Contaminations et hospitalisations liées au Covid-19 Les chiffres sont-ils contestables ?

Ilhem Tir, Le Soir d’Algérie, 7 juillet 2020
 
Combien y a-t-il réellement de personnes infectées par le coronavirus admises dans les services de réanimation ? Est-ce deux fois plus que le nombre «officiel» ? Ou davantage encore ? Sur quels critères, les spécialistes font-ils le tri ? Autant de questions qui s’imposent ces derniers temps avec la recrudescence du nombre de contaminés et la multiplication des publications attestant de la gravité de la situation.
La tendance haussière des contaminations au Covid-19 hisse le total des cas confirmés à plus de 16 000 personnes, réparties sur les 48 wilayas, avec 53 malades se trouvant actuellement en soins intensifs, selon les statistiques officielles du Comité de veille et de suivi de la propagation du virus. A Blida, le personnel hospitalier ne cesse de tirer la sonnette d’alarme par rapport à la quasi-saturation des hôpitaux et le retour inquiétant des cas nécessitant la réanimation. Au CHU de Constantine, ils sont 7 cas admis dans le service de réanimation du CHU, selon le chargé de communication M. Aziz Kaâbouche, alors que Constantine compte 2 autres hôpitaux: l’hôpital Didouche-Mourad et celui de la cité El-Bir. La moyenne des consultations de ces trois établissements est de 250 personnes suspectes par jour. «La situation sanitaire est inquiétante et la propagation alarmante du virus dépasse de très loin la capacité de nos hôpitaux, en matière de moyens humain et matériel», révèlent des sources sanitaires. Les trois établissements sanitaires dotés d’une capacité de 190 lits se trouvent actuellement saturés. La situation au niveau de la wilaya d’Oran n’est guère meilleure. Les unités Covid-19, au CHU comme à l’EHU, sont très sollicitées et les lits de réanimation ne sont pas loin de la saturation, avait affirmé le responsable de l’unité Covid à l’EHU d’Oran, le Pr Salah Lellou. A vrai dire, dans l’élaboration de ces statistiques, le comité se base essentiellement sur les rapports des différentes commissions des wilayas et des DSP où, malheureusement, les partenaires sociaux ne sont pas représentés. Pour le Dr Lyes Merabet , président du Syndicat des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSP), dont la structure est présente au niveau de 40 wilayas au minimum, «les chiffres qui sont avancés ne reflètent pas la réalité sur le terrain». Selon lui, dans plus de 20 wilayas, la situation est grave et les services dédiés au Covid-19 sont saturés. «Les unités de réanimation sont de plus en plus sollicitées et il n’y a plus de places dans les grandes villes comme Alger», avait-il déjà déclaré. En effet, selon les médecins activant sur le terrain, des dizaines de cas sont enregistrés quotidiennement, le dépistage reste toujours faible et les résultats arrivent en retard. Le Dr Merabet insiste également pour dire que «l’épidémie s’installe de manière très rapide», le nombre d’hospitalisations, ainsi que le nombre de cas admis en réanimation sont élevés. Le manque de moyens de protection et surtout d’oxygène se fait ressentir de plus en plus. «Nous sommes face à une surconsommation car il y a une nécessité absolue», a-t-il déploré. Plusieurs hôpitaux à travers plusieurs wilayas, comme Alger, Constantine, Oran et Batna, manquent d’oxygène, en raison du nombre élevé de patients en détresse respiratoire. Le syndicat ne cesse de faire des propositions de confinement ciblé, car ce qui se passe actuellement est «une gestion de l’ugence sanitaire de manière politique». Il est impératif de procéder «à l’installation des comités opérationnels représentatifs des différents établissements de santé dans toutes les wilayas concernées» si l’on veut communiquer sans alarmisme, certes, mais également en toute transparence. Le citoyen a droit à cette information.
Ilhem Tir