Covid-19, les chiffres de plus en plus inquiétants : Le sérieux des uns, l’inconscience des autres

Djamila Kourta, El Watan, 25 juillet 2020

Entre le 21 juin et le 20 juillet, on observe une élévation des taux d’incidence, qui ont pratiquement doublé pour toutes les régions du pays, dont certaines wilayas affichent des incidences à trois chiffres.

La courbe épidémique poursuit son ascension avec des chiffres alarmants. Une moyenne de 500 infections confirmées par jour est enregistrée depuis le début du mois de juillet, sans compter les cas probables diagnostiqués par scanner et qui ne sont pas inclus dans les statistiques des cas cumulés.

Il en est de même pour ceux qui sont en attente des résultats de la RT/PCR effectuée depuis plusieurs jours, en raison des retards dans la remise des résultats. Les laboratoires de diagnostic sont submergés et souffrent d’un manque criant de réactifs et de consommables.

De nombreux citoyens sont actuellement traités en ambulatoires par des antibiotiques et un cocktail de vitamines pour des syndromes grippaux, sans test virologique au préalable et qui se sont avérés par la suite atteints de la Covid-19. Ils ne pas sont introduits dans le circuit de prise en charge de cette pathologie ni comptabilisés dans les statistiques du ministère de la Santé.

Les examens médicaux et d’exploration, qu’ils soient radiologiques ou biologiques, sont effectués à leurs frais sans bénéficier bien sûr du remboursement par la Sécurité sociale. Le taux d’incidence, soit le nombre de nouveaux cas par 100 000 habitants, a quasiment doublé ou triplé au cours de ce dernier mois, selon les régions, pour atteindre une incidence nationale de 58,1 pour 100 000 habitants.

Classée en tête des cas infectés, la wilaya d’Alger comptabilise 2515 cas au jeudi 23 juillet, soit 10% de sa population, avec une incidence de 66% pour 100 000 habitants, suivie de la wilaya de Sétif avec une incidence de 126,9 avec un nombre de 2340 cas de Covid-19. Ces incidences à trois chiffres concernent également les wilayas de Ouargla, Tipasa et Blida.

Au rythme où va l’épidémie, la situation risque de se compliquer en termes de prise en charge des personnes confirmées positives, notamment les malades chroniques. Les structures hospitalières, actuellement saturées, ne seront plus en mesure d’assurer des lits d’hospitalisation aux cas graves nécessitant un traitement et des soins intensifs.

Les lits de réanimation affichent déjà complets dans tous les établissements de santé, avec un manque accru de personnel, dont la plupart des équipes médicales et paramédicales sont actuellement infectées et mises en confinement.

Les laboratoires de diagnostic dans les hôpitaux ou à l’Institut Pasteur connaissent, pour leur part, une réduction des effectifs en raison des contaminations. Les appels au respect des mesures de prévention, des gestes barrières, notamment le port obligatoire du masque, la distanciation sociale et le confinement partiel, se multiplient face à cette progression du nombre de cas.

Le virus continue ainsi de se propager à travers toutes les wilayas, et les incidences varient d’une région à une autre avec un indice toujours à la hausse. Ce qui suscite de vives inquiétudes des épidémiologistes qui craignent une forte recrudescence du nombre de nouveaux cas surtout dans la région Centre, où les foyers épidémiques sont très actifs au cours de ce mois de juillet, bien que l’épidémie s’est déplacée vers l’est tout en s’étendant au sud. «Il faut noter que le foyer de la région Centre est toujours actif.

C’est la région qui déclare le plus de nouveaux cas hebdomadairement, qui enregistre l’incidence des cas TDM+ la plus élevée et le nombre maximal d’hospitalisations», signale l’INSP dans son bulletin du 20 juillet, qui compare la situation épidémiologique en matière de Covid-19 par région sanitaire à trois périodes différentes.

Et de préciser qu’entre le 21 juin et le 20 juillet, on observe une élévation des taux d’incidence qui ont pratiquement doublé pour toutes les régions. Ce taux est passé respectivement de 33,7 à 58,9 cas pour 100 000 habitants pour le Centre, de 24,6 à 55,1 pour l’Est, de 22,6 à 46,2 pour l’Ouest et de 25,8 à 62,5 pour la région Sud.

«Une situation qui s’explique du point de vue épidémiologique par le fait que le virus est actuellement très actif avec une vitesse de contagiosité très importante. Le taux de reproduction R0 est en augmentation comparativement aux deux derniers mois.

La stratégie de riposte doit être renforcée par des actions fortes en direction de la population pour un respect rigoureux de toutes les mesures de prévention, des gestes barrières et le durcissement du confinement, surtout en cette période de veille de célébration de la fête de l’Aïd El Adha», souligne le Pr Abderrzak Bouamra, chef de service d’épidémiologie au CHU de Blida, qui affiche une certaine inquiétude quant à l’évolution de l’épidémie.

Le Pr Bouamra plaide pour la création de pôles de consultation pour le suivi des malades en ambulatoire, puisque de nombreux patients sont mis sous traitement.

«Ils nécessitent une évaluation pour éviter une évolution vers une forme grave de la maladie et pour déclarer on non une rémission d’un patient, notamment ceux qui étaient hospitalisés en réanimation et ayant présenté des lésions importantes dues à l’infection», a-t-il insisté. Et d’appeler à la multiplication des enquêtes épidémiologiques pour contenir les nombreux clusters : «C’est à travers la mise en place de toutes ces actions que l’on peut éviter une deuxième vague qui risque d’être incontrôlable.»

En attendant, la commission de suivi des enquêtes épidémiologiques, installée depuis plus d’un mois et dirigée par le Pr Belhocine, est aux abonnés absents et aucune information n’est communiquée sur les conclusions de ces enquêtes menées par les services d’épidémiologie et de médecine préventive dans chaque wilaya et dans des clusters dont nous ignorons tout.