Conférence de presse du comité de soutien à Khaled Drareni : «C’est une énorme faute politique»

Mustapha Benfodil, El Watan, 13 août 2020

Le Comité de soutien à Khaled Drareni a organisé hier une conférence de presse au siège de SOS Disparus pour faire le point sur l’affaire Khaled Drareni. Tout au long de leurs interventions, les avocats se sont attachés à démontrer qu’il n’y avait aucun élément matériel qui justifiait l’arrestation de Khaled Drareni, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, encore moins une telle condamnation à l’encontre du directeur de Casbah Tribune et correspondant de TV5 Monde.

Le comité de soutien à Khaled Drareni a tenu hier une conférence de presse au siège de l’association SOS Disparus, à Alger, pour faire le point sur ce dossier qui a suscité une vive émotion depuis la prononciation de ce lourd verdict, condamnant notre confrère à 3 ans de prison ferme.

La conférence de presse a été animée par deux avocats et deux journalistes, en l’occurrence, Me Zoubida Assoul et Me Abdelghani Badi, membres du collectif de défense de Khaled Drareni, et nos confrères Mohamed Iouanoughene et Mohamed Sidoummou. Plusieurs militants et activistes ont tenu également à assister à ce point de presse pour exprimer leur soutien à Khaled.

Parmi eux, notre ami Samir Benlarbi qui, faut-il le rappeler, a été jugé dans la même affaire que Khaled Drareni, en compagnie également de Slimane Hamitouche. Samir et Slimane ont été condamnés, eux, à deux ans de prison dont 4 mois fermes, et à 50 000 DA d’amende.

Tout au long de leurs interventions, les avocats se sont attachés à démontrer qu’il n’y avait aucun élément matériel qui justifiait l’arrestation de Khaled Drareni, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, encore moins une telle condamnation à l’encontre du directeur de Casbah Tribune et correspondant de TV5 Monde.

Pour eux, il ne fait aucun doute que la justice a été sous influence dans cette affaire, en citant notamment la déclaration de M. Tebboune lors de sa rencontre avec la presse diffusée le 1er mai dernier, et où il accusait en des termes à peine voilés Khaled Drareni sans le nommer d’intelligence avec une chancellerie étrangère.

«A partir de là, on a vu le juge d’instruction poser des questions qui n’avaient rien à voir avec le dossier», fera remarquer Me Zoubida Assoul, rappelant que Khaled Drareni était officiellement poursuivi pour «incitation à attroupement non armé et atteinte à l’unité nationale, et rien d’autre !».

«Les déclarations du chef de l’Etat ont orienté le jugement qui a été rendu à l’endroit du journaliste», souligne-t-elle.

Me Badi explique de son côté que «ce qu’il y a concrètement dans le dossier, ce sont les vidéos des manifestations que Khaled postait sur les réseaux sociaux en couvrant le hirak» et ce sont «ses interventions sur des plateaux de télévision comme France 24, la même chaîne sur laquelle est intervenu M. Tebboune, ainsi que sa collaboration avec TV5».

Et de lancer : «C’est tout ce qu’il y a dans le dossier : des images et des interventions médiatiques.

Y a-t-il des lois qui l’interdisent ?» Me Badi a relevé lui aussi l’influence sournoise des «interférences du pouvoir exécutif» qui, selon lui, ont manifestement pesé dans la prononciation du verdict.

Dans un communiqué intitulé «Sortir du réquisitoire présidentiel et réhabiliter Khaled Drareni», le Comité de soutien à Khaled Drareni déclare : «Le journaliste Khaled Drareni a été condamné à 3 ans de prison ferme le 10 août 2020 par le tribunal de Sidi M’hamed.

Les avocats de la défense ont fait appel de cette décision. Khaled Drareni était poursuivi dans ce dossier 453 avec deux autres co-inculpés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, pour les deux mêmes chefs d’accusation : incitation à attroupement non armé et atteinte à l’intégrité nationale.

Le rapport de police judiciaire et l’acte d’accusation ne comportaient rien qui permette de soutenir de telles qualifications pour les trois prévenus arrêtés lors de la marche du hirak du 7 mars 2020».

Le Comité insiste sur le fait que «le procès a montré l’absence totale d’éléments matériels à charge pour soutenir que les prévenus ont incité à l’attroupement ou porté atteinte à l’intégrité nationale. Le verdict aurait dû, en toute conséquence, accéder à la demande de relaxe des avocats.

Le tribunal en a décidé autrement. Il a condamné Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche à des peines fermes inférieures à la période de détention provisoire afin de préserver la décision politique de leur libération du 2 juillet dernier. Il a agi avec Khaled Drareni comme s’il était jugé pour d’autres faits, pour une autre affaire, non évoquée lors de l’audience du 3 août.

Pourtant, sa défense était des plus faciles. La marche débutait à 200 m de son domicile de la rue Didouche Mourad. Il est sorti en assurer la couverture comme il l’a toujours fait depuis le 22 février 2019».

Et de pointer là aussi l’influence de la déclaration de M. Tebboune lors de sa rencontre télévisée diffusée le 1er mai : «Khaled Drareni a été condamné à trois ans de prison parce qu’il était devenu impossible à l’appareil de la justice algérienne d’assumer en toute indépendance sa relaxe après l’interférence présidentielle à charge dans ce dossier.

En affirmant, sans le nommer, lors d’une rencontre de presse, que Khaled Drareni était ‘‘khbardji’’ (un espion) et qu’il s’était rendu directement à une ambassade étrangère après avoir été libéré par les services de sécurité, le président Tebboune a prononcé sa condamnation de fait.

La vérité est qu’il n’existe aucune allusion à de tels faits dans le dossier d’inculpation de Khaled Drareni depuis l’enquête préliminaire jusqu’au verdict».

Pour les auteurs du communiqué, «il s’agit d’une invention malveillante colportée au sommet de l’Etat dans le but de justifier l’incarcération d’un des plus grands professionnels indépendants, qui a résisté des mois durant aux intimidations des services de sécurité (4 interrogatoires à la caserne Antar) afin qu’il renonce à sa couverture du mouvement populaire.

Cette intrusion, sans précédent à ce niveau de l’Etat, dans une procédure judiciaire en cours, a empêché le droit de s’exprimer dans un pays où la décision de justice obéit à l’Exécutif et au sécuritaire».

La condamnation de notre confrère, souligne le Comité de soutien à Khaled Drareni, «a provoqué un choc dans l’opinion algérienne. Elle a soulevé l’indignation de larges pans des citoyens mobilisés dans le hirak pendant plus d’une année et pour lesquels Khaled Drareni incarne un témoin fidèle de leur sursaut salvateur et l’espoir d’une presse libérée.

Elle a relancé une campagne mondiale jamais égalée en solidarité avec un citoyen algérien frappé par une brutale injustice, un journaliste reconnu par ses pairs. Elle a traîné l’Algérie devant les instances internationales en charge des droits humains. C’est une énorme faute politique. Elle ne doit pas se poursuivre un jour de plus».

Et de conclure : «Khaled Drareni doit être réhabilité. Il doit comparaître libre à son procès en appel tout comme ses deux co-inculpés. La cour doit juger les éléments du dossier et rien d’autre. Le salut pour les institutions et l’image de l’Etat passent par là».