies américaines ayant carrément cessé leur activité, notamment dans la branche pétrole de schiste, quand les majors ont décidé de revoir à des baisses historiques leurs investissements.
Pénible conjoncture, qui plus est, dont les contours annonçant ne serait-ce qu’une petite embellie se font désirer chaque semaine un peu plus, comme le traduisent les propos du ministre algérien de l’Énergie, par exemple, lorsqu’il énonçait la semaine dernière les grandes lignes des perspectives qui s’offrent au gaz algérien dont les exportations ont atteint au premier semestre 22 milliards de mètres cubes pour avoisiner les 45 milliards de mètres cubes à la fin de cette année, expliquant cette baisse par «une production stagnante, une hausse de la consommation domestique et des investissements insuffisants».
Jusqu’en 2025, selon M. Attar, l’Algérie exportera environ 51 milliards de mètres cubes de gaz annuellement, avant de se consacrer surtout à l’alimentation du marché interne pour assurer la sécurité énergétique du pays et, ainsi, ne compter que sur le pétrole pour financer l’économie nationale grâce à ses recettes.
Azedine Maktour