Ouargla : La colère des jeunes de Mekhadma

Houria Alioua, El Watan, 15 juin 2020

Les habitants de la ville de Ouargla sont, à maintes reprises, montés au créneau, demandant d’abord l’accélération des travaux entrepris par Cosider.

L’entreprise nationale n’a pas réussi à surmonter les difficultés du terrain et la réalité de l’état des lieux, malgré des moyens colossaux mis en œuvre pour réaliser les travaux de rénovation du réseau d’assainissement de cet important pan de la ville.

Des dizaines d’habitants du quartier populaire de Mekhadma, en plein cœur de la ville de Ouargla, ont organisé hier une marche de protestation à travers les grandes artères du chef-lieu de wilaya, avant de tenir un sit-in devant le siège de la wilaya pour se faire entendre et remettre une plateforme de revendications aux autorités.

Le mot d’ordre a été donné il y a quelques jours sur les réseaux sociaux, annonçant l’organisation d’une manifestation populaire grandiose, juvénile, apolitique et déterminée pour dénoncer l’état général de la ville et plus spécialement le quartier de Mekhadma qui connaît un délabrement tel que les débordements des eaux usées sont légion sur plusieurs tronçons, datant de deux ans, comme celles de l’axe Khemagnia vers l’université où la route est impraticable et les habitations et parcs d’entreprises submergés d’eaux nauséabondes.

Les habitants sont montés au créneau à maintes reprises, demandant d’abord l’accélération des travaux entrepris par Cosider.

L’entreprise nationale n’a pas réussi à surmonter les difficultés du terrain et la réalité de l’état des lieux, malgré des moyens colossaux mis en œuvre pour réaliser les travaux de rénovation du réseau d’assainissement de cet important pan de la ville.

La population réclame d’ailleurs l’ouverture d’une enquête et la publication des résultats à grande échelle et d’informer l’opinion publique d’éventuelles malversations.

La maintenance et la réfection de ce réseau embourbé sont la revendication principale de la population sur une plate-forme de plusieurs exigences qui s’avèrent être des problématiques pendantes dont l’état du réseau routier défoncé et ensablé qui met à mal le discours des autorités concernant l’accélération des travaux, mais aussi la confection de jets d’eau, une revendication nouvelle et inédite.

Autre demande, l’éclairage public par des leds afin de sécuriser le quartier et éviter les morsures de scorpions, la remise en l’état des équipements de radiologie de la polyclinique de proximité et l’affectation de médecins spécialistes à la structure, aménagement, entretien et dotation en climatiseurs et chauffages des écoles primaires, réfection du stade de proximité de Sidi Amrane pour accueillir des matchs, aménagement d’espaces verts, de chaises publiques ainsi que des espaces culturels et de loisirs dans les zones reculées, régler le problèmes de distribution d’eau potable, dotation en terrains constructibles à la hauteur de la forte demande, attribuer les noms des martyrs de la Guerre de libération nationale locaux aux édifices et espaces publics.

Au-delà de cette manifestation de colère qui promet de revenir à la charge si les revendications ne sont pas prises en charge, les jeunes approchés hier semblaient partagés entre le timing inapproprié à leurs yeux et l’absence de représentants d’autres quartiers, quoique largement d’accord avec les revendications qui concernent toute la wilaya, sans exception.

Pour Fayçal, jeune universitaire de Ouargla, cette marche est le résultat naturel de l’Algérie post-hirak, qui, à son avis, favorise toujours les mêmes et oublie les autres dans l’Algérie profonde et marginalisée.

Amine pense, quant à lui, qu’une manifestation au moment où la pandémie prend de l’ampleur à Ouargla est le signe d’un malaise et une conséquence inévitable à une situation qui n’a que trop duré.

«Ils ne veulent pas que Ouargla progresse, ils nous poussent de plus en plus dans le bourbier de la marginalisation, de la hogra et du désespoir, mais nous on veut nos droits légitimes, le développement de notre ville et des postes de travail. Basta !»


Ouargla, histoire d’une ville égout

H. A., El Watan, 15 juin 2020

Le quartier de Mekhadma compte, à lui seul, trois des dix-neuf points noirs posant un problème d’assainissement et d’environnement dans la ville de Ouargla.

Ces points noirs font partie de l’opération dite d’urgence visant à régler définitivement ce problème touchant le cadre de vie et la santé des Ouarglis depuis plusieurs décennies et qui ont fait l’objet d’un avenant au projet d’achèvement du système d’assainissement de la vallée de Ouargla, dont la troisième tranche a été confiée, en 2018, au groupe Cosider, en vertu d’un marché de gré à gré de 5 milliards de dinars.

Le projet compte notamment la réalisation et la rénovation d’une dizaine de stations de pompage et de refoulement des eaux usées et 16 000 mètres linéaires en réseaux couvrant les quartiers du chef-lieu de wilaya, tels que Boughoufala, Sidi Bensaci, Sokra, Sidi Amrane, Bouaâmeur, Mekhadma, El Gara Nord, le Ksar et la ville nouvelle de Hai Nasr, dans le cadre d’une tranche complémentaire du mégaprojet d’assainissement de la vallée de Ouargla réalisés entre 2005 et 2010 par des entreprises allemandes et libanaises et du suivi d’un bureau d’études français, qui constitue depuis l’ossature du système d’assainissement de la vallée de Ouargla comprenant la collecte, l’épuration, le drainage et le transfert des eaux usées épurées vers leur exutoire à Sebkhet Sefioune.

Mais le réseau secondaire pose toujours problème et on n’a pas trouvé de solution, alors que le système initial est censé répondre aux besoins d’assainissement de plus de 400 000 habitants à l’horizon 2030 et régler définitivement le problème de remontée des eaux.

A ce jour, la ville n’a jamais pu se débarrasser des débordements spectaculaires qui constituent l’un des principaux freins à l’aménagement de la ville et un souci permanent pour la population, notamment en été, en proie à des eaux stagnantes nauséabondes à longueur d’année, constituant un foyer de propagation de maladies à transmission vectorielle.