Hakim Addad sous contrôle judiciaire, Fodil Boumala toujours en garde à vue

Arrêtés dimanche dernier par des agents en civil à Alger

Madjid Makedhi, El Watan, 17 juin 2020

Le militant politique et ancien président de l’Association RAJ, Hakim Addad est placé sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger.

Après deux jours de garde à vue dans les locaux de la gendarmerie nationale qui a même effectué une perquisition de son domicile, il a été présenté, hier, devant le tribunal qui a décidé de le poursuivre pour trois chefs d’inculpation : «incitation à attroupement non armé», «publications portant atteinte à l’unité nationale» et «atteinte à l’intérêt national».

Même s’il est libéré, Hakim Addad est soumis à plusieurs contraintes, puisque le juge, affirme Me Fetta Sadat, députée du RCD, lui interdit «toute participation à des marches et réunions publiques» et lui impose de «signer chaque semaine au niveau du tribunal». Le concerné devra faire appel de cette décision très contraignante.

Le procureur de la République, ajoute notre interlocutrice, avait requis son placement sous mandat de dépôt. Ce dernier risque de faire appel aussi. Arrêté le même jour devant son domicile, le journaliste Fodil Boumala est maintenu en garde à vue.

Sa présentation devant le tribunal de Dar El Beïda devra intervenir aujourd’hui. Le juge près ce tribunal avait renvoyé, lundi, son dossier «pour un complément d’informations», prorogeant ainsi sa garde à vue de 48 heures.

Par ailleurs, l’activiste Zoheïr Keddam est lui aussi placé sous contrôle judiciaire par le tribunal de Chéraga qui a reporté son procès au 27 juin courant. Il est poursuivi pour «incitation à attroupement non armé» et «publications portant atteinte à l’unité nationale».

RAJ condamne

Dans un communiqué rendu public hier, l’Association RAJ condamne «l’injuste mise sous contrôle judiciaire de Hakim Addad et de Zoheïr Keddam». «Le régime instrumentalise l’appareil judiciaire pour faire taire toutes les voix discordantes, use la loi de la force pour intimider et harceler les activistes et les militants», dénonce l’association.

RAJ appelle, selon le même communiqué, «à la cessation du déni des droits fondamentaux des Algériennes et des Algériens à la liberté d’expression, à la libre organisation et manifestation». Pour l’organisation, «ces poursuites n’ont pour objectif que la normalisation de la société et la mise à mort de la dynamique citoyenne pour le changement démocratique en Algérie».

«RAJ interpelle le régime en place sur sa responsabilité dans l’aggravation de la crise qui a trop duré et condamne ces agissements autoritaires et totalitaires», lit-on dans ce communiqué qui appelle aussi à la libération de tous les détenus d’opinion et politiques injustement incarcérés et l’arrêt de toutes les poursuites policières et judiciaires à l’encontre des activistes et militants.

«Nous appelons à la vigilance, à la solidarité et l’union face à l’arbitraire. Ensemble, nous vaincrons, ensemble nous pouvons construire l’alternative démocratique», explique l’association.