Son procès a eu lieu hier au tribunal de Chéraga: Amira Bouraoui condamnée à un an de prison ferme

Madjid Makedhi, El Watan, 22 juin 2020

Le verdict est tombé hier en fin d’après-midi. L’activiste politique et médecin Amira Bouraoui a été condamnée à une année de prison ferme avec mandat de dépôt à l’audience. C’est ce qu’a annoncé l’avocate Zoubida Assoul.

Arrêtée mercredi dernier par des gendarmes et maintenue en garde à vue pendant quatre jours, elle a été présentée, dans la matinée d’hier, devant le tribunal de Chéraga qui a décidé de la poursuivre pour six chefs d’inculpation.

Elle est accusée d’«incitation à attroupement non armé», «offense ou dénigrement du dogme ou des préceptes de l’islam», «offense au président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire» et «publication pouvant porter atteinte à l’unité nationale».

Le juge d’instruction près le même tribunal a retenu également contre elle «la diffusion d’informations ou nouvelles, fausses ou calomnieuses, susceptibles de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre publics» et «incitation à la violation délibérée et manifeste d’une obligation de prudence ou de sécurité édictée par la loi ou le règlement, exposant directement la vie d’autrui ou son intégrité physique à un danger».

L’activiste est poursuivie en vertu des l’articles 100, 144 bis, 144 bis 2, 41 et 96, 196 bis et 290 bis du code pénal. L’activiste a été ensuite jugée en comparution immédiate au tribunal de Chéraga. Lors de son procès, le procureur de la République a requis 18 mois de prison ferme.

Un collectif de plusieurs avocats, dont Mostafa Bouchachi, Abdelghani Badi et Zoubida Assoul, s’est constitué pour assurer sa défense dans cette affaire, qui intervient dans la foulée de la vague d’arrestations ayant ciblé des dizaines de militants politiques et activistes du hirak.

La majorité d’entre eux – c’est le cas aussi d’Amira Bouraoui -– est poursuivie pour des publications, jugées illégales, sur les réseaux sociaux, notamment Facebook. «Pour nous, en tant qu’avocats, le dossier est vide. Amira Bouraoui a été poursuivie pour des publications sur Facebook, qui ne constituent nullement une atteinte.

La justice a axé, en réalité, sur une publication considérée comme une atteinte au président de la République», nous explique Me Zoubida Assoul.

Depuis le début du confinement, en mars dernier, les avocats et les organisations de défense des droits de l’homme ont relevé une accélération de la campagne de harcèlement et d’intimidation visant des activistes du mouvement populaire du 22 février dernier. On dénombre ainsi des dizaines de condamnations à la prison ferme et des détentions provisoires.