Calme précaire hier à Tinzaouatine : Les appels à la vigilance se multiplient

Salima Tlemcani, El Watan, 17 juin 2020

Vingt-quatre heures après les graves affrontements entre les gardes-frontières et des groupes de jeunes de Tinzaouatine, commune située à plus de 2000 km d’Alger et de 500 km de Tamanrasset, wilaya dont elle dépend, qui ont fait un mort et neuf blessés, le calme est revenu, mais la situation est toujours tendue. Dans un appel à la population, Ahmed Idabir, aménokal de l’Ahaggar, a dénoncé «les comportements injustifiés», exhorté les citoyens «à la maîtrise de soi et à la sagesse». Il a annoncé qu’il est en contact avec les autorités «pour que de tels dépassements ne soient plus commis».

Ville limitrophe avec le territoire malien, distante de 550 km du chef-lieu de la wilaya de Tamanrasset (située au sud du pays à plus de 2000 km d’Alger) à laquelle elle est rattachée, Tinzaouatine était hier toujours paralysée vingt-quatre heures après les violents affrontements ayant opposé les gardes-frontières à des groupes de jeunes qui tentaient d’arracher les fils de fer barbelés installés tout le long de la frontière avec la ville jumelle, Tinzaouatine, située du côté malien et dont le bilan fait état d’un mort et de nombreux blessés par balles.

Dans un appel lancé à la population, Ahmed Idabir, l’aménokal de l’Ahaggar, a commencé par dénoncer «les comportements injustifiés», puis exhorté «les habitants de Tinzaouatine en particulier et ceux de Tamanrasset en général, à la maîtrise de soi, à la sagesse et à ne pas donner l’occasion à ceux qui vous provoquent.

Nous sommes en contact avec les autorités du pays pour mettre un terme à ce genre de dépassements dans les régions frontalières. La vie humaine est plus importante que tout».

Contacté, l’Amenokal, a exprimé son regret devant «des actes aussi graves» en affirmant : «Le plus important est de faire revenir le calme et de faire en sorte que les problèmes soient résolus dans la sérénité et le dialogue. Les communes frontalières vivent des problèmes socioéconomiques mais aussi sécuritaires en raison de ce qui se passe au-delà de nos frontières.

Il est donc important que les mesures qui se prennent dans ce sens, se fassent dans la concertation avec les représentants de la population et les notables de la région afin d’impliquer et de convaincre les citoyens.»

L’Amenokal a dénoncé, par ailleurs, la diffusion sur les réseaux sociaux «d’appels et de déclarations» qui lui ont été attribués, dont les contenus, a-t-il dit «n’ont d’autre objectif que de jeter de l’huile sur le feu et embraser notre région».

«Pour nous, il est question de mettre un terme à ce genre d’incidents et faire en sorte qu’ils ne soient plus réédités en prenant en charge les préoccupations de la population.

Celle-ci doit faire attention aux appels à la violence et rester vigilante», a conclu Ahmed Idabir. Durant l’après-midi de la journée d’hier, une réunion non-stop a regroupé le wali de Tamanrasset, le chef de la 6e Région militaire, les notables et les représentants de la société civile, pour débattre de la situation de la commune.

Il faut dire que les circonstances de ces incidents restent encore troublantes, mais de nombreux témoignages recoupés laissent croire que la situation a dégénéré à la suite de la tentative (de quelques groupes de jeunes) d’arracher les barbelés mis en place par l’armée pour couper le passage entre Tinzaouatine et la ville malienne qui porte le même nom.

Dès les premiers tirs de sommation des gardes-frontières, ces derniers ont reçu une pluie de pierres et de projectiles, puis la situation a dérapé.

Le ministère de la Défense nationale accuse «des personnes connues pour leurs activités suspectes dans la contrebande et le crime organisé» de tenter de «détériorer le mur de sécurisation, en appelant les habitants à la violence et à la manifestation, dans une manœuvre visant à libérer l’étreinte sur leurs intérêts dans la région (…) et au moment où les éléments des Garde-frontières ont intervenu pour apaiser la situation, des coups de feu inconnus ont été ouverts depuis Ikhraben en direction des positions de nos gardes-frontières, ayant touché un individu parmi la foule, qui a été immédiatement évacué par les gardes-frontières pour être pris en charge par les services de santé, mais qui a succombé malheureusement à ses blessures».

Certains témoignages de nos sources sur place ont évoqué de tirs d’arme à feu de provenance non identifiée, mais d’autres affirment qu’il est difficile de dire d’où sont venus les coups de feu ayant causé la mort du premier jeune et qui ont fait dégénérer la situation.

En attendant les résultats de l’enquête, il est important de préciser que Tinzaouatine malienne est connue pour être une zone de passage non seulement des contrebandiers mais aussi de terroristes, des trafiquants d’armes et des réseaux de passeurs des migrants subsahariens. Durant les années 1970 et 80, bon nombre de ses citoyens se sont installés sur les territoires algériens à Tinzaouatine algérienne, et à Tamanrasset.

Ils ont gardé les liens avec leurs familles des deux rives, dont beaucoup vivent de la contrebande de produits alimentaires subventionnés et de carburants.

La recrudescence des activités des groupes terroristes a poussé les autorités sécuritaires à installer des murs de protection, faits de monticules de sable et renforcés depuis quelque temps par des fils de fer barbelé, en laissant toutefois un poste frontalier contrôlé par les services des Douanes et de la police des frontières, par où passent la marchandise exportée dans le cadre du troc et les personnes.

Certains de nos interlocuteurs n’hésitent pas à lier ces incidents aux «intérêts que représentent tous ces trafics autour de la frontière pour ceux qui sont derrière. L’objectif est de pousser les unités de l’armée à lever le dispositif.

Ce qui est totalement écarté, surtout que les notables de Tamanrasset ont de tout temps dénoncé ces réseaux qui menacent la sécurité de toute la région». En tout état de cause, la raison doit prévaloir pour éviter à la région de tomber dans le piège de la violence.

Les guerres par procuration qui laminent les pays frontaliers devenus le terreau du terrorisme international sont à la limite de nos frontières. La sécurité de celles-ci devient un enjeu stratégique vital pour le pays.