Sétif : La face cachée de la Covid-19

Kamel Beniaiche, El Watan, 19 juillet 2020

Après la ville des Roses, une bonne partie des Hauts-Plateaux sétifiens devient le nouvel épicentre du coronavirus. La pandémie se propage à la vitesse d’une étoile filante.

Le malheur endeuille de nombreuses familles. Sans centre de dépistage, lits de réanimation, moyens de protection et équipements appropriés, les professionnels de santé de la deuxième wilaya de pays en nombre d’habitants crient leur douleur, font de leur mieux.

Dangereux et invisible, l’ennemi fauche des universitaires de haut rang, des médecins, des infirmiers, des ambulanciers et de dizaines de citoyens lambda des quatre coins de la wilaya de Sétif qui s’est retrouvée seule à combattre un fantôme des plus meurtriers.

Attendus, les camions des autres, les secours (appareils de respiration, scopes, pousse-seringue, PCR, réactifs, bavettes, visières, lits de réanimation, oxygène et autres) n’arrivent pas à Aïn Fouara gavée par des promesses non tenues. N’ayant ni le choix ni de temps à perdre, les descendants de Mai 1945, privés en 2020 d’un Centre hospitalo-universitaire (CHU) digne du nom, se retroussent les manches, se lancent dans une course contre la montre. Ainsi, le mouvement associatif et de nombreux bienfaiteurs viennent au secours des hôpitaux dépourvus du strict minimum.

Malgré la fermeture des frontières et la forte demande de certains équipements, les donateurs de la région arrivent à dénicher des appareils de respiration, des scopes et des pousse-seringues. Grâce à l’extraordinaire élan de solidarité, le service de réanimation du CHU passe de 8 à plus de 20 lits.

Ne restant pas insensible à l’appel du devoir, l’association Zinedine Zidane présidée par son père Smail, participe avec deux appareils de respiration, deux scopes et autant de pousse-seringues de dernière génération. Un autre donateur fournit 500 000 flacons de gel hydroalcoolique. Un opérateur économique met en place un atelier ayant confectionné et distribué, depuis l’apparition de la pandémie, plus de 400 000 bavettes.

La PCR qui a fait couler beaucoup d’encre et mis en colère le ministre de la Santé, le professeur Abderrahmane Benbouzid, est prise en charge par les bonnes volontés activant dans l’ombre. Ces dernières en achètent deux, avec en sus un extracteur et une hotte. L’une est mise à la disposition d’un laboratoire privé. L’autre est confiée aux équipes de l’unité de microbiologie du CHU.

Le premier lot de 10 000 réactifs est payé par la wilaya. Afin d’éviter une rupture de stock, des bienfaiteurs de Sétif n’attendent qu’une autorisation pour commander un deuxième lot de 10 000 réactifs.

Mettant en danger des malades, l’histoire de l’aléatoire débit d’oxygène, empoisonnant la vie aux soignants des hôpitaux de Sétif, El Eulma, Aïn Oulmene et Bougaa, les autres clusters de la pandémie, avec Aïn El Kebira et Aïn Azel, ne laisse pas indifférents les hommes de bien. Ainsi, l’un d’eux prend en charge la nouvelle centrale de l’hôpital d’El Eulma. Un autre en fait de même à Aïn Oulmene.

Une entreprise publique finance la deuxième centrale du CHU. Ayant besoin d’un coup de main, le mouvement associatif de Bougaa se mobilise pour installer une centrale à oxygène et doter l’hôpital de la ville de Rabah Belamri d’un service de réanimation dont la mise en place devient à la fois urgente et indispensable. Prévoyants, les bienfaiteurs n’attendant ni récompenses ni retour d’ascenseur, ils viennent de doter l’hôtel El Hidab, où séjournent plus de 50 patients suspectés de contamination, de 20 bouteilles d’oxygène équipées de masques.

Loin des feux de la rampe, d’autres ont matériellement soutenu l’université Ferhat Abbes de Sétif (UFAS) à produire plus de 34 000 flacons de gel hydroalcoolique et fabriquer 20 000 visières mis à la disposition des structures sanitaires de la région et des wilayas limitrophes , bénéficiant d’un coup de pouce de l’extraordinaire mobilisation des Sétifiens pour lesquels la solidarité est un acte citoyen…