Le MDN dément les rumeurs: L’armée algérienne n’interviendra pas en Libye

Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 25 juillet 2020

L’Algérie est sur le qui-vive pour tout ce qui se rapporte à la situation prévalant autour de ses frontières et elle l’a démontré une fois de plus ce jeudi à travers un démenti catégorique apporté par le ministère de la Défense à des propos attribués au chef d’état-major.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – Le MDN reste très vague sur l’origine des prétendues déclarations de Chanegriha, ne cite pas les auteurs et se suffit d’indiquer qu’il s’agit de «certains comptes et pages ayant propagé, via les réseaux sociaux, des allégations fallacieuses et infondées, qu’ils attribuent au général de corps d’armée, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, à propos des évolutions récentes de la situation en Libye ».
Ces allégations consistent en des informations véhiculées il y a quelques jours par des réseaux sociaux algériens, selon lesquels le chef d’état-major aurait appelé l’armée à se tenir prête pour une intervention militaire en Libye pour protéger la sécurité nationale. Le MDN dément «formellement» ce qu’il qualifie de «rumeurs» et interprète «ces propos mensongers» comme étant une tentative visant «à semer le trouble et la discorde et à orienter l’opinion publique vers un alignement sur des agendas douteux ne servant pas l’objectif louable et la position immuable que l’Algérie a toujours veillé à honorer envers l’État libyen frère».
Cette mise au point intervient au moment où l’Algérie multiplie les déclarations mettant en garde contre toute intervention militaire sur le territoire libyen et démontre clairement son hostilité aux velléités guerrières affichées par certains pays. Le contexte régional est brûlant, notamment depuis le vote par le Parlement égyptien d’une résolution autorisant des actions militaires en Libye.
Abdel Fattah al-Sissi a même demandé à ses soldats de se «tenir prêts» au cas où les forces du GNA se rapprochaient de Syrte, une ville qui ouvre la porte aux gisements pétroliers libyens. Le GNA, gouvernement libyen reconnu par l’ONU, est lui, soutenu militairement par la Turquie qui démontre clairement sa disposition à réagir par les armes. L’Algérie est-elle en alerte ? Abdelmadjid Tebboune et Sabri Boukadoum ont eu à intervenir à plusieurs reprises sur le sujet la dernière semaine.
Le président de la République craint le risque d’une «somalisation» de la Libye et affirme que le pays intensifie ses efforts pour l’obtention d’un cessez-le-feu et d’un apaisement de la situation. De Moscou, le ministre algérien des Affaires étrangères a déclaré ce mercredi que les «canons ne devaient pas résonner» et a mis en garde contre «toute tentative de parcellisation de la Libye».
L’Algérie insiste aussi sur sa position équidistante avec ce dossier et les solutions pacifiques devant inévitablement passer par le dialogue des premiers concernés. Les rumeurs soutenant qu’une démarché inverse, venant qui de plus est du chef d’état-major, sont donc très mal venues dans ce contexte. Pour couper court à toute manipulation, le ministère algérien de la Défense a tenu aussi à préciser dans son communiqué que la position de l’Algérie avait été «soulignée à maintes occasions par monsieur le Président de la République, qui réaffirme que l’Algérie est de tout temps à équidistance des parties libyennes en conflit et privilégie un dialogue constructif inter-libyen qui aboutira à une solution politique durable à même de garantir la stabilité et la prospérité au peuple libyen frère».
Il conclut : «Le Président de la République, chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale est l’unique autorité constitutionnellement habilitée à statuer officiellement sur les positions de la République algérienne démocratique et populaire quant aux questions internationales et régionales sensibles.»
A. C.