Poursuivi dans le même dossier que Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche : Khaled Drareni reste en prison

Madjid Makedhi, El Watan, 04 juillet 2020
 
Enigmatique ! Le journaliste Khaled Drareni est maintenu en détention provisoire. Il n’a pas quitté la prison de Koléa comme ses nombreux codétenus remis en liberté provisoire, jeudi dernier.

Pourtant, deux activistes, en l’occurrence Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, arrêtés avec lui et poursuivis dans le même dossier que lui, ont été libérés.

Pourquoi ? On n’en sait rien pour l’instant. Mais ce traitement réservé au journaliste, arrêté le 7 mars dernier alors qu’il assurait la couverture d’une marche du hirak, suscite moult interrogations, voire même l’étonnement et la colère. Les avocats ne trouvent pas d’explication à cette «ségrégation» dans l’application de la loi.

«La défense est étonnée. Comment se fait-il que dans le cadre d’un même dossier – un dossier vide et qui ne mérite pas des poursuites contre les concernés –, Khaled Drareni soit traité de cette manière ?

Comment se fait-il que le journaliste, qui été sous contrôle judicaire avant que la chambre d’accusation ne le place sous mandat de dépôt soit maintenu en détention ?» s’interroge l’avocat Abdelghani Badi.

Souhaitant la libération de tous les détenus, l’avocat se dit indigné par cette étrange décision de garder un journaliste en prison, au moment où le pouvoir faisait «miroitait un passage à la démocratie». «Khaled est un journaliste compétent qui a réussi à se distinguer.

Cette Algérie ne respecte-t-elle pas les compétences ? C’est regrettable ! Nous n’acceptons pas cela.

Ce pouvoir est-il conscient de ce qu’il fait ? Peut-on envoyer un message selon lequel on veut aller vers une transition démocratique, alors qu’on continue d’emprisonner des journalistes en 2020 ?» dénonce-t-il.

Selon l’avocat, l’Algérie est parmi les rares pays au monde où l’on emprisonne des journalistes. «Les pays qui recourent encore à ces pratiques sont connus.

Ce sont les pays ayant des régimes dictatoriaux, totalitaires et militaires», lance-t-il, rappelant que le dossier pour lesquels sont poursuivis Drareni, Benlarbi et Hamitouche «est vide et ne nécessite pas l’engagement des poursuites judiciaires contre eux».

Directeur du site Casbah Tribune et correspondant de la chaîne française TV5, Khaled Drareni a été arrêté, samedi 7 mars à Alger, alors qu’il couvrait le début d’une marche du hirak.

Il a été maintenu en garde à vue pendant trois jours en compagnie de Samir Belarbi, Slimane Hamitouche et Toufik Hassani.

Présenté devant le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed, le journaliste a été placé sous contrôle judiciaire et poursuivi pour «atteinte à l’intégrité du territoire national» et «incitation à un attroupement non armé».

Quelques jours plus tard, la chambre d’accusation près la cour d’Alger avait décidé, suite à un appel du procureur de la République, de le placer sous mandat de dépôt.

Le 6 mai dernier, la même chambre d’accusation avait rejeté sa demande de remise en liberté provisoire introduite par ses avocats.