Le mouvement se remobilise pour les détenus à Béjaïa

K. Medjdoub, El Watan, 18 juin 2020

Le procès des trois activistes de Béjaïa, Adjlia Yanis, Berri Amar et Touati Merzouk, détenus depuis une semaine, qui devait avoir lieu hier au tribunal du chef-lieu de wilaya, a été reporté au 1er juillet. Selon un de leurs avocats, Me  Djamel Benyoub, les trois détenus ont refusé de comparaître à distance, par le moyen de la vidéo.

«Ouyahia, Sellal et compagnie ont bien comparu à la barre !» s’exclame Me Djamel Benyoub, l’un des nombreux avocats de la défense, rencontré devant le tribunal. «Il y a eu un précédent à Boumerdès avec le procès de Hamel», nous dit aussi Me Lydia Lounaouci, selon laquelle la demande d’extradition judiciaire a été rejetée.

La demande de mise en liberté provisoire, introduite par le collectif de la défense, a aussi été rejetée par le juge qui prolonge de fait le mandat de dépôt d’une quinzaine de jours. Les avocats se sont plaints que le parquet général ait refusé d’accuser réception de leur demande de liberté provisoire, ce qui les a poussés à l’introduire via DHL, comme nous l’explique Me Lounaouci.

Plus de 50 avocats venus de Béjaïa, Sétif, Bouira, Tizi Ouzou et Alger se sont constitués pour la défense. «Si on n’avait pas arrêté la liste, on aurait eu beaucoup plus que cela, même si on savait que nous allions vers un report. Des avocats se tenaient prêts pour venir sur-le-champ, si le procès allait avoir lieu», nous confie Me Lounaouci.

Arrêtés vendredi dernier, les trois activistes sont poursuivis pour, entre autres chefs d’inculpation, «incitation à attroupement», «publication pouvant porter atteinte à l’unité nationale», «mise en danger de la vie d’autrui pendant la période de confinement» et «atteinte à la personne du président de la République».

Le Pacte de l’alternative démocratique (PAD) de Béjaïa considère, dans une déclaration publique, que «les convocations aux commissariats, les arrestations, les mandats de dépôt et les condamnations de nombreux activistes à travers tout le pays, et particulièrement à Bgayet, nous renseignent sur la politique du tout répressif que mène le système, dont le peuple demande le départ depuis maintenant 16 mois».

Les manifestants d’hier ont répondu à l’appel du PAD pour une marche à partir de la place Saïd Mekbel, à la fois, pour exprimer la solidarité populaire avec les «détenus de la révolution» et «exiger leur libération immédiate et inconditionnelle». La mobilisation n’était pas celle des grands jours, mais celle de l’amorce d’un retour «nécessaire», estiment des marcheurs.

Pendant la semaine, deux actions de rue ont d’ailleurs eu lieu à Seddouk et Amizour. «C’est le pouvoir qui pousse au déconfinement», nous dit un manifestant.

L’audience s’est tenue au moment où des centaines de personnes se sont rassemblées devant le portail de la cour de justice, manifestant leur solidarité avec les détenus, exigeant leur libération et scandant les mêmes slogans antisystème politique, qui signent la reprise du mouvement populaire qui est «confiné» depuis près de trois mois.

Le mouvement est aiguillonné par les nombreuses interpellations et les dernières arrestations opérées par la police. Hier, ils sont venus d’Amizour, de Tichy, d’Akbou et d’autres localités de la wilaya et même de Constantine en réponse au mot d’ordre du PAD.

Contrairement à l’épisode houleux du vendredi 12 juin, avec la répression de la tentative de marche, la police s’est faite discrète hier, se limitant à garder le portail de la cour de justice assiégé par des centaines de manifestants brandissant des dizaines de pancartes. La grosse foule ne s’est dispersée qu’à l’annonce du report du procès, quatre heures plus tard, se donnant le mot pour revenir le 1er juillet.