Projet israélien d’annexion de pans de la Cisjordanie : Fatah et Hamas «unis» contre Netanyahu

Farès Chahine, El Watan, 04 juillet 2020

Benyamin Netanyahu, actuel Premier ministre de l’Etat hébreu, n’avait pas encore mis hier à exécution la promesse faite à ses électeurs d’annexer les colonies israéliennes de Cisjordanie et la vallée du Jourdain, soit le tiers de la Cisjordanie occupée.

C’est d’ailleurs grâce à cette promesse qu’il a remporté les dernières législatives. Pour seule réponse à ce silence, son bureau a indiqué dans un communiqué publié le 1er juillet que le Premier ministre allait poursuivre les discussions avec l’administration américaine à propos de l’annexion de parties de la Cisjordanie occupée.

Cette annexion, qui suscite aujourd’hui l’ire de toute la communauté internationale, est un des points du plan de paix américain pour le Proche-Orient baptisé «la transaction du siècle», annoncé par le président Trump au mois de janvier dernier. Un plan taillé sur mesure pour Israël.

Selon les observateurs, les motifs qui peuvent expliquer le retard de l’annonce de l’annexion sont multiples. En plus de la grande opposition que ce plan rencontre au niveau international, il y aurait également des différends au sein même du gouvernement israélien sur le sujet.

L’autre facteur est lié au fait que le président Trump n’a toujours pas donné son feu vert. Actuellement, il est plus affairé par la gestion de la pandémie de Covid-19 qui ravage son pays et du mouvement de contestation qui a suivi l’assassinat du citoyen afro-américain George Floyd. Autant dire qu’il est en grande difficulté. Les derniers sondages le donnent perdant dans les prochaines élections présidentielles prévues au mois de novembre. C’est ce qui aurait forcé Netanyahu à temporiser.

Le plan de Trump est catégoriquement rejeté par les Palestiniens, qui ont depuis son annonce mis un terme à toute forme de relations avec les Etats-Unis. La fermeté de la position palestinienne et la farouche résistance de la direction palestinienne devant les pressions américano-israéliennes ont fini par décourager certains pays arabes, surtout du Golfe, à annoncer leur soutien au plan américain. Cet élément a pu amener aussi Donald Trump à ne pas donner son feu vert à l’entame du processus d’annexion. Les Palestiniens et la communauté internationale restent attachés à la solution à deux Etats.

Le danger de l’annexion par Israël de plus du tiers de la Cisjordanie occupée, synonyme de la fin du rêve du peuple palestinien de vivre dans son propre Etat indépendant, viable, doté d’une continuité territoriale avec Al Qods Jérusalem-Est pour capitale, a fini par rapprocher les deux principales forces politiques palestiniennes, le Fatah et le Hamas. Les deux mouvements sont divisés depuis l’été 2007, lorsque le Hamas avait pris le contrôle de la bande de Ghaza.

Djibril Al Rjoub, secrétaire général du comité central du mouvement Fatah, et Saleh Al Arouri, membre du bureau politique du Hamas, ont tenu jeudi une conférence de presse commune, par visioconférence, pour affirmer l’opposition des deux principales forces palestiniennes au plan d’annexion israélo-américain. Ils ont également annoncé l’unification de leurs moyens de lutte pour la mise en échec de ce plan. Cette annonce a été très bien accueillie par la rue palestinienne.

Ce rapprochement entre le Fatah et le Hamas a surpris non seulement les Palestiniens mais aussi les Israéliens et leurs différents services sécuritaires qui ont été visiblement pris de court.
«Nous mettrons en place tous les mécanismes pour assurer l’unité nationale contre le projet israélien», a affirmé le secrétaire général du comité central du Fatah. «J’affirme que la position de la direction du Hamas est pour le consensus national. Cette conférence de presse conjointe est d’ailleurs une opportunité pour entamer une nouvelle étape au service de notre peuple en ces moments périlleux», a indiqué pour sa part Salah Al Arouri.

Les deux responsables ont fait comprendre aux journalistes que leurs mouvements ont décidé qu’il était grand temps de mettre de côté leurs différends et de s’unir pour faire face ensemble aux nombreux périls qui guettent les Palestiniens. A noter que le rapprochement entre le Fatah et le Hamas a été salué hier par la Russie.

Ghaza
De notre correspondant Farès Chahine