L’ambassadeur américain fait le bilan de ses trois ans passés en Algérie

“Nous avons été impressionnés par le pacifisme du Hirak”

Liberté, 12 août 2020

Sans évoquer explicitement le journaliste Khaled Drareni, condamné lundi à trois ans de prison ferme, le diplomate américain a indiqué que son pays suit “tous les cas et tous les procès”, en réitérant son soutien à la liberté de la presse.

À quelques jours de son départ d’Algérie, l’ambassadeur des États-Unis, John Desrocher, a tenu à rencontrer des représentants des médias pour évoquer notamment l’expérience qu’il a vécue et qu’il n’hésite pas à qualifier “d’enrichissante” et de “magnifique”.

Parmi les expériences qui l’ont marquée, le diplomate américain évoque le “Hirak populaire” qui “l’a impressionné” et dont il n’a pas cessé de louer le caractère pacifique. “J’ai vécu les événements historiques de 2019 où les Algériens sont sortis par millions pour réclamer un meilleur avenir. L’Algérie est devenue un symbole de la force des manifestations pacifiques. Cela a généré beaucoup d’admiration à travers le monde en ce que les manifestations pacifiques peuvent apporter”, a affirmé, hier, John Desrocher, lors d’une conférence de presse organisée au siège de l’ambassade à Alger. “J’ai eu l’honneur de vivre le Hirak en Algérie, ce qui nous a impressionnés, c’est son caractère pacifique et l’énergie montrée par les Algériens et leur détermination à réaliser leur rêve lors du printemps de l’an passé. On a vu un nombre considérable d’Algériens sortis dans les rues. Mais, le point le plus important est le caractère pacifique du Hirak qui a impressionné le monde, dans un moment où les Algériens se sont unis pour réaliser un changement concret.”

Pourquoi Lamamra n’a pas été désigné envoyé de l’ONU en Libye

Sur la question libyenne, John Desrocher soutient que la position des deux pays sont “similaires”. “Nos positions sur la Libye sont similaires. Les États-Unis soutiennent le processus de l’ONU pour la paix et la stabilité en Libye et les efforts pour arriver à un cessez-le-feu, mais il y a plusieurs dossiers qui compliquent la situation comme le soutien en armement aux différentes factions libyennes”, relève-t-il. “Bien sûr que les USA comprennent la position de l’Algérie. Nous accordons une grande importance à nos consultations sur le dossier libyen. Ce qui se passe en Libye est vraiment malheureux, mais nous apprécions les efforts de l’Algérie.” Interrogé sur les entraves à la nomination de Ramtane Lamamra comme envoyé spécial en Libye, que l’Algérie a attribuées à des “puissances régionales”, John Desrocher a suggéré en demi-mot que l’ex-chef de la diplomatie algérienne ne bénéficiait pas du soutien nécessaire que commandait sa nomination.
“Les États-Unis respectent beaucoup Lamamra et moi j’étais chanceux d’avoir travaillé avec lui sur beaucoup de dossiers, dont celui de la Libye. Et concernant la Libye, le monde et l’ONU ont besoin d’un homme qui jouisse d’un appui global pour mettre en œuvre les décisions du Conseil de sécurité et de l’ONU pour parvenir un cessez-le-feu. On connaît bien Lamamra, nous le respectons”, dit-il.
Sans évoquer explicitement le journaliste Khaled Drareni, condamné lundi à trois ans de prison ferme, le diplomate américain a indiqué que son pays suit “tous les cas et tous les procès”, en réitérant son soutien à la liberté de la presse.
“Concernant ce qui s’est passé hier (lundi, ndlr), nous suivons tous les cas, tous les procès. Certaines des personnes concernées, nous les connaissons. Je veux juste profiter de cette occasion pour réitérer le soutien américain à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, qui sont nécessaires au bon fonctionnement d’une démocratie.” Plus globalement, il rappelle que la question des “droits de l’Homme constitue une pierre angulaire de la politique étrangère des États-Unis”.

Karim K.