Vers un retour au confinement territorial

Saturation des hôpitaux suite à l’éclosion de nombreux foyers infectieux

Djamila Kourta, El Watan, 24 juin 2020

Le taux de recrudescence du nombre de cas de Covid-19 au niveau national est estimé entre 25 et 30%, selon les spécialistes où le taux de reproduction est supérieur à 1 dans certaines wilayas du pays.

Une situation qui nécessite une surveillance accrue avec l’application stricte des mesures de prévention. La situation a fait l’objet d’une réunion lundi au siège du Premier ministère, présidée par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, avec les membres du conseil scientifique et le Pr Abderrahmane Benbouzid, ministre de la Santé, de la population et de la Réforme hospitalière, et le Dr Lotfi Benbahmed, ministre délégué chargé de l’Industrie pharmaceutique.

Un état des lieux a été présenté avec une analyse de la situation, notamment dans certaines wilayas du pays où l’épidémie sévit dangereusement. Les localités concernées risquent d’être re-confinées.

Une mesure qui sera prise selon l’évolution de la situation épidémiologique locale, comme prévu dans le plan de déconfinement «et au besoin réversible», est-il indiqué.

«Cela reste une hypothèse mise sur la table et la décision sera prise selon l’évolution de la situation épidémiologique locale dans les prochains jours, en temps opportun», nous confie-t-on.

D’ailleurs, une enquête d’urgence a été enclenchée dès lundi à Sétif, la wilaya connaît une recrudescence du nombre de cas avec une saturation des établissements de santé.

La wilaya de Blida renoue avec l’infection dont les chiffres connaissent une forte hausse ces derniers jours. Les structures hospitalières affichent complets. L’EPH de Boufarik est submergé depuis quelques jours. «Actuellement, nous avons 120 lits occupés, dont des cas suspects et symptomatiques.

Une moyenne de 30 à 40 prélèvements sont effectués par jour et 80% reviennent positifs. La wilaya de Blida revient en tête pour ce qui du nombre de nouveaux cas. Le personnel médical et paramédical est épuisé.

Cela fait cinq mois que les équipes sont mobilisées, dont la majorité ce sont des femmes. La situation est explosive et cela devient inquiétant», a souligné le Dr Yousfi, chef de service des maladies infectieuses. Au niveau de la capitale, les malades sont orientés d’un hôpital à un autre pour manque de lits d’hospitalisation.

Une saturation enregistrée dans les CHU de Mustapha Bacha, de Beni Messous, Bab El Oued, le service de médecine interne de Birtraria à El Biar, l’hôpital de Baïnem, l’hôpital de Rouiba et celui de Aïn Taya. «Une situation que l’on redoutait au début de l’épidémie», signale un spécialiste en médecine interne et qui déplore les comportements indisciplinés des citoyens face à cette épidémie.

«Certains ne croient même plus à l’existence de ce virus, alors que d’autres assimilent la maladie à une légère grippe qu’ils peuvent traiter avec l’hydroxychloroquine», a-t-il relevé.

Les regroupements en milieu confiné, le génie évolutif du virus, la levée progressive du confinement et le non- respect des gestes barrières, à savoir le port du masque et la distanciation sociale, sont autant de facteurs à l’origine de l’augmentation du nombre de cas infectés suite à l’éclosion de nombreux foyers.

«C’est ce qui a induit l’accroissement de la fréquentation des hôpitaux et leur saturation par la hausse du nombre de cas asymptomatiques positifs et la grappes de cas familiaux qui représentent entre 16 et 20%», fait-on savoir auprès du conseil scientifique qui estime que «ce phénomène de hausse de cas contaminés est actuellement mondial et la circulation du virus reste forte.

D’où l’importance de rester prudent et de respecter toutes les mesures de prévention». Le recours à un re-confinement local n’est pas à écarter, avons-nous appris. Les enquêtes épidémiologiques sont en cours dans les régions où les foyers de contamination sont importants.

«Ces enquêtes permettront de casser la chaîne de contamination et éviter le risque de reprise de l’épidémie au niveau national», a-t-on ajouté.

Face à cette tension sur les services de prises en charge de Covid-19 et les lits d’hospitalisation dans les wilayas du Centre, le ministère de la Santé a, dans une note adressée aux DSP et aux CHU datant du 21 juin, préconisé l’allégement de la durée d’hospitalisation selon une conduite à tenir.

Il est souligné que «chez les cas répondant à la définition des cas suspects, à moins d’une décision d’hospitalisation laissée à la seule appréciation du médecin traitant, dans l’attente des résultats de la RT-PCR, ils seront confinés à domicile ou sur sites dédiés».

A défaut d’un confinement à domicile, ces cas suspects doivent être placés dans des établissements en dehors de l’hôpital, à savoir «dans des centres d’hébergements ou hôtels», précise-t-on afin de soulager les hôpitaux.

Concernant les cas symptomatiques confirmés, le traitement spécifique peut être conduit et suivi à titre ambulatoire en hôpital de jour, à la seule appréciaion du médecin traitant, après avoir relevé l’absence de contre-indication, avoir pratiqué un ECG et s’être assuré auprès du patient de son observance du traitemernt et du respect de ses contrôles médicaux à J5 et à J10 et à tout moment en cas d’apparition de symptômes.

Quant aux cas symptomatiques bénins, âgés de moins de 65 ans et ne présentant pas de comorbidités, ils peuvent être suivis le cas échéant à titre externe sur la seule appréciation du médecin traitant avec les mêmes conditions que la première catégorie de malades.

Dans tous les cas, le confinement du patient reste de rigueur pendant la durée du traitement, soit jusqu’à J10 et pendant les 14 jours suivants avec le strict respect des mesures de prévention.