Comment se comportent les Algériens face au Covid-19

Une étude auprès de 1000 personnes dans 43 wilayas le révèle

Nawal Imès, Le Soir d’Algérie, 27 juillet 2020

Le comportement de la grande majorité face à l’épidémie intrigue autant qu’il irrite. Le peu, voire le non-respect total des consignes sanitaires ajouté au déni dans lequel une grande partie de la population s’est installée serait-il un cas d’école ? Le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread) s’est intéressé à la perception des Algériens du Covid-19 et la corrélation entre le danger ressenti et le respect des mesures imposées en matière de mobilité. Les résultats sont édifiants : une majorité estime la maladie « assez grave » sans pour autant que cette perception ait de conséquences sur le respect des consignes et cela indépendamment du niveau d’instruction.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Loin des jugements de valeur et des constats, c’est un travail répondant à des normes scientifiques que quatre maîtres de recherches au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread) ont mené sur la perception des Algériens du Covid-19, du danger lié à sa propagation et de l’impact de leur mobilité sur le risque d’une nouvelle vague de propagation du virus. À travers cette étude, il s’agit de déterminer les facteurs influençant la perception de la population du danger lié à la propagation du Covid-19. Le choix s’est porté sur une enquête en ligne en raison de la pandémie. Elle a visé 1016 personnes qui ont dû répondre à un questionnaire structuré en cinq modules.
À la question relative à leur perception du Covid-19, ils étaient 72,7% à répondre qu’il s’agissait d’une maladie « assez grave », 24,2% estiment qu’il s’agissait d’une « simple » maladie comme la grippe alors que 3,1% ont répondu que la maladie n’existait tout simplement pas.
Questionnés au sujet de leur mobilité avant le confinement décidé, ils sont 40,7% à déclarer sortir tous les jours, seulement 10,1% disent sortir deux fois par semaine seulement. Ont-ils modifié leur comportement après la mise en place des mesures de confinement et la hausse des contaminations ? Seuls 17,3% ont affirmé ne plus sortir du tout, alors que 16,9% ont continué à sortir tous les jours.
Les chercheurs du Cread ont conclu que le niveau d’instruction n’avait pas d’impact sur la perception du danger. En d’autres termes, le niveau d’études élevé n’induisait pas forcément une meilleure appréciation du risque ni un plus grand respect des consignes. Comment l’expliquent-ils ? Ils estiment que cela s’expliquerait par « le manque de connaissance concernant le Covid-19 » en témoignent les réponses des personnes questionnées au sujet des modes de transmission du virus. Ceux qui pensent que la maladie se transmet au contact direct avec une personne contaminée ou à travers des surfaces estiment la maladie dangereuse.
En revanche, ceux qui n’associent la contamination qu’au contact direct avec une personne déjà malade considèrent la maladie « peu dangereuse ».
Autre fait étonnant : même en qualifiant la maladie de dangereuse, la majorité des répondants disent n’avoir pas changé leurs habitudes en termes de déplacements, ne considérant toujours pas la mobilité comme un facteur aggravant.
L’étude conclut à un manque de compréhension concernant l’impact de la mobilité sur la propagation de la maladie, ce qui explique qu’ils soient à 63,5% favorables à la levée du confinement. Pour les chercheurs, ces résultats démontrent clairement que les messages des autorités publiques doivent être repensés. Il est, selon eux, important d’expliquer à la population que les directives qui peuvent sembler contradictoires sont dues à la nouveauté du virus et à l’actualisation des informations au sein même de la communauté scientifique. L’échantillon objet de l’étude comprend 46,1% d’hommes et 53,9% de femmes âgés de 17 à 72 ans. Les répondants sont répartis sur 43 wilayas avec, à titre d’exemple, un pourcentage de 45,2% pour Alger, 10,6% pour Béjaïa, 5,4% pour Blida.
Concernant le niveau d’études des répondants, 88,7% d’entre eux sont universitaires, 4,6% ont un niveau inférieur au bac, 4,1% sont titulaires d’un bac avec un cursus dans la formation professionnelle. 34,8% d’entre eux sont salariés dans le secteur public, 20,5% sont étudiants. Dans l’échantillon questionné, 24,9% exercent au niveau de l’enseignement supérieur.
Les résultats obtenus lèvent le voile un tant soit peu sur la compréhension mais surtout sur les raisons de la non-observance des gestes barrières. Le manque d’informations est clairement mis en relief, signe du peu d’efficience des campagnes de communication.
N. I.